| En 1812, Dieppe s'enorgueillissait d'un établissement de bains où l'on pouvait prendre des bains d'eau de mer à tous degrés de température et où, lorsqu'on voulait se baigner dans la mer même, on trouvait des tentes pour S'y déshabiller et des guides très sûrs pour conduire et soutenir les baigneurs. Pendant, la première moitié du XIXe siècle c'est principalement pour des motifs d'ordre médical ,que des baigneurs se trempaient dans l'onde amère ; non sans prendre maintes précautions dont nous trouvons l'exposé dans un curieux ouvrage d'un médecin normand, le Docteur J. L COEUR, de Caen (1). « A son arrivée et avant de faire usage des bains de mer, il sera bon que le malade se repose pendant 2 ou 3 jours pour s'acclimater avant toutes l'air plus vif du littoral... alors seulement il commencera à prendre ses bains ; il ri 'y restera que peu d'instants, vingt minutes s'il les prend chauds en baignoire, trois à quatre minutes s'il les prend frais ; il ne les prendra pas trop rapprochés et pourra laisser un intervalle d'un jour entre chacun d'eux... Les personnes délicates devront s'habituer progressivement aux bains de mer, les prendre d'abord tièdes en baignoire en mélangeant à l'eau de mer de l'eau douce ou une substance émolliente, puis en abaissant par degrés la température et en diminuant peu à peu la quantité d'eau douce : le malade pourra alors supporter le bain à la lame. » Le, Dr, Le Coeur tout, en s'excusant des nombreuses lacunes de son ouvrage (celui-ci comporte cependant 872 pages in?8° !) entre dans le détail des recommandations pratiques, notamment quant aux vêtements de bain après avoir déclaré « qu' on peut se servir pour prendre le bain de mer de toute sorte de vêtement, neuf ou vieux, de quelque étoffe que ce soit , il indique que pour les baigneurs qui veulent faire les choses confortablement, il existe une sorte de costume (chemise avec pantalon réunis ensemble à la taille et montés sur une même ceinture de façon à former un tout continu) moins disgracieux et moins grotesque que ces accoutrements souvent fantasques qui, sur les plages un peu fréquentées, font, par leur bizarrerie et leur excentricité, ressembler le littoral à l'heure du bain au promenoir d'une maison de fous. » A l'intention des dames et demoiselles, le prévoyant docteur leur, signalé « que le pantalon constitue une pièce indispensable du costume de bain : il est à peu près impossible de se baigner commodément avec une robe seule quelque longue qu'elle soit, surtout si elles veulent nager, car le mouvement incessant de la vague ne tarde pas à la relever et à mettre à découvert des choses que quelques peuples sauvages seuls n'ont pas encore pris l'habitude de couvrir. » L'auteur ajoute que « depuis quelques années, des fabricants de bonneterie ont fait établir à Caen des gilets ? caleçons de bain en tricot, véritables maillots d'une seule pièce, très légers, commodes pour les nageurs et, en même temps, répondant aux exigences de la pudeur cependant leur ce inconvénient d'accuser un peu trop les formes me fait douter qu'ils puissent jamais être adoptés comme vêtement de bain pour les femmes. » Dans un autre chapitre de son Traité, le D" Le Coeur distingue quatre manières pour le baigneur de pénétrer, dans la mer lentement, brusquement, etc. ; il déconseille toutefois la troisième manière, qualifiée immersion par surprise qu'il décrit comme suit : « Certains baigneurs se font porter par un guide robuste qui les tient horizontalement sur ses bras, et arrivé au point où l'eau a une profondeur d'environ 80 cm, il les trempe dans la mer une ou deux fois, généralement en commençant par la tête après quoi le sujet est replanté sur ses pieds tout suffoqué, haletant, presque aveuglé, crachant l'eau salée qui se sera introduite dans sa bouche spasmodiquement ouverte par l'effet du saisissement La mode a consacré cet usage dans presque tous lés établissements de bains de mer, au Havre, à Trouville, à Luc à Royan, etc.. Bien que ce procédé ait la faveur de beaucoup de baigneuses, je le trouve absurde et pitoyable : il ne devrait être employé que pour les malades auxquels il serait spécialement prescrit. » | | |
| Pour les étrangers (à la localité), qui ne peuvent faire qu'un court séjour aux bains de mer, et pour les malades trop faibles ou ayant de l'appréhension pour l'eau froide; le Docteur Le Coeur estime que la cure peut être continuée en faisant boire au malade de l'eau de mer « administrés à l'intérieur, l'eau de mer est fondante, diurétique, vermifuge et éminemment purgative... trois verres de 120 grammes suffixent chez un adulte on peut employer l'eau de mer à l'intérieur pendant un mois ou six semaines.. » Mais l'auteur déconseille de faire fermenter du raisin sec dans l'eau dé mer suivant le procédé des anciens, mentionné par PLINE. Nous arrêterons ici les citations de l'ouvrage. du praticien normand qui, dans sa dédicace au Recteur de l'Académie de Caen, indiquait son espoir d' « éveiller l'attention du monde médical sur un moyen de thérapeutique trop peu étudié et amener par réaction sur les divers points de notre littoral plus d'étrangers encore que chaque belle saison 'n'y en attire d'ordinaire. » | | |