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 Sixième année  Jeudi 28 juin 2012 Numéro 1370
   
  BEAUMONT-HAGUE                CC 14.03 de la Hague

 

  Château de Beaumont

Collection CPA LPM 1900

 

Demeure datée de 1597, en partie détruite en 1944 - restaurée depuis.

 

Elevé en 1597, modifié au XVIIIe siècle, partiellement détruit en 1944, puis reconstruit, le château de Beaumont s’élève, à la jonction d’une dénivellation.

 

Les communs ont la saveur des constructions traditionnelles de la Hague.On notera deux lucarnes, dont l’une Louis XIII et les arcades de la chartrerie. A l’intérieur, une double arcade, repose sur une colonne centrale.

 

En 1944 plusieurs bombes ont détruit les murs contigus à l’escalier central du corps principal. Mais une soigneuse restauration empêche de se rendre compte des dégâts.

 

Le corps central de la façade principale comprend un bâtiment assez long et assez élevé. La porte d’entrée est relativement petite, son fronton triangulaire contient un blason bûché.

 

L’escalier intérieur en marches de granit quartzite, comprend deux volées séparées par un mur d’échiffre (mur qui dans l’escalier supporte les abbouts des marches). De grandes fenêtres à petits bois, surmontées de linteaux droits, rythment cette façade de part et d’autre de la cage d’escalier. En plus de ces grandes baies, une série de refends à l’angle du bâtiment, témoigne des modifications intervenues au XVIIIe siècle.

 

A l’extrême gauche, un petit pavillon sur plan carré (XVIIe siècle), s’élève de guingois, éclairé par des fenêtres à linteau en arc surbaissé du XVIIIe siècle.

 

Le toit s’orne d’un petit clocheton. Il faut savoir qu’en 1702, le château avait un chapelain qui lisait la messe deux fois par semaine, en plus des dimanches et fêtes (Chartrier de Quinéville, liasse 16).

 

A l’extrême droite, le corps central est relié aux communs par un « rez-de-chaussée » surélevé, éclairé par deux grandes fenêtres et surmonté d’une lucarne en pierre.

 

La dénivellation qui existe entre les deux façades permet d’accéder directement au jardin de la façade arrière par une porte située sur le palier intermédiaire. Cette disposition est caractéristique des constructions Henri IV – Louis XIII du Cotentin.

 

Sur la façade arrière on peut remarquer à l’extrême gauche, une tour à toiture conique et un petit pavillon carré du XVIIIe siècle, à droite du corps central.

 

Le corps central est relié à l’orangerie par un élément de rhabillage d’un blockhaus de l’Occupation. Cette orangerie est composée de grandes arcades en plein cintre et couverte d’un toit de tuiles à formes arrondies, curieusement disposées par quatre autour d’un point central.

 

Il est resté la propriété de leurs descendants.

 

Collection CPA LPM 1900

   
 Dîneurs et dîners d'autrefois
 
 La science de gueule 4/4

 

 

Par Victor Du Bled (1910)

 

M. de Bernay, conseiller à la Grand'Chambre, avait la prétention de tenir la meilleure table de Paris ; il allait à sa cuisine et mettait un tablier ; on l'appela le cuisinier de satin.

 

Ce pédant de bonne chère ne pouvait pardonner à un de ses émules de mettre du persil sur une carpe, et un de ses oracles culinaires était qu'il n'y a rien de si ridicule que de servir une bisque aux pigeonneaux après Pâques. Il lègue son cuisinier par testament au président Le Coigneux.
 
Il serait injuste de ne pas mentionner quelques grands gastrolâtres de salons ou de cabarets, qui font le pont entre le XVIIe et le XVIIIe siècles : le marquis de la Fare, l'abbé Chaulieu qui fredonne ses chansons pendant les orgies de Vendôme :

 

Verse du vin, verse des roses,

Ne songeons qu'à nous réjouir,

Et laissons là le soin des choses

Que nous cache un long avenir.
    

Palaprat, secrétaire des Commandements du Grand-Prieur de Vendôme, qui avait son franc parler au point de remarquer, à propos de son patron : « Dans cette maison, on ne peut mourir que d'indigestion ou d'inanition » ; M. et Mme de Coulanges, le duc de Nevers.

Le duc de Nivernais, non moins gourmand que son père, obligeait son chef à se tenir au courant des mets nouveaux, les lui signalait au besoin, les faisait exécuter plusieurs jours de suite, en mangeant lui-même chaque fois, jusqu'à ce que le plat, parvenu à sa perfection, fût jugé digne d'être offert aux amis.

Las! Je commence à peine, et il faut m'arrêter. Non toutefois avant d'avoir rappelé à mes lectrices que le dîner est le premier instrument du règne féminin ; car là où les gens d'esprit mangent bien, ils parlent bien ; leurs feux d'artifices les rendent bienveillants pour la personne chez laquelle ils les tirent ; elle leur devient nécessaire, elle les habitue insensiblement au rôle d'Égérie qu'elle veut jouer. Ils la regardent comme une aimable femme, tout heureuse de fêter leurs bons mots, et ne s'aperçoivent pas qu'elle passe chef d'orchestre, impresario, qu'elle possède le secret des coeurs et des volontés, ayant eu d'abord celui des appétits intellectuels et physiques, et ayant pénétré, sous toutes ses faces, cette vérité : que les hommes les plus distingués obéissent à leurs habitudes. Avoir un salon adossé à une bonne cuisine, voilà donc un moyen presque infaillible de dictature.

 


   
 QUELQUES FROMAGES
 
 Fromage Coeur de Neufchatel

 

 Des contrées humides de Haute-Normandie, le Coeur de Neufchâtel est un fromage de fabrication artisanale qui peut revêtir plusieurs formes. Le plus répandu surprend par sa forme originale de coeur, La légende veut que les jeunes filles de Neufchâtel-en-Bray offraient ce fromage à leurs galantes conquêtes durant la Guerre de Cent Ans. Les religieux préféraient y voir les ailes d'un ange.

 

Vaste sujet de discorde mais aussi de rêverie amoureuse. Proche cousin du Camembert par sa texture et son goût. Certains le préféreront plus fait, avec un goût plus corsé et une croûte ou foncé.  

 

Sous la croûte fleurie du fromage Coeur de Neufchatel, se cache une pâte lisse et moelleuse (on la dit "moussée") à la saveur délicate mais soutenue.  AOC depuis 1977, le fromage Cœur de Neufchatel prend la forme d'un coeur de 8 à 9 cm dans la plus grande dimension, de 2,5 à 3cm d'épaisseur pour un poids d'environ 170g.  Accompagné d'un vin rouge charpenté et d'un pain frais croustillant le Coeur de Neufchatel est une pure merveille.

 

CPA collection LPM


Né au coeur des bocages du Pays de Bray, cette pâte molle lactique, au lait de vache et à croûte fleurie, est le plus ancien des fromages normands. En effet, il en est déjà fait mention dans des écrits datant de 1035 ! Les paysans brayons perpétuèrent la tradition des "bondons" et des "angelots" notamment (autre appellation des coeurs) tout au long de ce millénaire. Ils utilisèrent les ressources de cette terre normande où les vaches produisent un lait si crémeux. Ils disposaient aussi de caves exceptionnelles où fleurit naturellement une souche particulière de moisissures, un Pénicillium qui donne sa couverture veloutée au fromage et contribue à son goût spécifique.Les Anglais apprirent à apprécier le neufchâtel au cours des nombreux échanges, le plus souvent guerriers, qui les opposèrent aux Normands durant le Moyen-Age. Cependant, la population avait fraternisé avec l'occupant. Ainsi, les jeunes filles offraient des Coeurs de Neufchatel aux soldats anglais pour leur manifester leurs sentiments.
 

faut attendre plusieurs siècles avant de retrouver un document mentionnant le fromage Coeur de Neufchatel. Vers 1543-1544, pour la première fois, le fromage de Neufchâtel est cité nommément, dans les comptes de l'abbaye de Saint-Amand, à Rouen.Sous Louis XIV, l'assèchement de nombreux marécages de la région permet une forte augmentation du nombre de bovins. Ceci, associé à l'introduction de la race normande, donne à la production laitière et par là même, fromagère un essor important. Dès cette époque, il est présent sur les marchés parisiens.

 

Au XVIIIème siècle, sa renommée s'étend à toute la Normandie et même à l'étranger. Il est très réputé de l'autre côté de la Manche. A cette époque, l'abbé de Marolles le classe en bonne position dans sa liste des fromages de France les plus célèbres.


 

C'est au XIXème siècle que le fromage Coeur de Neufchatel connaît son apogée. Le premier consul Bonaparte, en visite dans la région, se vit offrir un panier de ces fromages. Vers 1870, la production s'intensifie. Un fermier, Isidore Lefebvre, qui n'arrivait pas à satisfaire la demande, eu l'idée de collecter les pâtes prêtes à être moulées et de les affiner dans les caves de sa fromagerie de Nesle-Hodeng. A la suite de ces herbagers-collecteurs-affineurs apparaissent, au début du XXème siècle, des collecteurs-affineurs, telle la fromagerie Lhernault qui fabrique encore aujourd'hui à Neufchâtel. Le savoir-faire des fermiers ne s'est pas perdu pour autant. Ils sont encore plusieurs dizaines à transformer eux-même leur lait. Depuis la deuxième guerre mondiale la production a bien diminué. Nombre d'éleveurs laitiers ont en effet préféré livrer leur lait aux laiteries (Gervais, Coopérative Beurrière d'Aumale, Picault).Cependant, pour assurer sa notoriété et son identité, le neufchâtel bénéficia, avec d'autres fromages, d'un label de qualité suite à un arrêté de 1949. Mais ces labels sont annulés en 1953. C'est pourquoi, afin de soutenir et développer la production, le Comice Agricole de l'arrondissement de Neufchâtel créa en 1957, le Syndicat de Défense du Label de Qualité du Fromage de Neufchâtel. Celui-ci obtint l'Appellation d'Origine Contrôlée par le décret du 3 mai 1969, ébauche de celui du 11 janvier 1977, modifié ensuite par celui du 29 décembre 1986, protégeant ainsi le neufchâtel de toute imitation.En 2006, 1532 tonnes ont été fabriquées par 23 producteurs fermiers, 4 artisans  et 2 transformateurs laitiers.