{"type":"Le petit manchot","collection":"Journal du manchot","reference":{"nom":"LPM 1408 du 21-08-2012"},"ref":"le-petit-manchot-lpm-1408-du-21-08-2012"}
|
| ||
| Sixième année Mardi 21 Août 2012 | Numéro 1408 | |
| RAUVILLE LA PLACE CC39.11 de la vallée de l'Ouve | |||||
| CHAPELLE SAINT-CLAIR | |||||
| |||||
| La Revue illustrée du Calvados (1911-1914) Petite chronique féminine de CAVELLIER, Gabrielle |
| Les petits héroïsmes féminins (Mars 1913) |
Supposez qu'il est minuit, que je sors du théâtre, que je viens d'entendre la pièce en vogue, signée d'un tout-à-fait illustre dramaturge académicien où il est question de femmes véritablement extraordinaires, des « héroïnes », comme disait déjà de son temps M. Georges Ohnet, et que, rentrée chez moi, le coude sur ma table, le menton entre mes mains, je bous de colère contenue...
|
| Ah, c'est qu'aussi c'est bête, à la fin ! Est-ce parce qu'il y a plus d'incompréhension entre le genre masculin et le genre féminin qu'entre un habitué de Marigny et un habitant de la Lune que, grâce aux faiseurs de pièces et de romans, on ne conçoit plus de milieu entre la détraquée par en haut et la détraquée par en bas, la gourgandine ou l'éclaireuse, tous articles de bazar dramatique commodes pour amener l'enchaînement de la comédie à recettes, mais où la femme française ne tient plus la place d'un fifrelin ?
Aux conceptions grandiloquentes des pontifes de la psychologie féminine moderne, il faut maintenant des sublimités. Ah, là, là, quelle superfétation, pauvres gens d'esprit, et comme vous seriez étonnés si, quittant les apogées, vous regardiez tout bonnement autour de vous, vos mères, vos femmes, vos filles, humbles personnages qui ne prétendent en rien à rivaliser les toquées de Mme Marcelle Tynaire, les folles de Mme de Noailles, les transcendantes de M. Bataille, ni les walkyries de M. Donnay, mais qui, sans autre mobile que le doux et admirable instinct féminin, accomplissent d'un bout à l'autre de leur vie des exploits dont la répétition est à elle seule un prodige.
Pas besoin d'aller pour cela nous agenouiller devant les prix Montyon. L'héroïsme féminin est assis à chaque foyer. Il y brûle comme une veilleuse, mieux : comme une petite lampe sucrée alimentée à des sources que l'homme ignore, et qui s'appellent, suivant le cas, dévouement, résignation, abnégation. | ![]()
Leonnec | |
|
| ||
| LES ILES CHAUSEY | ||
| La Grande Ile 2 | ||
| Jacques Doris. Coutances, 1929
Une maison basse, couverte d'ardoises, avec un jardin entouré de pierres sèches. Quelques pins maritimes. Elle est la demeure du curé des îles, M. l'abbé Mauduit, homme hospitalier s'il en fut : ancien missionnaire en Afrique, il accueille aimablement tous les visiteurs. En 1920, ne donna-t-il pas abri à un ministre de la guerre, M. André Lefévre, venu prendre quelque repos à la chasse des oiseaux de mer à travers les îles.
La ville de Granville est propriétaire de ce logis, qu'elle a aménagé avec goût, comme la jolie classe moderne, située à côté ; celle-ci a pour instituteur, officiel, s'il vous plaît, le propre curé de Chausey, qui y fait la classe à une douzaine de bambins et perçoit de l'Etat une légitime rétribution.
Toute l'année il réside dans l'île (il a même été, à un moment donné, six mois sans mettre le pied sur le continent) exerçant son ministère près des 80 habitants, pêcheurs, signaleurs, gens de culture, etc... et servant même de médecin. Sa popularité est grande, comme le fut celle de ses prédécesseurs MM. Hébert et Launey.
![]() Le Presbytére Collection CPA LPM
![]() Vue générale sur le phare Collection CPA LPM ![]() Vue aérienne sur la chapelle Collection CPA LPM
On quitte maintenant ce terrain de l'Etat, acquis par une expropriation pour une contenance de 7 hectares et pour une somme de 72.000 francs, de la famille Hédouin, qui possédait les îles entières. Une longue clôture le limite. Le visiteur entre alors sur un vaste espace gazonné qui abrite les principales maisons des pêcheurs, à côté, la villa des Korrigans, à M. Durand, yachtman, l'un des administrateurs de l'île. A gauche, deux poteaux munis d'un disque singulier, prennent le fil qui sort d'une cabine brune, située sur le bord de la grève : là se trouve le cable sous-marin venant de Cancale au sémaphore, on peut l'utiliser pour les télégrammes.
Des sentiers gravissent le tertre qui porte avec une croix la chapelle des îles, dédiée à saint Louis : construite au milieu du siècle dernier, simple, éclairée par des vitraux ornés de l'étoile de la mer, elle a bien le cachet d'une église maritime. Pendant la saison les étrangers y voisinent avec les pêcheurs ; de beaux chants s'y font entendre.
Du portail, on a sous les yeux un vaste panorama, moins étendu cependant que des glacis du fort à cause des grands arbres situés au Nord-Ouest.
![]() Le village des Blainvillais Collection CPA LPM
![]() Le village des Blainvillais Collection CPA LPM Tout auprès, en effet, commencent les terrains enclos de pierres sèches, contenant champs cultivés et prairies d'une herbe excellente. Ormes et trembles ont poussé au XIXe siècle, alors qu'au XVIIIe on ne voyait pas un seul arbre.
A gauche, une large voie bien ombragée mène aux deux fontaines d'eau potable permanente qui alimentent toute l'île. Les géologues disent que les sources de ces rocs de granit viendraient du continent.
D'anciennes dépendances ont été aménagées : l'une renferme le bureau de tabac, tenu par Mme Moulin, la doyenne des habitants des îles. A côté, un orfèvre parisien, habitué de Chausey, a établi son home. Puis vient l'ancienne résidence des propriétaires des îles avec un long balcon.
Derrière s'étend le jardin qui mériterait une description à part, pour l'abondance et la variété des fleurs, les espèces végétales des pays chauds y croissant aisément à cause du voisinage d'une branche du Gulf-Stream, myrtes, camélias, lauriers-roses (jadis un grenadier et un olivier), un aloès, qui chose unique en ces climats, a donné un stipe fleuri de 4 mètres de haut, et enfin ce figuier, rappelant en petit celui de Roscoff, qui couvrait 80 mètres carrés à un moment.
La ferme compte un beau troupeau de vaches normandes que l'on voit s'aventurer à mer basse vers d'autres îles, sans jamais être surprises par le flot.
![]() Les vaches de Chausey et la fontaine Collection CPA LPM | ||
![]() | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||





















