Alexis Maneyrol
  CONQUÊTE DE L’AIR
   
  ALEXIS MANEYROL
         
 
 
 

Alexis Maneyrol

26 août 1891 à Frossay

(Loire-Atlantique),

mort le 13 octobre 1923

à Lympne (Angleterre)

 

Texte issu du site de la mairie de Frossay 

Alexis Maneyrol, pionnier de l'aviation 


Maneyrol (Alexis Joseph Gustave), Frossay 26/08/1891-Lympne 13/10/1923, un des pionniers de l'aviation française. Il se tua lors d'un meeting aérien. A son époque, il était acclamé, porté en triomphe mais depuis, on a complètement oublié cet homme pourtant détenteur de plusieurs records du monde.


L'enfance

 

Le 26 août 1891 naissait au moulin des Pins Alexis Maneyrol, dernier enfant d'une famille qui en comptait six. Alexis a habité dans sa jeunesse au lieu dit les Pins entre ses parents et ses frères et sœurs. Sa maison a été construite à côté du moulin par son père qui mourut lorsque Alexis avait 7 ans.

 

Il fit ses études primaires à l'école de Frossay.

 
         
 

Il obtint son certificat d'études en 1902 et fut envoyé un an au collège à Nantes. A partir de 14 ans, il travaillait à Vue, la commune avoisinante, comme apprenti mécanicien.   Les débuts   Son premier contact avec l'aviation fut sans doute la grande fête aérienne qui eût lieu du 14 au 21 août 1910 sur la prairie des Mauves à Nantes.

 

Alexis partit à Paris rejoindre Pierre Brosseau, un de ses camarades de Frossay. Ils travaillaient chez Ketos-Pincuss et allaient les week-ends voir voler les aéroplanes à Issy-les-Moulineaux. Alexis devint mordu d'aviation. Il décrocha le brevet de pilote aviateur n°673 le 10 novembre 1911 sur un monoplan Blériot Anzani, équipé d'un moteur 3 cylindres d'une puissance de 25 chevaux.

 

En 1912, Maneyrol acheta un petit monoplan Blériot et revint à Frossay. Il gagnait sa vie en faisant de nombreux meetings. Il donna sa première fête d'aviation à la Ville-Bessac (Frossay) le 15 août 1912. C'était un événement considérable et il y eut foule. Alexis fut porté en triomphe, les gens pleuraient.

 

Plus tard, il passa entre les deux tours de la cathédrale de Machecoul et sous le pont transbordeur de Nantes. Il acquit un monoplan Sommer avec moteur Rhône de 60 chevaux.

 

 
 

Maneyrol, CPA collection LPM 1900

 
 

 

La guerre 1914-1918

 

Incorporé au 19e Groupe d'Aviation le 24 août 1914, il fut muté au 29e Régiment d'Infanterie le 11 novembre 1914. Il parvint à revenir dans l'aviation en qualité de pilote et arriva au camp d'Avord le 9 février 1915.

 

Il obtint son brevet militaire le 14 mars 1915 sur Morane 14 M et fut dirigé sur la Réserve Générale d'Aviation au Bourget le 3 avril 1915. Le 30 avril, il rejoint l'escadrille des as MS 49 à Belfort, formée par des hommes comme Gilbert ou Pégoud (le 1er français à faire un looping). Il passa sergent et reçut la Croix de Guerre avec une étoile. Il fut détaché à Corcieux dans les Vosges, où il accomplit 140 h de missions des plus variées.

 

Il fut muté en janvier 1916 au centre réceptionnaire de Morane Saulnier pour tester des appareils avant leur livraison aux unités de combat.

 

L'après-guerre

 

Maneyrol resta chez Morane après l'armistice et tenta la liaison aller et retour Paris-Rome le 2 septembre 1919. Il fit Paris-Rome en 5h59 sans escale, un record, mais il dut se poser à Pise au retour à cause d'une panne. Il recommença sa tentative un an plus tard mais il dut renoncer à Turin au retour à cause du brouillard.

 

Maneyrol revint à Frossay et organisa des promenades aériennes à bord de son appareil, un Spad 34 avec moteur Rhône.

 

Entre les meetings, Maneyrol volait beaucoup au-dessus de la région de Frossay, faisant des loopings et des acrobaties.

 

Maneyrol à Savenay en 1912, CPA collection LPM 1900

 

L'aviation sans moteur  

 

Le traité de Versailles avait interdit à l'Allemagne vaincue d'avoir une aviation à moteur. Les techniciens et les constructeurs allemands se lancèrent alors dans l'aviation sans moteur et les progrès furent très rapides. Au printemps 1922, les pilotes allemands accomplissaient déjà des vols de plus d'une heure.

 

L'Association Française Aérienne organisa en août 1922 un grand Congrès Expérimental à Combegrasse près de Clermont-Ferrand, pour coordonner les recherches expérimentales sur l'aviation sans moteur. Ce fut un échec, les pilotes ne purent tenir tout au plus que quelques minutes. Maneyrol y était et son planeur s'avéra rapidement inadapté et dangereux. Tandis que cinq jours après le congrès, le pilote allemand Hentzen porta le record à 3h10.

 

Un ingénieur du nom de Peyret arriva trop tard pour concourir. Son planeur était d'un type inhabituel avec deux ailes égales l'une à l'avant, l'autre à l'arrière. Maneyrol essaya plusieurs fois le planeur à la fin du mois d'août et le jugea sûr et doux à conduire.

 

Après Combegrasse, Maneyrol retourna à Paris chercher désespérément du travail. Avec Peyret et ses assistants, il construisirent un planeur identique à celui de Combegrasse pour participer à un concours international de vol à voile organisé par le journal Daily Mail.  


Le record du monde 

 

Le Daily Mail avait déjà récompensé deux aviateurs français, Blériot pour la traversée de la Manche et Paulhan pour la course Londres-Manchester. Ce concours de vol à voile à Itford Hill (Angleterre) était sa troisième grande initiative dans le domaine de l'aviation.

 

Vingt pilotes européens s'étaient engagés représentant l'élite du vol à voile. Parmi eux, un seul Français Alexis Maneyrol. Pas d'allemand qui pensaient que leur record, 3h10', ne pouvait être battu.

 

Le concours dura 6 jours. Maneyrol prit l'air le 21 octobre à 14h32, Raynham à 14h45 puis Grey mais bientôt, il n'y eut plus que Maneyrol dans le ciel. Malgré le vent qui forcit jusqu'à 25 mètres/seconde et malgré les averses, Maneyrol ne descendit qu'à 17h54 après avoir volé sans arrêt 3h22. Il venait de battre le record du monde. Pour Maneyrol et Peyret, c'était la gloire et aussi le chèque de la victoire, 1000 livres sterling, 60.000 F d'alors et les suites.

 

Le lundi suivant, le sous-secrétaire d'Etat à l'aéronautique, Monsieur Laurent-Eynac félicita chaudement Maneyrol à Londres. A leur arrivée à Paris à la gare du Nord le mardi soir, Maneyrol, Peyret et son équipe furent accueillis et ovationnés par une foule d'amis, de pilotes et de journalistes sportifs. Maneyrol fut porté en triomphe.

 

Le jeudi, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, au cours d'une importante soirée organisée par l'Association Aérienne Française et présidée par M. Laurent-Eynac, Maneyrol et Peyret reçurent un accueil triomphal. Le Ministre remit aux deux hommes la Grande Médaille d'Honneur de l'Association et annonça qu'il venait de proposer la nomination de Maneyrol dans l'Ordre de la légion d'Honneur. Le samedi 28, ils étaient les hôtes au Sénat du groupe parlementaire de l'Aviation dans les deux Assemblées.

 

Le planeur de Maneyrol fut transporté sur le fronton du journal "Le Matin" puis sur la terrasse des galeries Lafayette, provoquant attroupements et défilés d'une foule considérable et à chaque exposition, dix mille francs aux deux héros.   Cependant Maneyrol, toujours aussi simple, modeste et consciencieux, reprit dès le lendemain matin son travail qu'il avait trouvé quelques temps auparavant.

 

Le 8 novembre, l'Aéro-Club de France lui décerna sa Grande Plaque de Vermeil. Et le 14 novembre, la nomination de Maneyrol dans l'Ordre de la Légion d'Honneur parut au Journal Officiel.

 

Alexis Maneyrol fit un saut à Frossay début décembre. A cette occasion, la municipalité avait organisé un banquet.

 

Au cours du Salon de l'Aéronautique, le 19 décembre, M.Laurent-Eynac présenta Maneyrol au Président de la République qui lui serra chaudement et cordialement la main.  

 

Maneyrol à Vauville, CPA collection LPM 1900

 

Vauville  

 

L'Association Aérienne Française avait découvert un endroit propice pour le vol à voile à Vauville (près de Cherbourg). Elle choisit ce lieu pour son deuxième Congrès Expérimental du mois août.

Maneyrol et Peyret s'y installèrent le 16 janvier.

 

Le lundi 29 janvier, Maneyrol battit un nouveau record du monde : il avait tenu l'air 8h 4' 50'' 2/5 à bord de son planeur.

 

Quand Maneyrol et ses amis arrivèrent à Cherbourg, une foule nombreuse l'attendait et il fut à nouveau porté en triomphe.

 

Quelques jours plus tard, il annonça qu'il allait essayer d'enlever le prix Dewoitine de la plus longue distance au delà de 3 km. Le lundi 26 février, Maneyrol remportait ce prix avec 7,850 km de distance parcourue. Il rentra alors à Frossay pour se reposer et prendre quelques vacances.

 

Maneyrol se présenta le 14 août au deuxième Congrès Expérimental à Vauville avec deux appareils : un planeur et une aviette à moteur pour concourir dans chacune des catégories. Une aviette à moteur n'est rien de plus qu'un planeur équipé d'un moteur auxiliaire qui permet à l'avion de voler sans le concours des pentes.

 

Voici le classement de Maneyrol (Peyret) dans les différentes séries :

 

 SERIE I, appareil sans moteur :

Vol de durée : deuxième derrière Barbot (Dewoitine)

Totalisation de durée : deuxième derrière Simonet (Poncelet)

Hauteur : quatrième derrière Simonet (Poncelet), Descamps (Dewoitine), Thoret (Barbin)

Vol dynamique : -

 
 

SERIE II, appareil à moteur auxiliaire (moto-aviette) :

Vol de distance et consommation : premier avec 20 km en 22' 23'' pour 675 cmc d'essence

Vol d'altitude : premier avec 3 830 m (record mondial)

Vitesse (30 km) : premier avec 19' 50''

Vitesse sur base et écart de vitesse : Maneyrol (Peyret)

 
     

Peyret et son équipe ne s'endormirent pas sur leurs lauriers et s'attachèrent à faire quelques améliorations à leur moto-aviette, notamment au groupe moto-propulseur, hélice-moteur pour améliorer son rendement.

C'est donc avec un appareil qu'il connaissait fort bien et très au point qu'il se rendit en Angleterre à Lympne pour participer au Grand Concours International organisé du 8 au 18 octobre.  

 

Maneyrol sur monoplan Blériot, CPA collection LPM 1900

 

La fin tragique

 

Le concours de Lympne richement doté par l'Aéro-Club Royal d'Angleterre avait réuni une participation surtout anglaise, dix concurrents, mais il y avait aussi un Belge et un Français (Maneyrol) pour représenter le continent. La présence de Maneyrol porta dit-on certains à renoncer.

 

C'est devant une foule nombreuse que le meeting se déroulait ce fatal samedi 13 octobre 1923. On notait dans la tribune officielle la présence de hautes personnalités.

 

Jusque là retardé par des questions de mise au point de son appareil, Maneyrol n'avait pas volé en concours. Le samedi matin, Maneyrol fit un premier essai d'altitude : il monta à 9.640 pieds, soit 2.938 m.

 

Vers une heure de l'après-midi, à bord de son petit appareil jaune, Maneyrol prit l'air bien décidé à remporter l'épreuve, à dépasser les 4.000 m. Et de fait l'aviette monta, monta, ne fut plus bientôt qu'un petit point à peine perceptible dans l'espace. Puis on la vit redescendre, l'aviateur ayant sans doute estimé qu'il avait atteint son but. Elle survola les spectateurs enthousiasmés à près de 700 m et descendit encore. Elle n'était plus qu'à une cinquantaine de mètres du sol quand un cri d'horreur jaillit de la foule. Les deux ailes de la moto-aviette venaient de se replier en parapluie. L'appareil tournoya deux ou trois fois sur lui-même, puis vint s'écraser au sol avec un bruit sourd.

 

Jambes brisées, atteint de multiples fractures, le visage et les mains contre la terre, Maneyrol agonisait. Un médecin fut appelé, mais en vain, la mort avait fait son œuvre.

 

La dépouille mortelle de Maneyrol fut transportée dans une salle de l'infirmerie de l'aérodrome transformé en chapelle ardente. Les témoignages de sympathie et les condoléances affluèrent à Lympne.

 

Quand André Coyaud, un de ses amis, lui eut fermé les yeux, ses compagnons et lui regardèrent le barographe enregistreur d'altitude dans les décombres de l'appareil : Ils constatèrent qu'Alexis Maneyrol venait de battre le record d'altitude pour avion léger le portant à 4.200 m.

 

Le barographe ayant subi des dégâts, le Daily Mail refusa de leur remettre le prix. Le Royal Aéro-Club confisqua le barographe et priva Maneyrol de son dernier record.  

 

 
 

Monument  

 

Dès l'annonce de la mort de Maneyrol, la municipalité de Frossay avait décidé de lancer une souscription pour l'érection d'un monument à sa mémoire à Frossay.

 

La souscription fut close le 16 juin 1924. Elle atteignait plus de 16.000 F.

 

Le monument est une haute stèle monolithique brute de plus de 4 mètres de hauteur.

 

Sur sa face se détache l'effigie de Maneyrol aux commandes de son appareil.

 

Au-dessus de lui, symbolique, un aigle, ailes déployées, s'accroche à la cime du roc. Au bas de la stèle, une seule inscription :

 

"A Maneyrol, ses admirateurs."

 

Chaque année, une commémoration a lieu à

Frossay.

 
 
     

 Stele de Maneyrol à Frossay, CPA collection LPM 1900

 
 

Obsèques de Maneyrol, CPA collection LPM 1900

 
     
   

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