CC 03.01 Avranches Les fêtes en 1854 4
  AVRANCHES
  CC 03.01 AVRANCHES - MONT-SAINT-MICHEL
   
  LES FETES D'AVRANCHES EN 1854  -4/7
         
   
 

Carte Photo d'Avranches, un char de fête / Photographe Leprovost Avranches

 
     
 

Quatrième Journée.

SAMEDI.

     Séance du Congrès Agricole. - Cavalcade historique. - Illuminations.

 

     Levés avec le jour, comme il convient aux laboureurs, dès sept heures, les agronomes de l'Association Normande étaient réunis au lieu de leur séance, et poursuivaient l'enquête agricole. Nous ne pouvons aborder qu'avec le respect et même l'envie l'agriculture, le plus beau des arts après l'art, la mère du commerce et de l'industrie, la mamelle de l'État, comme l'appelait le vieux Sully. Dieu a attaché le bonheur et le génie à la création : l'agriculteur est un créateur ; tantôt il fait le sol en le défrichant ou en le drainant ; tantôt il développe du double au centuple sa puissance : il a créé. Comme homme, il a suivi la loi du travail et du progrès ; comme citoyen, il a agrandi son pays ; comme père, il a enrichi le domaine de ses enfans. Vienne le soir, il peut partir. O fortunatos nimiùm, suasi bona nôrint, Agricolas ! leur crient avec Virgile ceux qui préféreraient les labeurs des champs à la rude tâche de cultiver les intelligences. Quant aux délicats et aux dégoûtés, qu'ils sachent que c'est avec du fumier que viennent les fleurs et les fruits. Après cet aveu de notre impuissance et cet hommage à l'agriculture, résumons les principales discussions. Celle qui fixa plus particulièrement l'attention fut l'introduction de la race Durham, et de son croisement avec les nôtres. M. Mabire, le rude lutteur, se montra l'adversaire déclaré du Durham ; M. de Quincey, un des agronomes qui, à Roz-sur-Couesnon, ont fortifié et fécondé les sables de la mer, fut, avec MM. de Saint-Germain et Maillard, le champion de l'opinion opposée. La pomme de terre, ce tubercule auquel sont attachées les destinées de tant de pays, dont la maladie a causé l'émigration ou exode de l'Irlande, fut l'objet de beaucoup d'observations. La Société recueillit les expériences de M. Châtel, de Vire, qui, depuis quelque temps, soigne la santé du précieux tubercule. M. de Saint-Germain signala un fait consolant, l'influence salutaire de la tangue sur la pomme de terre, qui vient en parfaite santé dans les grèves du Mont Saint-Michel. M. Delaunay donna des développemens étendus sur les progrès sensibles de l'horticulture à Avranches.

 

     Sauf une interruption d'une heure, le travail continua jusqu'à l'heure où la Cavalcade sortit de la Cocarde. C'était la principale splendeur de nos solennités. Conçue et esquissée dans une réunion d'archéologues et d'artistes, sous la présidence de M. de Clinchamp, composée de MM. La Tour du Pin, Laisné, Simon, de Beaurepaire, Le Héricher, Loyer, elle avait été organisée par un homme qui apportait à cette tâche une intelligence vive et pratique, et une grande influence personnelle, M. René de Montécot. Un long cri d'admiration d'une foule contenue et respectueuse salua cette brillante procession, et le Journal d'Avranches se fit l'organe de cette émotion : « Ce que nous pouvons dire, et en cela nous ne serons que les échos affaiblis de l'admiration générale, c'est que, quelles qu'aient été les espérances que cette solennité avait fait concevoir, elles ont été certainement dépassées par le goût et la magnificence qui ont présidé à la composition de la cavalcade, et à celle du cortège emblématique qui la suivait. » Jamais Avranches n'avait été plus brillante de riches toilettes aux fenêtres, aux portes, aux balcons, et la Cavalcade, descendant la rue de la Constitution, pouvait être comparée à une rivière de pierreries coulant entre deux hautes rives tapissées de fleurs.

 

     Les généreux cavaliers, les fantassins dévoués, les varlets empressés, M. Moreau, le costumier de l'Opéra, qui a fait les choses avec une grande complaisance, et son représentant, type parisien, qui apportait dans le feu des préparatifs le calme légèrement railleur des hommes qui ont beaucoup vécu, tous, à des degrés divers, ont droit à la reconnaissance de la cité : du reste, ils ne sont plus à l'attendre. Voici l'ordre, les groupes, les noms des cavaliers, fantassins et varlets :

     Char des Musiciens, dirigés par M. Cadiou : MM. Chesnais, Harel (Félix) et Harel (Epiphane), Lanos, Lebas, Chavaignac, Loir, Grossmann, Grenet, etc.

     Pèlerins quêteurs : MM. L. de Tesson, de Verdun de la Crenne, de Poret, Armand de Pracontal, Fritz Millet, Auguste Boudent, Emile Lepelletier, Fountain, Chalmel, Laisné, Ernest Le Moine des Mares, docteur Gilbert, docteur Thébault, Trochon, Desroziers.

     Trompettes : MM. Duchemin, Louis Dupont, Chesnay.

     Héraut d'armes de St-Michel : M. du Taya, directeur du Haras de St-Lo.

 

Groupe des Chevaliers défenseurs du Mont.

 

     Louis d'Estouteville, capitaine d'Avranches et du Mont, M. René de Montécot ; Nicolas Paisnel, son lieutenant, M. du Bouëxic ; les deux Folligny, MM. Mangon de la Lande ; L. de Bourguenolles, M. Louis Lahougue ; Hilaire de Poilley, M. Gustave Godin ; Blondel de St-Philibert, M. Lionel Philbert ; Auvray de Plomb, M. Alfred Gauquelin ; Gaston de Saint-André, M. Gustave Bouvattier ; Pierre de Malloué, M. Frédéric Joly ; André de Belle-Etoile, M. Arondel ; Guillaume du Message, M. Dumez ; Onfroy du Teilleul, M. Pinot-Bodinais.

     Varlets et veneurs, dispersés dans la cavalcade.

 

Garde Ecossaise.

     Lord Crawford, commandant, M. Bernard Pigott ;

     Gardes : MM. Allain, Delouey, Gesbert, Le Moine, Bessons, Trincot, Pierre de Pailpré, Coespel, Le Brisoys, Jacques, Houssin, Montier, Vincent, Bouvet, Chrétien.

 

Groupe du Roi.

     Héraut de France, M. de Froidevaux ; le Roi, M. de Canisy de la Paluelle ; la Reine, M. Théodore Dubois ; la princesse Anne, M. Angel de la Pena ; la princesse Jeanne, M. Hullin ; le duc de Guyenne, M. Coupard ; Tristan l'Hermite, M. de Tesson ; Olivier le Daim, M. de Boutray ; Jacques Coïctier, M. de Frotté ; Galéotti Martivalle, M. Paul Dupray-Mahérie ; Philippe de Commines, M. Pillaut du Homme.

 

Groupe des Princes du sang et des Chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel.

 

     Dunois fils, M. Sylvain de Saint-Brice ; Bâtard de Bourbon, M. Hugues de la Martre ; duc d'Orléans, M. Ernest Caruel ; duc de Bourbon, M. Alex. Regnouf ; sire de Beaujeu, M. Guérin ; André de Laval, M. de Verdun de Chasseguey ; Jean d'Armagnac, M. Dardel ; comte de Sancerre, M. Ernest Martin ; Antoine de Chabannes, M. de Saint-Pois ; Georges de la Trémouille, M. de Mathan ; Louis de Rouville, grand veneur, M. Bon de la Martre.

     Trois poursuivants d'armes : MM. Emile Le Chevalier, Le Pêcheux, Le Sage.

     Deux pages : MM. William et Lawrence Crowdy.

 

Chars emblématiques.

 

     Char de l'Agriculture : bouvier, fermière et fermier. - Char de l'Horticulture : conducteur, jardiniers, MM. Pautrel et Chesnay. - Char des Pêcheurs des grèves du Mont St-Michel : chef des pêcheurs de saumons, un vieillard de 80 ans, mousses, pêcheurs et pêcheuses de coques.

 

     Ces chars ont été décrits par M. de La Bedollière, dans le Siècle : « Le premier, dont l'idée ingénieuse appartenait à M. Armand de Pracontal, était dédié à l'Agriculture ; six magnifiques boeufs traînaient un socle, dont les roues étaient masquées par des gerbes. A l'arrière il portait une cabane rustique, surmontée d'un toit de chaume, que couronnaient les joubarbes et les pariétaires. De sa cheminée s'échappaient des volutes de fumée. Devant la porte, la fermière barattait, et deux paysans, le front ombragé de chapeaux de feutre, et entourés d'instrumens aratoires, cultivaient les légumes de leur jardin..... Composition bien supérieure à toutes les allégories..... Venaient ensuite le char de l'Horticulture, le char des Pêcheurs, sur lequel une barque dressait son élégante mâture. Derrière ce véhicule nautique marchaient des pêcheurs et pêcheuses de Vains avec leurs filets sur l'épaule, ou leurs sabrets remplis de coques sur la tête. »

 

     Le cortège partit de la Cocarde à deux heures et demie, parcourut la route de Bretagne, rue de la Constitution, place Baudange, Promenoir, boulevard du Nord, route de Villedieu, place Baudange, rue de la Constitution, place Angot, rue Belle-Etoile, Petit-Palet, boulevard du Sud, rue du Séminaire, route de Mortain, rue de la Constitution, route de Bretagne, et rentra à la Cocarde vers six heures. On avait rédigé un Programme de la Cavalcade et une Notice Historique sur le passage de Louis XI à Avranches. M. Laisné avait composé une notice sur les divers voyages de Louis XI dans l'Avranchin ; car Louis XI était l'objet de la préoccupation générale. On lisait ou on relisait Philippe de Commines, Montfaucon, Quentin-Durward, de W. Scott, et le Louis XI, de C. Delavigne, et le Théâtre d'Avranches ne s'abstint sans doute de jouer cette belle tragédie que dans la crainte de la comparaison.

 
         
   

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