CC 33.07 La Lucerne Les 40 Abbés
 

LA LUCERNE D'OUTRE MER

  CC 33.07 GRANVILLE, TERRE ET MER
   
  LES 40 ABBES DE LA LUCERNE 1/5
     
 
 
     
 

Avranchin monumental et historique, Volume 2

Par Edouard Le Hericher 1845

 

L'histoire de l'abbaye de la Luzerne

 

L'histoire de l'abbaye de la Luzerne est racontée dans le Gallia Christiana et le Neustria Pia. Nous associerons les deux récits en les complétant et en les illustrant par les nombreuses chartes qui ont été recueillies par M. Dubosc, et dont la réunion nous rend le Cartulaire de la Luzerne. Elles jetteront encore beaucoup de vie poétique et historique sur une foule de localités, et uniront l'intérêt des généralités et-de la peinture du passé aux détails de la topographie et de l'histoire particulière.

 

En 1143, G. Heiron, archidiacre d'Avranches, fit venir de l'abbaye d'Ardenne , près de Caen , la seule maison de Prémontrés de la Normandie, deux religieux, Tankercde et Etienne. L'archidiacre obtint de son parent, Hasculphe de Subligny, chevalier, une chapelle située dans le bois de Courbefossc, que Richard de Subligny, évêque d'Avranches, avait consacrée à la Trinité. Hasculphe, par le conseil de l'évêque, son frère , donna plusieurs biens à la chapelle , devenue un prieuré ; car Tankerede n'a que le titre de prieur dans l'Obituaire de l'abbaye. On lit dans un ancien manuscrit du monastère: « Il nous donna tout ce qu'il possédait dans la villa appelée la Luzerne, excepté le bois, c'est-à-dire le moulin avec la mouture — cum molta — et toute la terre avec les hommes — terrain totam cum hominibus, — deux gerbes de dîmes, et une partie du bois. En cette année, Hasculfe fit les dons suivans : « In loco qui ab antiquis Curba-fossa appellatur, constitui canonicos pro salute anime mee et uxoris mee Denisie et patris mei Otkoeri, matrisque mee Lesceiine... dedi in villa que dicitur Lucerna guidquid possidebam... in Gripone decimam de omnibus redditibus ad dominum castri pertinentibus et duos burgenses. In Suligneio vineam de Toi et dominium meum circa vineam. In Marceio masuram Osberni etunamacram terre ad vineam. » Tankerede mourut en 1144, et une croix blanche — crux lactea — apparut sur sa poitrine à l'heure de sa mort.

 

Son successeur, Tescelin , eul le titre d'abbé , selon les termes d'un ancien manuscrit de l'abbaye : « Anno D. 1144 promotus est in abbatem D. Tescelinus.... Anno D. 1156 obiit Tescelinus primus abbas. » Il est appelé encore abbas Curvœfossœ, l'église abbatiale étant la chapelle agrandie du bois de Courbefosse. Toutefois, ce fut sous son gouvernement que les religieux , à cause de l'incommodité du lieu — ob importunitatem loci, — sortirent de ce bois , le jour de la fête de saint Luc, et se transportèrent dans une vallée au bord du Thar, où ils furent reçus par Richard de Subligny, évêque d'Avranches, et par Hasculphe, son frère, leur premier bienfaiteur, dans une chapelle de bois —in ligneam capellam— dans laquelle le même évêque consacra un autel, en présence d'une foule innombrable. Ils restèrent là pendant seize années six mois et cinq jours. Tescelin fit avec l'abbé Bernard du Mont Saint-Michel, vers 1146 , une convention d'après laquelle: « Bernardus concessit Tescelino tune temporis abbati de Lucerna quamdam partent montis siti juxta Thar a via supercilii ejusdem montis nsque ad tumulum... testes Sanvalo, Rad. emens panem, Rie. parvus, G. archidiaconus. Ph. de Musca, H. de S. Petro, Hase, de Sulligneio. » Sous cet abbé, l'évêque Richard , vers 1150 , donna: « Ecclesiam de Montviron cum omnibus pertinentiis suis salvo jure episcopali precibus W. archidiaconi qui eam possidebat. » Tescelin mourut dans le second lieu du monastère. Son successeur fut proprement le premier abbé :

 
     
 

 Ansgot, 1157 1er Abbé

 

Ansgot, 1157 « suscepit curam Lucernensis ecclesie. » Sous cet abbé, le successeur de Richard , Herbert, par une charte de 1158, déclara que Ph. de Saint-Pierre avait donné aux chanoines de la Luzerne, par ses mains, la moitié des dîmes de la paroisse de Sainl-Pierre-Langers: « Et insuper quidquid in ecclesia de Montviron ad ipsos pertinebat et in molendinis suis ri~ delicet de S. Petro Langier, de Valle Scie, de Montviron... de Donvilla. »

 

Sous Ansgot, en 1161, eut lieu la troisième et dernière émigration des religieux : ils passèrent dans le lieu où nous voyons les ruines magnifiques et pittoresques du monastère, dans le lieu que le Neustria, qui ne prévoyait pas la Révolution, appelle « fixa atque perpetua mansio. » Les chanoines rendirent alors à leur premier fondateur, Hasculphe, en présence du vénérable Achard, évêque d'Avranches, la terre qu'il leur avait donnée, et qui est ainsi désignée dans leurs manuscrits: « Terrant que est inter primum vivarium nostrum et nemus et Thar et Tharnet. » Riais Hasculphe aumôna cette terre à Dieu et à l'évêque d'Avranches, qui la céda à G. de Saint-Jean, seigneur de Saint-Jean-le-Thomas, pour fonder sur son sol une abbaye en l'honneur de la SainteTrinité. Hasculphe y consentit, et le patronage fut concédé à G. de Saint-Jean, qui acquit un titre, très-envié alors, celui de fondateur. Pour cette concession , G. de Saint-Jean donna à Hasculphe une coupe d'argent en présence d'un grand nombre de prélats, et l'on chanta , « miscricordia domini: » c'était à la fête des ides d'avril 1162. Alors les chanoines , abandonnant la vallée près de l'étang — vallemjuxtà vivarium — où ils avaient séjourné seize ans, vinrent dans la terre entourée de l'étang, du bois, et enfermée entre le Thar et le Tharnct, que l'on appelait populairement « populari vocabulo » Lucerna, la Luzerne. La prise de possession eut lieu solennellement , au milieu d'un grand concours de peuple « magno populi comitatu, » Ansgot précédant son troupeau , le deuxième dimanche après Pâques. En cette même année, G. de SaintJean leur donna sa grande charte, monument de sa générosité et principe des biens du monastère. Voici cette charte avec ses principaux détails locaux ou intéressans:

 

« Ego W. de S. Johamie et Rob. frater meus et Oliva tixor mea dedimus religiosis S. Trinitatis de Lucerna terram in qua fundata est abbatia eam scilicet que est inter primum vivarium ipsorum et nemus et Thar et Tharnet et ecclesiam de S. Johanne2 ita tamen ut per duos presbiteros serviatur sive de religione sive de seculo, et vineam3 juxta ecclesiam et masuram Girardi.... et 15 quarteria frumenti in molendinis de S. Johanne.... in prefeetura de S. Johanne* et 9sol. de prato de Wauterot ad luminare ecclesie de S. Johanne et lampadem que ardebit per diem et noctem coram altare B. V. M. in eadem ecclesia... dedimus apud la Lande 6 sol5. et apud Angeium 6 8 sol. et ibidem redditus Andrée de Rochella et decimam gallinarum de S. Johanne et sedem unius piscarie ad mare et totam decimam omnium piscariarum et  xepiarum de Batelt' et decem acras terre ad S. Ursinum et universam terram que est intcr Thar et Tharnet usque ad terram S. Ursini que erat de feodo S. Michaelis, excepta medietate cujusdam vallis quam -ad bescum nuiriendum canonici sibi et monachis conservare debent, pro hac autem terra dedimus monachis in cxcambio feodum Aluni de Buceio in quo sedet dimidia ecclesia et dimidium cimeterium Buceii, undè nobù x sol. et servicium equi persolvebat. Dedimus decimam redditus terre Comart ad Pomariam, dedimus ecclesiam de Rochella cum omnibus pertinentiù suis, concedente Rogero paupere qui in eadem ecclesia presentationem habebat, pro qua presentatione dedimus ei ad Luoth masuram Hugonis. Dedimus et ecclesiam Angeio cum pertinentiis suis et decimam terre et kominum de Brilcenioi, et decimam redditus terre quum W. de Verduno tenet de nobis ad Boillum... Dedimus et in Anglia terciam partem maneriide Mundreham pro excambio redditus ejusdem manerii et de Berneham et de W auburguctone. »

 

Toutefois Umj contestation s'éleva entre les religieux et G. de Saint-Jean, mais elle fut arrangée par la charte suivante: « Querela que erat inter nos et D. W. de S. Johanne super masuris de Torvilla , talent habuit concordiam: W. de S. Johanne masuram Rob. Sutoris 6 quas de vavassoria esse  dicebat et nos de vilenagio contendebamus nobis de vilenagio esse concessit sicut divisiarum inter feodum vavassorias et vilenagium appositio demonstrat »

 

En 1163, R. de Fougères donna « decimam salis mei de Cultilies2 canonicis de Lucerna qui me in sua fraternitate susceperunt. » W. de SaintJean avait épousé la veuve d'un seigneur de Fougères. Il fut enterré dans l'abbaye.

 

En 1164, furent jetés les fondemens d'une église, de celle dont nous voyons encore les membres robustes. La première pierre « primarium et angularem lapident », fut présentée par Hasculphe de Subligny et G. de Saint-Jean « nostris dominis » à l'évêque Achard et à l'abbé Ansgot. L'évêque la reçut dévotement, la bénit et la jeta dans les fondemens. On n'y célébra l'office qu'en 1178, et en cette année, le jour de la fête saint Thomas, patron de SaintJean , l'évêque d'Avranches y introduisit les chanoines. Le Gallia dit qu'alors l'église était faite jusqu'à la croisée « ad umbilicum »; mais le Pfeustria nous la montre comme plus avancée « presbyterio, choro et codicibus peractis. » En ce même jour, l'évêque consacra un autel à tous les saints.

 

Achard fut enterré dans cette église: « la basilica Immari voluitjuxia parietem chori ante ostium qito intr in clamtrum. » Vers ce temps, l'abbaye reçut une pêcherie à Donville, du don du Mont Saint-Michel: « Ego Martinïts ecclesic S. Michaelis de periculo maris abbas concessi monasterio S. Trinitatis de Lucerna quandam piscariam in marejuxta Donvillam quant Alanus de S. Petro miles nobis dederat. »

 

En 1184, Thomas de Piris et Gieve, sa femme, lui donnèrent l'église de Saint-Martin-de-Tribohou et piscariam de Veteri Roma. » Ansgot ou Angoth présenta à l'évêque de Coutances, Richard, clerc de son monastère, pour être pourvu de cette cure.

 

En 1185, W. de Moion leur donna la dîme de ses moulins de Moion, de Tesson et de Beaucoudrai.

 

Vers 1190, l'archevêque de Rouen rendit la confirmation suivante: » Approbate consuetudinis est que ad utilitatcm ecclesic bonorum institua providencia ne presumptuosa malorum temeritate violari liceat, litterarum apicibus annotare, noverit universitas vestra quod Achardus Abr. episcopus pauperpati canonicorum et necessitait consulens et etiam animarum saluti assensu sui capituli concessit quod omnis Abr. canonicus post obitum suum sive etiam post susceptum religionis habitum redditus prébende sue anno intègre habeat, quos sic distribui institua ut tenobium de Lucerna habeat redditus illos. »  R. Murdac, et Havise, son épouse, confirmèrent à la Luzerne les donations de leurs ancêtres, « decimam tnoiendini nostri de Murdacaria, elemonisas que antecessores H avis, Ph. Henr. et Alanus de S. Petro dederant, scilicet decimas molendworum suorum de S. Petro Lansgier de Montevirun de Donvilla de Cornical de Valle Scie et dimidiam decimam de tota terra sua in parrochia S. Petri Lansgier et quidquid habebat in ecclesia de Montvirun et unam piscariamin mare juxta Boillun et que dicebatur Malrevart juxta Donvillam. »

 

En 1195, Richard, roi d'Angleterre, confirma les donations de toutes les aumônes. Vers ce temps eut lieu une contestation qui produisit une charte intéressante, dans laquelle une dame nommée Aalicia, après avoir reçu a unum mantellum et unum aunulum aureum » renonça à ses prétentions sur une terre donnée à la Luzerne.

 

En 1198, "W. de Mesnil donna à la Luzerne la masure de Robert Sequar, à Bréville, et dix-neuf vergées de terre au Hommeel; l'église de lu ffuveille lui fut concédée , à la fin du xn" siècle, par Guillaume, évêque d'Avranches^, et une terre à Agon par W. Murdac, à la condition de donner : « Quedam calcaria ferrea vel sex denarios usualis monete. »

 

En 1202 , on inscrivit sur le Cartulaire une bulle solennelle du pape aux Prémontrés : « Ne quis legatus vel alius sedis apostolice nuntius aliquid exigat ex nostro ordine qui de indulgentia pape non fecerit mentionem. » Vers cette époque, Geoffroi de La Lande, de Landa Darou, donna: « Specialiter ad emendum ceram et ornamenta unde ministretur ad missam que jugiter celebratur in cape lla infirmorum et ad ipsam capellam cum opus fuerit resarciendam, tres quarterios frumenti in tnolcnTtiar el Tharncsiam usque ad terrant S. Urtini que erat de feodo S. Michactis de Monte....

 

C'est ainsi que, pendant le demi-siècle de l'administration d'Angot, l'abbaye s'enrichit sans interruption, et se créa des protecteurs parmi les seigneurs et les prélats. Angot, accablé de vieillesse, « aitatis sue insufjicientiam metuens, » résigna ses fonctions, et mourut en 1206. Le premier abbé avait été le plus puissant organisateur. Il soutint des procès contre le Mont, contre Foulques Paisnel, et Lesceline du Grippon , fille de Hasculphe. Après lui, il y eut une vacance, et probablement de l'anarchie : son successeur ne fut nommé qu'en 1213, et, pendant cet intervalle , nous ne trouvons presque plus de chartes, ces documens qui attestent la vie des monastères. Toutefois en 1207, Guillaume, évêque d'Avranches, fit une restriction aux droits concédés par Achard sur les prébendes des chanoines du diocèse , à cause de l'état de délabrement de la cathédrale: « Ecclesie nostre Abr. indigentiam attendentes cujus fabrica ruinant multiplicem minabatur. »

 
     
 
 
     
   
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2° Raoul de Dragueville, Radulfus de Drageville, dont le nom figure au bas de presque toutes les chartes signées sous Angot, fut son successeur en 1213. De son temps, le pape Innocent confirma toutes les aumônes faites à son monastère , dans une bulle dont les détails nouveaux font supposer la perte d'un grand nombre de chartes : « Ecclesiam S. Vigoris de Campellis... S. Sansonis de Angeio, dimidiam ecclesiam S, Georgiide Liveia, ecclesiam S. Georgii de Raiz, quartam partent ecclesie de Erengarvilla, ecclesiam S. Georgii de Orbuhaia, totam terrain cum decimis lam de genestis quant àe bladis in nemore quas habetis in parrochia de Lucerna, molendinum cum omnibus consuetudinibus, decimas in Po- maria, redditum in molendino de S. Dionisio le Wast, teiram apud Marceium et apud Crolum et pratum de S. Ligerio, sex quarterios frumenti in molendino de Musca et manque in molendino de Chantepia, et quartam partem de molendino de Nigropalude, et redditum quem habetis apud Canbas, redditum in feodo S. Severi, et apud Castrum Virie, vineas apud Chambuercœ, domos plateas apud Abrincas, decent quarterios in molendino de Campo repulso, molendinum foleor2 de Landa Darou cum pertinentiis suis et molendi- narium cum tenemento suo, redditum quem habetis apud

Angeium

 

En 1213, Raoul signa, avec l'abbé du Mont Saint-Michel, une convention relative à la dîme des fruits de Champeaux. En 1214, Jean de Saint-Pierre, fils d'Etiennef et ses frères, concédèrent un quartier de froment sur les moulins de Saint-Pierre.

 

En 1215, Robert Brese, avis Parisiensis, aumôna le fief d'Isnelvilla, à Blainville. Toutefois ce don donna lieu à beaucoup de contestations dans lesquelles intervinrent les chanoines de Dol, les juges de Pontoise, l'évêque et le chapitre de Coutances, les juges de cette ville, les chevaliers « qui fuerunt in assista quando Rob. Brese dedit totum feodum suum de Isnelvilla*t » le bailli du Cotentin. Les chanoines de la Luzerne eurent gain de cause.

 

En 1219, « Bos de Vado dedit dimidiam virgatam terre apud Suligncium sitam juxta clausum abbatie de Lucerna ad dilatandum. »

 

En 1222 , Eudes d'Angey confirma la concession de l'église d'Angey4, et l'évêque d'Avranches nomma à la cure Robert d'Anjou. Alain de ISrccey donna un quartier de froment sur les moulins de Saint-Pierre-Langers « S. P. de Langiero. »

 

L'année 1223 fut féconde en aumônes: W. de La Jlare doima « totum tenementum apudHeugcviltam, » et Hugues, évêque de Coutances, confirma la donation ; "W. de Saint-Pierre donna deux boisseaux de froment sur le moulin de Pont, puis ex dono Ran. de S. Petro, avi mei, a Step.mno, pâtre meo et a me quatuor quarterios frumenti...il quia canonici concesserunt mihi et heredibus cursum aque per pratum saam de S. Ligerio ego vel heres meus in prato vel in teira eorumdem non debemus fodere, aut glcbas capere, nec eclusam illam nec cursum aque de Loco movere, nec cursum aque Latiorem facere. »

 

3° Une partie de ces événemens dut avoir lieu sous le troisième abbé , appelé Daniel, dont on ne sait qu'une chose , c'est qu'il gouverna jusqu'en 1225 , époque de sa mort.

 

4° En 1225 un abbé , dont on ne connaît que la lettre initiale R , Robert ou Richard , reçut la crosse abbatiale. L'année suivante, Guillaume; évêque d'Avranches, arrangea un différend qui s'éleva entre cet abbé et .Richard, clerc, fils de Foulques d'Angey.

 

En 1227, Foulques du Bois donna à la Luzerne un quartier de froment: « In porûone sua molendini Renart in parrochia S. J. de Campis2. »

 

5° Thomas Ier : sur cet abbé, on n'a guère qu'un mot du Tfeustrîa: « Migravit ad cœlum idibus Martii. »

 

6° Nicolas Tioutcraie fut élu en 1235. Il acheta plusieurs revenus pour son abbaye. Pierre Le Boufi lui aumôna, l'année suivante , un quartier de froment et un chapon sur le tenement de Pierre Tesson, en Saint-Jean-des-Champs.

 

En 1237, Henri de Poterel, de Poterelto, concéda « totum tenementum quod Emma Textricis tenebat de Roberto Marcade in parrochia S. J. de Campis, sitvm juxta Cruces; » et par une autre charte « pro sainte anime mee et Radulfi patris mei in molendino meo de Lingrevilla duos boissellos frumenti1. »

 

En 1239, Th. de Servon, chevalier, aumôna: « Duos buissellos fr. in molendino suo de Servum ad mensuram ejusdem ville2. »

 

En 1246, Rob. Legros donna six vergées de terre en Saint-Jean-des-Champs « in una petia inter la Patinière et Lescluse molendini Quenart, que pecia terre-bulat ex una parte ad queminum qui ducit Dorepast ad mare et bulat ex altera parte adcampum de Franxino. »

 

En 1247, Rob. du Bosc donna six vergées de terre en SaintJean-des-Champs; Osbert Trasce deux boisseaux de froment dans la même paroisse , à la mesure de Saint-Pair, dans le champ « de Mara as Wandons. »

 

En 1250 , R. de SaintPierre , « dominus de S. Petro Langier, » « concessit septem buissellos frumenti ad mensuram de Genez in molendino quod dicitur Cormcal. »

 

En 1253, Phil. de Saint-Pierre ajouta un quartier de blé sur le moulin deCornical.

 

En 1256, Rob. de Prestot vendit à Rob. du Bosc , bienfaiteur du monastère: Totum tenementum quod habebat in parrochia S. J. de Campis apud Laleverrie in maritagio Biatricis uxoris sue et duos boessellos frumenti super feodum de la Coefferie. «Beaucoup d'autres chartes attestent la charité dont la Luzerne fut l'objet sous cet abbé : nous les omettons , comme peu intéressantes sous le rapport de l'histoire, ou comme ne se localisant pas dans l'Avranchin. Nous les résumerons par ces mots du Neustria: « Multos emit redditus pro augmenta abbatiœ suœ. »

 
     
 
 
     
   
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CPA 1960

 
     
 

7° Pierre de Tourville fut élu abbé eu 1257. En cette année, Richard , évêque d'Avranches, rendit une charte en faveur de la Luzerne sur le patronage de l'église d'Angey que contestait Foulques d'Angey, et y présenta Nicolas de SaintSever : « Cum nos ecclesiam B. Sansonis de Angeio ex morte bone memoric Pétri Olivieri presbiteri quondam rectoris ejusdem ecclcsie libérant et vacantem Nich. de S. Severo presbitero ad presentationem P. abbatisde Lucerna contulerimus intuitu cariiatis sibi quamdiù vixerit possidendam cum ea integritate cum qua memoratus Petrus habuit.... Dation apud Parcum. > En 1260, Jean Morin vendit un boisseau de froment « in feodo de la Marinière in parrochia de Lucerna. » Eu 1262 , M. Datin, chevalier et seigneur de Mirande, concéda « tria quarteria frumenti in molendino de Miranda in paiTOchia de Sartilleio. » W. Datin confirma les dons de son père, et spécifia quatre boisseaux « ad mensuram de Sartille ad usas capelle B. M. in qua corpus W. Datin avunculi sut requiescit in abbatia de Lucerna. » En 1266 , Robert de Brecey, chevalier, aumôna deux boisseaux de froment sur son moulin de Servon « ad mensuram ejusdem molendini. » En 1267, l'évêque de Coutances écrivit cette lettre à l'abbé Pierre de Tourville : « J. abbatide Lucerna salutem et sinceram in Domino caritatem. Cum ecclesia de Mesnillo Roberti vacans sit ex resignatione dilccti capellani nostri W. de Landellis vos requirimus quatenus dictam ecclesiam cujusjus patronatus ad vos pertinet hac vice nobis vestri gratia concedatis dilecto nostro R. Hais clerico conferendum tantum inde facientes quod vobis teneamur ad grates et super hoc vestram voluntatem nobis remandetur. Vale. -> En 1272, Jean Morin, de la Luzerne , vendit au monastère un boisseau de froment « ad mensuram de Haya Paganelli » sur deux vergées de terre « de feodo apud Lamorinière. » En 1273, N. de SaintDenis aumôna « unum quarterium frumenti ad mensuram de Genez in molendino suo et monta de Cornical; » W. de La Mouche donna une dîme « in portione sua feodi de Pumtmt  m parrochia S. Joannù de Campis '. » En 1274 , André de Malloe et G. de Pelevilain donnèrent à la Luzerne les loges et étaux du marché d'Avranches; le roi Philippe confirma cette aumône. Sous cet abbé , le prélat métropolitain , Odon Rigault, en 1250 et en 1263 , visita l'abbaye de la Luzerne. Le Livre de ses Visites contient cette note pour le premier voyage : « IV Non. Augusti apud Lucernam Premonstracensis ordmis cum expensis monasterii venimus » Pour le second , nous savons seulement que l'archevêque passa à l'abbaye la nuit du 12 mai.

 

8° Jean Bouteraie gouverna depuis 1275 jusqu'en 1280: « Ann. 1275. Rexit annis quinque et debitum mords solvit, » dit le Neustria. Dans cet intervalle , l'abbaye s'enrichit par les dons ou les ventes qui suivent: Jamet de Montpinchon , et Aalicia, son épouse, vendirent[(1275) diverses redevances dans la paroisse de Saint-Pierre-de-Coulanccs ; N. de SaintPierre , pour le salut de l'âme de Ranulphe de Saint-Pierre, son père, concéda , en 1276 , « quinque boissellos frumenti ad mensuram de Genez in molendino suo et monta de Ponte sito in parrochia de S. Petro Langier; •> il confirma des dons faits « in feodo suo lorice in parrochia dicta S. Petri Langier"1. » Le pape Nicolas écrivit (1278) à l'abbé une longue lettre pour qu'il conférât un bénéfice à un clerc du diocèse, prêtre de Saint-Ursin, G. Tyrel:« W. dictus Tyrel pauper clericus Const. dyocesis nob;s kumiliter supplicavit vt cum ipse asserit nullum adhuc beneficïum sit adeptus provideri tibi mandaremus. Quia igitur illi sunt ad bénéficia promovendi quibvs mores et scientia svffragantur cum idem clericus quem nos de litteratura examinari fecimus invenlus sit in Ma convenienter ydoneus... » Une commission fut instituée, composée « duodecim probos viros et fide dignos de parrochia de Bcllo Mesnillo et de Landellis per quos possimits inquirere de vita moribus natalibus et conversatione et etate clerici memorati et de aliis dictum negotium tangentibtts et utrum sit aliquod impedimenttitn canonicum quare non sit dignus ad beneficium obtinendum. » Un acte solennel porta les noms des douze examinateurs et les cita à comparaître, et le procès-verbal fut dressé de l'enquête: « Ea die partibus in jure Constanciis comparentibus videlicet dicta clerico pro se et Religiosis de Lucerna per fratrem Philippum de Montviron concanonicum smtm cum litteris, procuratoriis sigillo dictorum Religiosorum sigillatis... habita jam dicta inquisicione propublicata, etc. » Après ces longues formalités représentées par six chartes, G. Tyrel fut envoyé en possession de l'église de Mesnil-Robert, en 1279. Pendant la durée de cette affaire, Roger Champdaveine avait donné à la Luzerne: « Ad pitancias », des biens dans un fief de Saint-Pierre-de-Coutances: « Inter aquam de sola et magiiam viam Constanciensem'. » En 1282 , le bailli de Caen écrivit ces lettres: c Sachiez que nos por nostre sire le roi avon fine a labe et au covent de Seinte Trinite de la Luserne de douze boisseaux de forment danuel rente a la mesure de chasteau de Vire lesquiex Richart Tyrel prestre et G. Tyrel prestre lor donerent et aumosnerent en lan mil deux cens sessante dis et noef a prendre en chascun an en la parroisse de Clinchamp en fieudela Mellotiere... nos lor avon donees ces lettres scellees dou scel de la baillie de Caen sauve la droiture le roy et dautruy. » En 1284 Jeanne inféoda des terres dans la paroisse de la Luzerne « in feodo de la Mariniere... cum Th. Marin. »

 

9° Egidius de Musca, cité seulement par le Neustria Via, d'après le Cartulaire de la Luzerne : a Vivebat ad annum 1289 '. » Il aurait alors gouverné dix ans et ces derniers titres doivent être rapportés à son administration.

 

10° Robert-Jean aurait régné trente-six ans et serait mort en 1326, ce qui mettrait son élévation à 1290. Quoiqu'il en soit, c'est un des plus illustres abbés. C'est peut-être celui qui fit le plus pour le développement monumental de l'abbaye. De son temps la chapelle de la Vierge et celle de Saint-JeanBaptiste, à la droite du chœur, furent augmentées. Il fit faire « aulam et cameram et post dormitorium... magnam campanom-, » ce que le Gallia appelle ctdes abbatiales. Il fut enterré dans la chapelle saint Michel et Gratien; mais plus tard sa pierre tumulaire fut transportée sur le corps de l'abbé J. du Rocher, dans le Chapitre.

 

En 1291 , l'Oflicial d'Avranches promulgua une charte sur le patronage d'Angey: « Cum contentio verteretur inter viros religiosos de Lucerna et Fulconem de Angeyo super jure patronatus ecclesie S. Sansonis de Angeyo vacantis per mortem Nicolay Lamiche... dictus Fulco spontaneus recognovit et expresse dixit se in dicto patronatu nullttm jus habere. » D'ailleurs le doyen de Genêts se rendit à l'église d'Angey, et là il interrogea plusieurs paroissiens dignes de foi et leur demanda: « Subprestitis juramentis ad quem seu ad quos jus patronatus ipsius ecclesie pertinebat. Qui quidem jurati responderunt una voce non discordes quod ipsi credebant procerto dictum jus ad religiosos de Lucerna pertinere... -> En 1292, une charte relative à Tourville fut écrite par les religieux: nous y avons remarqué ce passage: « Injunximus ut compareant die dominica ad horam misse parrochialis in ecclesia de Torvilla ad videndum dictam venditioncm in dicta  ecclesia puplicari'. » Etienne Rabot et Petronille sa fille, reçurent des religieux : « Viam competentem per curiam nostram et per ctausum nostrum necnon per viam per quam eximus de manerio nostro ad portandum cum quadrigis fenum et ligna sua et alia omnia que eum quadrigis seu equis fuerint deportanda de suis pratis sitis in parrochia S. Leodegarii; neenon concessimus quod habeant aquam nostri foniis exeuntem ad rorandum sua prata... in excambio tenentur invenire plateam juxta introitum prati sui ad faciendum unum stagnum sive Roter gallice. » En 1300, Robert, évêque de Coulances, chargea les curés de Campignole et de BeauMesnil, d'investir d'une église de la Luzerne, celle de MesnilRobert, un prêtre nommé Robert Aceline, d'après les formes suivantes: « Ut instituatis in ipsius corporalem possessionem redditus possessiones, libros , vestimenta et ornamenta que ibi inveneritis in majori libro conscribi faciatis inquisitione super hiis prehabita diligenti. Idem vero Robertus in modum qui sequitur nobis prestitit corporaliter juramentum. Ego juro vobis Reverende pater et episcopis successoribus vestris canonicam obedientiam et quod in ecclesia mea pei'' sonnaliter rcsidebo nisi de licentia vestra vel illius qui super hoc potestatem habuerit mecum fuerit dispensatum. Rona mec ecclesie non alienabo alienata pro posse revocabo alioquin vobis vel episcopo qui erit pro tempore illud nunciari curabo... » Dans cette même année, Raoul de Beauebamp aumôna six boisseaux de froment par une charte dont les détails ont de l'intérêt pour l'histoire des constructions du monastère: « Ad opus capelle S. J. Baptiste qttam feci juxta sacristariam abbatie in qua elegi meam sepultwam... preterea ad augmentationem bonorum predicte capelle confirmo tanquam dominus capitalis quidquid Religiosi habent in feodo meo. » Eu 1302 « Petrus de Bosco armiger de S. Leodegario concessit » « pro sepulturameaquam elegi et cligoinclaustromonasteriide Lucerna juxta virum nobilem Rob. de Bosco militent defunctum quondam fratrem meum, unam peciam terre quam teneo de Religiosis M. S. Micliaelis, in parroclda de S. Leodegario juxta fossatum vinee Religiorosum de Lu<crna. » Une délimitation fut établie « per attomatos », entre la terre du Mont et celle de la Luzerne, en Saint-Léger: « Posite fuerunt divisie inter te?Tam quam P. de Bosco dedit nobis super Costilleium nostrum et terram dicto P. remanentem presente Priore de S. Paterno tenente visionem divisiarum in presencia hominum ad hoc vocatorum »

 

L'acte suivant fut fait à Avranches: « Sachent touz que G. Engelier de la Lande dArou reconut devant Renol le prevost tabellion juré nostre sire le rei que il aveit otrie a hommes religioux et honestes labbey et le convent de S. Trinite de la Luiserne pour sexante soulz de torneis desqueuls ledit G. se tint por bien paie , scil est assaveir seis soulz de torneis danuel rente a prendre sus noef acres de terre en ladite paroisse en feu de Lengelniere... fait le samedy devant la seinte Kateline Virge. » En 1308, Nicholaa la Trocesse fit une aumône pour être enterrée dans le cloître: « Pro sepultura mea quam elegi et eligo in clausiro monasterii juxta maritum meum defunctum... » En 1322, l'évêque d'Avranches consacra trois autels dans l'église de la Luzerne et rendit une charte solennelle: « Quoniam ut ait apostolus omnes stabimus ante tribunal Christi recepturi prout in corpore gesserimus sive bomim fuerit sive malum, oportet nos diem messionis extreme operibus misericordie prevenire ac eternorum intuitu seminare in terris quod reddente Domino multiplicato fructu recolligere debcamus in celis firmam spein fiduciamque tenantes quoniam qui parce seminat parce et metet et qui seminat in benedictionibus de bencdictionibus et metit vitam etcrnum, unde cum nos tria consecraverimus allaria in monasterio S. Trinitatis de Lucerna, unum in capella prope sacristariam a parte meridionali in honore B. J. Baptiste, aliud vero in capella prope chorum a parte septentrionali in honore B. Jacobi et Joannis et omnium apostolorum et tercùim in capella prope capellam immediate predictam a parte septentrionali in honore S. Stephani et B. Laurencii ac omnium martirum, vos omnes et singulos advisitandum dictas capellas exhortantes... » L'abbé Robert-Jean , après avoir enrichi son abbaye et fait un grand nombre de travaux : « Deo animant reddidit 17 kal. Dec. < » Aux travaux de son administration on peut ajouter !a chapelle des saints Rion et Maudet fondée dans le dortoir, l'embellissement de la chapelle de sainte Marie enrichie par les Saint-Pierre, et de celle de saint JeanBaptiste enrichie par Raoul de Beauchamp, toutes deux à droite du chœur.

 
     
   
CC 33.07 La Lucerne Les 40 Abbés
 

LA LUCERNE D'OUTRE MER

  CC 33.07 GRANVILLE, TERRE ET MER
   
  LES 40 ABBES DE LA LUCERNE 4/5
     
   
     
 

11° Thomas Barbon , de Saint-Denis-le-Vêtu , gouverna huit années, depuis 1326 jusqu'en 1334, année dans laquelle « spiritum exhalavit » Il fut enterré près du chœur, sous une tombe placée en face de la chapelle de la Vierge. De son temps fut fait un Cartulaire ou Rôle , qui était la continuation du Rôle de frère Robert Morel, qui avait été fait en 1294 et 12953 : « Hujus tempore factus fuit quidam bonus Rotidus de redditibus hajus monasterii*. » De son temps, en 1327, fut inhumé dans l'église de l'abbaye un évêque d'Avranches, Jean de La Mouche , qui fut déposé auprès de son père, sur le tombeau duquel on lisait cette inscription:

 

« Cy gist Jean de La Mouche qui trespassa lan 1302. »

 

En 1332 , « Jehennin Lefevre de Sartilley recogneut que il avet donne touz ses heritages a labbeye de la Luserne cest assaver pour avoir son vivre en ladicte abbeye de berre de mengier de chaucier et de vestir comme un des autres freires seculiers duquel vivre il se tint pour bien assigne et deit servir lesdiz religious du serviage de leur forge tel comme fevre soudant deit fere aussi de rare' et de sagner lesdiz religious quant il lour plera et lui porront fere fere une autre servise et osier le dicelui toutes feiz que il lour plera et se obliga que il ne se pourra marier sans leur congeu et se il le feysoit il auroit perdu Iedict service et vivre »

 

12° Raoul Le Clerc , originaire de la Lande-d'Aîrou , — de Landa Aronis, — et de là appelé aussi Raoul de La Lande , gouverna longtemps , depuis 1334 jusqu'en 1370 , et il administra avec soin les biens de l'abbaye. Son gouvernement fut signalé par les guerres entre les Français et les Anglo Navarrais, guerres pendant lesquelles le monastère fut horriblement ravagé, au point que le Gallia et le Neustria ont pu dire qu'alors l'abbaye « dirma ac penè destructa fuit. » Nous n'avons qu'une charte faite sous cet abbé : « 13C8, Guflroi de Soule seignour de la Lande dArou de Gouville et de Karantellic savoir faissons que nous sommes tenuz paier au couvent de la Luzerne trois quartiers de fourment a la mesure de Villedieu sur nostre moulin de la Lande dArou. »

 

13° Thomas Tacon, né à la Meurdraquière, administra huit ans , et « diem clausit exiremum 15 /cal. Aug. 1378. »

 

14° Jean de Talveude , fils du seigneur de Mesnil-Robert, paroisse que possédait la Luzerne, eut une administration faible et inerte rexit, ut fertur, miserè et inerter, » et en 1396, « in humants esse desit » Il fut enterré, dans le transept de droite , près du chœur et de la chapelle de Saint-Denis devant la grande piscine « ante magnam piscinam seu lavatorium. »

 

15° Jean du Rocher, de Gavray. Son élection fut disputée par un religieux; mais l'assemblée générale des Prémontrés se prononça en sa faveur , et il reçut du pape sa bénédiction et sa confirmation. De son temps, la tour fut réédifiée jusqu'au sommet de l'église, et le portail jusqu'au faîte de la nef: « Reedificata fuit turris usque ad summitatem ecclesie et porta usque ad pinnaculum uavis4. » Ainsi c'est à cet abbé qu'on doit la belle tour de l'église et la fenêtre qui surmonte le portail roman. Il fut enterré dans le chapitre sous la pierre tombale de Robert-Jean. Il sortit de la vie en 1407.

 

16° Philippe Badin , de Saint-Pierre-Langers, bachelier en droit, homme d'une haute science, recouvra beaucoup de biens de l'abbaye, les augmenta , en réédifia plusieurs parties et la laissa dans un état honorable. En 1425 , il reçut le serment de Robert LeCharetier élu et confirmé abbéd'Ardene5et, avec cet abbé, il présida à l'élection de celui de BlancheLande. Il posa la première pierre de Granville6 pour le roi d'Angleterre , dont il était le favori, tandis que le Mont SaintMichel luttait énergiquement contre la domination étrangère. Il présida à l'élection d'un abbé de Belle-Etoile , et délégua son sous-prieur pour recevoir le serment de l'abbé de Beau-Port. Après avoir gouverné virilement « viriliter, » il s'endormit tlans le Christ en 1452, et fut déposé dans la tombe sous une dalle de marbre et sous l'autel érigé dans la chapelle de Subligny. l'abbatiale, restaura l'enceinte — clausuram — et fit confirmer les priviléges par François II. Il fut enterré à Ardenne.

 

17°GeoflVoi-le-Court. Thomas, abbé de Blanche Lande, et Pierre, abbé de Mondée, vinrent à la Luzerne, en 1452, pour l'élection de son successeur. On élut Geoffroi, qui administra honorablement et fit faire les insignes pontificaux qu'il reçut la permission de porter d'Alain, légat du pape en 1456. Il fit faire les stalles du chœur , boiserie flamboyante très-regrettable. Après avoir bien mérité de l'abbaye à d'autres titres, il sortit du siècle en 1463 et fut enterré dans la chapelle des saint Pierre ', auprès de son prédécesseur.

 

18° Richard de Laval fut abbé de la Luzerne et d'Ardenne: il figure dans l'Echiquier2 à la date de 1464. Il fit bâtir la porte d'entrée de la cour, les portes, et fit faire en pierres les arceaux du cloître qui étaient en bois. Il répara le cloître et le dortoir. Il sortit du monde des vivants en 1496.

 

19° Richard n de Laval, son neveu, hérita de ses deux bénéfices : abbé de la Luzerne jusqu'en 1504 , il passa à Ardenne, où il mourut en 1507.

 

20° François Coignon, bachelier en droit, religieux de Belle-Étoile, envoyé à la Luzerne par son abbé, fut élu chef de ce monastère en 1507. Il eut pour compétiteur Jacques Cacquetier,qui renonça à ses prétentions, moyennant un ou deux bénéfices de l'ordre de la valeur de 160 liv. Il fit faire

 

21° Gabriel de Grammont, cardinal, évêque de Tarbes, fut le premier comuiendataire. Il eut l'abbaye deux ans, et il s'en démit en 1530, en faveur de:

 

22° François n de La Guiche, qui eut l'abbaye pendant dixhuit ans. C'est sous lui que François i" vint à la Luzerne, visite qui fut signalée par la rupture de la grosse cloche, dite Notre-Dame, donnée au commencement du xive siècle. Elle fut refondue en 1535 par les soins de Jean de Pirou2.

 

23° Jean de Pirou3 fut abbé en 1540. De son temps, Chausey fut ravagé par les Anglais.

 

24" Odet de Châtillon prit possession par procureur en 1548 : il fut abbé jusqu'en 1550.

 

25° André de Gtiidotti, Anglais, fut nommé en 1551 : il fut commendataire pendant vingt ans. Le roi Henri n fit remise à son monastère d'un subside de décimes. Il fut enterré dans la nef de l'église.

 

26° Jean de Grimouville , prieur du Mont SaintMichel, fut nommé par le roi en 1572 , et mourut trois ans après 4.

 

27° René Jourdain , quoique commendataire , se montra un véritable père pour le monastère: il recouvra ses droits, ses fonds et ses revenus aliénés , « nultum non movit lapident ut omnia in pristinum reduceret statum. » Mais les Calvinistes, accourant de Pontorson le 22 janvier 1594, ruinèrent tout, jetèrent en prison l'abbé malade de la goutte. S'cchappant de sa prison , il se réfugia à la Rochelle', où il mourut en cette année même. Il fut enterré dans le chœur.

 

28° Pierre Morillant, institué abbé régulier du vivant du précédent, en 1592, mourut en 1599.

 

29° Jean de La Bellière, chanoine de la Bloutière , fut nommé abbé par Henri iv, en 1596, prit l'habit des Prémontrés en 1599 , et fut enterré dans le sanctuaire. Nous avons raconté ailleurs2 sa vie , ainsi que celle de son neveu , son successeur,

 
     
   
     
   
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  LES 40 ABBES DE LA LUCERNE 5/5
     
   
     
 

30° François de La Bellière , nommé en 1631 , mort en 1656, et enterré près de son oncle3.

 

31° N. Le Prevost, membre du parlement de Paris, reçut du roi la commende , mais ne pouvant être confirmé par le pape, il la céda en faveur de son successeur.

 

32° Denis Le Coursonnois, de Falaise, prit possession de la Luzerne en 1659. Sous lui, et malgré lui, l'abbaye embrassa la réforme des Prémontrés, principalement à l'instigation d'un religieux nommé Anquetil , qui obtint un décret du grand conseil 4.

 

33° Valentin de Bigorre, clerc de Toulouse, nommé par le roi en 1672, posséda l'abbaye pendant vingt-sept ans, éloigné des chanoines et toujours en opposition avec eux.

 

34° N. de Barrière, camérier du pape , fut désigné par le roi le lendemain de la mort de Valentin , mais il fut refusé par le pape , comme n'étant pas régulier. Il se démit aux mains du roi qui cependant ne nomma son successeur qu'après sa mort, qui arriva en 1700.

 

35° Jean Etheart, vicaire-général de la congrégation des Prémontrés réformés, reçut du roi l'abbaye, et en prit possession en cette même année, « cumpedo3mitraetannulo'. » Il reçut sa bénédiction, à Ardenne, de l'évêque de Bayeux. Ce fut un abbé plein de zèle pour son monastère : « Sedulo intendit reformationi conservandœ, ornandce sacristies, recedificandis claustris, cœterisque regularibus locis, quœ funditus eversa erant2ac bonis abalienatis iterum adjungendis3. » Jean Etheart était encore un homme très-distingué dont François Le Lorain disait: « Toto lucebat in ordine et toti par erat prœlucere ecclesice. » C'était aussi un homme orné et savant. C'est ainsi que le montre dans son panégyrique son successeur: « Je me suis trouvé, à la prière de ses eufans, les religieux de la Luzerne, chargé de composer son éloge funèbre.... Cela me dédommagera aussi de la perte que j'ai faite d'un ami avec qui j'étais lié d'une union très-étroite depuis quarante-six ans, en me représentant ses grandes actions et ses vertus. Jean Etheart joignit, dans sa jeunesse, à l'étude des sciences humaines et de la philosophie, où il fit de grands progrès au collége d'Amiens chez les Jésuites, celle de la musique et de divers instrumens5. » Jean Etheart assista à une assemblée générale de son ordre où il se prononça contre les doctrines des Jansénistes. Ses chanoines firent une déclaration contre les cinq propositions de Jansénins6. L'ornementation de l'abbaye dut beaucoup à cet abbé, témoin ce passage du panégyrique: « Ces bâtimens rétablis et nouveaux, ce beau cloître élevé par ses soins de fond en comble' pour la troisièmeibis depuis la fondation de cette ancienne abbaye, ces lambris enrichis d'un si bel ordre d'architecture qu'on voit de tous côtés, ce tombeau renouvelé de l'excellent et noble abbé de La Bellière, ces beaux ornemens que vous voyez déployer devant vous, tiennent un langage muet, mais éloquent2. » Transféré dans une autre abbaye, Jean Etheart mourut à Paris en ,1712.

 

36° HyacintbeJean des Noires-Terres. Celui qui fit cette oraison funèbre, qui composa en l'honneur de cet abbé une ode latine dont nous avons cité des strophes au commencement de cet article, auteur de sermons, de vers, de thèses , d'annales de son ordre, dont le nom se lit encore sur une restauration du portail et sur une dalle funèbre, l'homme le plus littéraire de l'abbaye, de Caen, fut son successeur. Deux choses se partagèrent sa vie, outre son administration, l'étude et la prédication. On dit qu'on n'a pas encore perdu le souvenir de son éloquence. 1l mourut en 1726, et fut enterré dans le sanctuaire.

 

37° Jean-Baptiste Pelvé, de Falaise, coadjuteur du précédent, prit possession par procureur en 1727. Il rendit à ses chanoines trois patronages qui leur avaient été ravis. Il rebâtit entièrement l'abbatiale , comme l'a voulu dire sans doute le Gallia:* Abbatiam de novo construxit. »On abandonna pour lui cet antique et bel usage d'enterrer les abbés dans leur église : il fut enterré dans le cimetière qu'il avait préparé et consacré lui-même.

 

38° Pierre-René de Cuvigny, d'après le vœu du précédent, fut nommé a la direction de l'abbaye. Il reçut sa bénédiction, dans l'église abbatiale, de l'évêque d'Avranches, assisté des abbés de Blanche-Lande et de Mondée, en 1728. On lui doit des renseigncmens sur la fondation de l'abbaye, relatés dans M. Cousin.

 

39° Dutot, de Caen. Un procureur de cette abbaye en 1766, nommé Fellecoq, dit que cet abbé entreprit de dessécher un marais, de détourner une rivière, de pratiquer des canaux souterrains, d'aplanir une montagne qui, en masquant la maison, y concentrait un air malsain2.

 

40° Gautier de Lespagnerie, dernier abbé.

 

Quand vint la Révolution , il n'y avait plus à la Luzerne que cinq ou six moines, dont la conduite ne rappelait pas les temps de la fondation. L'abbaye fut vendue nationalement et la bibliothèque dispersée4. L'établissement d'une filature offrit quelque temps une certaine garantie de conservation. Maintenant c'est encore un ensemble de belles ruines que visitent les artistes5 et les antiquaires6. Un de ceux-ci, M. de Gerville, nous fournira une phrase qui pourra résumer et clore cet article : « Je ne connais guères de lieux dans le département qui offrent une réunion plus intéressante de perspectives et d'anciens souvenirs. »

 
     
   
     
   

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