CC 47.04 Fervaches Guillaume Mauviel
  FERVACHES
  CC 47.03 CA SAINT-LÔ AGGLO
   
  GUILLAUME MAUVIEL
         
   
     
 

Historique du canton de Tessy-sur-Vire

ANDRÉ HARDEL

 

Guillaume Mauviel

Eveque constitutionnel à Saint-Domingue

 

Fervaches a aussi son " évêque ", comme une autre commune a " son "politicien plus ou moins célèbre... ! Saviez-vous qu'en cette paroisse - car il s'agissait alors de paroisse - est né le 29 octobre 1757, Guillaume Mauviel qui fut évêque constitutionnel à Saint-Domingue, pendant plusieurs années ; revenu à Paris, il mourut à Cizé-sur-Yonne, en 1814, où il était en traitement ; auteur de plusieurs éloges funèbres d'évêques, il a aussi laissé divers mémoires qui ne furent publiés que bien longtemps après sa mort.

 

Monsieur Matinée, Vice-Président de la Société d'Archéologie de la Manche, a publié dans les Notices de 1882 que l'on trouve aux Archives Départementales, les mémoires de Guillaume Mauviel concernant son séjour à Saint Domingue et qu'il avait titrées :

 

" Anecdotes de la Révolution de Saint-Domingue racontées par Guillaume Mauviel évêque de la colonie de 1799 à 1804 ".

 

 " Guillaume Mauviel fut envoyé à Saint-Domingue, avec le général Kerversan, commandant deux mille hommes de troupe, embarqués sur quelques frégates ; ils partirent de Dieppe, dans les premiers jours de l'An VII ; l'évêque avait droit, évidemment, au passage gratuit sur un vaisseau de l'État, mais, il se crut plus assuré d'arriver promptement et sans encombre, en ayant recours, à ses frais, à un navire neutre américain ; mal lui en prit ; la traversée fut longue et périlleuse ; deux fois pris et dépouillé par les Anglais, ce ne fut qu'au bout de quatre vingt dix jours qu'il prit pied sur la côte de Saint-Domingue, à Puerto Plata, dans le département du Cibao. Le général Kerversan et ses hommes prirent possession d'une moitié de la partie espagnole de l'île, où dominait Paul Louverture, frère de Toussaint ; la bonne entente était loin de régner entre tous. De son côté, le capitaine Magon, établi à Fort Dauphin réussissait par d'adroites négociations et sous l'influence du même évêque, à gagner à sa cause, le général mulâtre Clervaux et à lui arracher la riche plaine de Saint Yogo. L'auteur (M. Matinée) précise encore que le retard apporté à la publication des mémoires de Guillaume Mauviel s'explique aisément si l'on se reporte au commencement du siècle. L'abandon de Saint-Domingue fut le seul événement qui fit ombre à la gloire de Bonaparte, premier Consul. Au moment où le vainqueur de Marengo envoyait à Saint-Domingue une armée commandée par son beau-frère, le capitaine-général Leclerc, tout souriait à sa fortune, La République Cisalpine le reconnaissait comme Président ; la République ligurienne acceptait un Doge désigné par lui ; une consulte de députés suisses, réunie à Paris, s'inspirait de ses préférences et substituait le régime fédératif, à la République Une et Indivisible du Directoire. Lorsque le fracas étourdissant de gloire de Napoléon se fut un peu calmé, Mauviel retiré aux environs de Paris avait tout disposé pour livrer ses manuscrits à l'impression. Une mort prématurée vint l'enlever à son projet ; c'est ce que nous apprend un prospectus de 1821 qui précise que la générosité qui le conduisit à sacrifier sa fortune pour venir en aide aux malheureux colons avait privé ses héritiers des moyens d'achever une si louable entreprise ".

 

" Les mémoires de Guillaume Mauviel étaient aux mains de M. et Mme Selmours Hervieu ses parents, c'est-à-dire ses notes et manuscrits qui sont fort longs et très circonstanciés sur Saint-Domingue. "

 

" À son retour en France, Guillaume Mauviel fut péniblement affecté de voir avec quelle légèreté et quelle persistance l'opinion publique se déclarait en faveur de Toussaint Louverture, ce nègre considéré français de coeur et à qui on témoignait plus de confiance, en pensant qu'on aurait pu tirer parti de ses talents et de son crédit. Il y avait trois mois que Toussaint s'était emparé de la partie espagnole lorsque Mauviel y débarqua avec ses compagnons ; mais, on ne tarda pas longtemps à se rendre compte que Toussaint agissait uniquement pour son propre compte et qu'il visait à se rendre indépendant. Enfin, l'Evêque Mauviel raconte tout ce qui se passa à Saint-Domingue pendant son séjour et qu'il n'y a pas lieu de transcrire ici, eu égard à la vie du canton tessyais ; il obtint nombre de soumissions pacifiques et voulut faire le bonheur du peuple qui le considérait convenablement. Il fit la critique des ordres reçus - le gouvernement ne semblant pas réaliser ce qu'il convenait de faire en pareille criconstance. Lors de son départ de Saint-Domingue, Desfourneaux, le vainqueur de Plaisance, lui écrivait (et je cite) : " je vous fais mes adieux, digne et respectable évêque. je n'oublierai jamais les bons conseils et les preuves d'intérêt que vous m'avez si souvent donnés. J'aime à reconnaître que si j'ai l'affection des habitants, c'est à vous surtout que j'en suis redevable. Continuez à faire le bien, tant que vous le pourrez je contribuerai, du moins par mes voeux, à celui que ne pourrai plus opérer moi-même de concert avec vous. Agréez l'assurance d'un attachement vrai et qui ne finira qu'avec la vie " (signé) : Desfourneaux ".

 

Enfin l'auteur de cet article conclut en ces termes :

 

" Quand il eut rendu compte au Gouvernement de sa mission dans l'île de Saint-Domingue, Guillaume IN fauviel éprouva le désir bien naturel de revoir l'humble village où s'était écoulée toute son enfance. Bon cavalier, comme il en a fourni la preuve dans un de ses récits, il fit l'emplette d'un cheval de modique valeur et entreprit à petites journées un voyage aussi long que celui qu'il avait effectué aller et retour de Santiago à Fort Dauphin. Il touchait au but, lorsque son cheval se trouva déferré et s'arrêta chez le maréchal-ferrant du lieu (qui n'est pas précisé) et qui s'empressa d'appeler son aide habituelle. Quelle fut l'émotion du voyageur, quand il vit condamnée à cette besogne sa plus jeune soeur, mariée depuis son départ de France, à cet honnête artisan (qui n'est pas nommé). Ils s'embrassèrent en versant des larmes et " notre " évêque mit le plus d'aisance qu'il put dans l'humble ménage. Le dimanche suivant fut fête carillonnée dans la paroisse de l'évêque. On s'y rendit de plusieurs lieux à la ronde, pour voir et entendre cet enfant du pays qui revenait de si loin. Il fit cadeau à-l'église de la chasuble qu'il avait emportée en voyage. Ses concitoyens la conservent comme un pieux souvenir et peut-être y attacheront-ils plus de prix encore s'ils viennent à lire quelques pages extraites du journal du vaillant prélat qui soutint jusqu'au bout les droit et l'honneur de la France dans la première et la plus précieuse des colonies du Nouveau-Monde ".

 
     
   

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