De la pêche
  DE LA PÊCHE, DU PARCAGE ET DU COMMERCE

DES HUITRES EN FRANCE 2/6

     
 

Granville, le triage des huîtres sur le port. CPA Coll. LPM 1900

 
     
 

DE LA PÊCHE


Dans presque toutes les mers qui baignent la France, particulièrement dans les baies, on trouve des huî-tres, mais nulle part en aussi grande abondance qu'auprès de Cancale, entre ce port, le Mont-Saint-Michel et Granville. C'est là que l'on vient généralement s'approvisionner des côtes de la Manche. Pendant les mois de mai, juin, juillet et août, que l'huître jette son frai, la pêche est défendue ; elle commence ordinairement au 15 octobre et finit au 30 avril : L'époque en est définitivement fixée par l'administrateur en chef de la marine à Saint-Servan. Un bâtiment de l'état est chargé de la police de cette pêche, qui est interdite aux étrangers [3].

 

Il ne faut pas pour la pêche de l'huître, comme pour celle du hareng et du maquereau, une quantité consi-dérable et dispendieuse de filets : la drague suffit ; c'est un grand instrument de fer d'environ six pieds de long sur deux pieds de hauteur, en forme de pelle recourbée, derrière laquelle est attaché une espèce de filet fait en bandes de cuir ou en menu cordage. Le bateau, poussé par le vent, entraîne la drague, qui ramasse les huîtres au fond de la mer ; on peut en prendre ainsi jusqu'à onze cents à la fois. Tous les jours, il en débarque un nombre prodigieux à Granville et à Cancale. Au lieu de jeter à l'eau les petites huîtres, comme on le faisait autrefois, on les conserve avec soin ; elles croissent et deviennent, au bout de quelque temps, aussi grosses que les autres. Au reste, l'huître qu'on appelle marchande doit avoir 2 pouces et 1/2 de largeur.

 

Plus on pêche d'huîtres, plus elles pa-raissent se multiplier. Elles forment des espèces de bancs qui ont quelquefois plu-sieurs lieues de long. De 1774 à 1777, les Anglais en emportèrent une immense quantité pour en garnir leurs côtes. Ils pa-raissaient vouloir en épuiser la baie, et pri-ver la France de cet objet de commerce. Elles furent un peu moins communes pen-dant quelque temps ; mais insensiblement elles sont redevenues aussi abondantes.

 

L'huître de la baie de Cancale est pré-férée dans le commerce tant à cause de son abondance que de la proximité des côtes de la Manche et de sa grosseur moyenne qui facilite le transport.

Des bateaux non pontés, de dix à vingt tonneaux, de Granville, de Cancale, et d'autres ports du voisinage, s'occupent presque exclusivement de la pêche ; mais le transport dans les parcs de la Manche se fait par d'autres bâtiments de vingt à quarante tonneaux, sortis des ports de Saint-Vaast, de Courseulles et de Bernières ; ils peuvent recevoir l'un dans l'autre 200 milliers d'huîtres. La plus grande partie est transportée dans les parcs de Saint-Vaast, placés pres-que en pleine mer, et qui servent com-me d'entrepôt pour Courseulles et les autres endroits où l'on s'occupe du par-cage.

 

Notes:


 [3] Voyez le règlement du 24 juillet 1816, sur la pêche des huîtres. (Annales Maritimes, année 1816.)

 
 
 
 

Cancale, marins préparant les dragues CPA Coll. LPM 1900

 
     
   

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