Dupuis-Delcourt 1824
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DUPUIS-DELCOURT 1824

         
 

Ballon De Cuivre.

 

— En 1844, M. Dupuis-Delcourt, aéronaute distingué, mais poursuivi par de mauvaises chances, construit un superbe ballon en cuivre de 10 mètres de diamètre; mais il n'a pas plus de chance que YAigle de M. Lennox. M. Dupuis-Delcourt raconte luimême ses mésaventures avec une douleur communicative:

 

« Le ballon de cuivre, établi avec une économie mal entendue et dans de bien mauvaises conditions sous tous les rapports, pouvait cependant fournir sa carrière, — si on nous avait laissé, à lui et à moi, le champ libre. Rempli une seule fois, et d'une manière fort incomplète, de gaz hydrogène, il n'est pas sorti de la lente qui le recélait.

 

Cependant, je l'aimais, ce ballon : il m'avait coûté tant de peines ; j'avais passé tant de nuits à le veiller lorsqu'on le retenait dans les langes d'une routine aveugle et par trop entêtée; quand j'étais obligé, par la position boiteuse que mon amour pour les ballons m'avait fait accepter, de le soumettre moi-même au régime qui l'a tué.

 

» L'année 1 843 tout entière avait été employée à son établissement, dans les ateliers de l'impasse du Maine, à Paris.

   
         
 

   » Cette machine aérostatique, de forme sphérique, de 10 mètres de diamètre, complétement en cuivre, offrait l'imposant spectacle d'une surface métallique de 350 mètres carrés. Les soudures nécessaires à la réunion des pièces de cuivre qui la composaient présentaient un développement de près d'un kilomètre et demi de longueur.

 

» Cependant, après une épreuve douteuse et pas suffisamment satisfaisante, malgré mes prières et mes réclamations auprès de l'Académie, dont quelques membres m'avaient souvent visité et encouragé de leurs vœux pendant le cours de ces difficiles travaux, le pauvre ballon de cuivre allait être abandonné. Il me fallait quitter les bâtiments de l'impasse du Maine, dont le loyer était écrasant et au-dessus de mes forces : je ûs un dernier et suprême effort

 

» Mais, hélas! sans succès; et le ballon de cuivre, rendu à la fonderie du Roule, subit en quelque sorte l'influence de ce tombeau anticipé. Il devait succomber!

 

» Seul contre tous, que vouliez-vousqu'il fît, ou plutôt que vouliez-vous qu'il devint? — Que pouvais-je moi-même pour cette expérience, moi, pauvre artiste isolé, doué, il est vrai, de cette abnégation de soi-même, de ce courage du cœur qui font qu'on aime longtemps et bien ses amis, mais sans savoir les servir?

 

» L'hiver de 1845 à 1846 fut rigoureux et long. Le cuivre avait été bien fatigué dans son transport de la chaussée du Maine au faubourg du Roule. Je souffrais plus encore que lui. Voici le dernier acte de cette tragi-comédie scientifique:

 
         
 

 Je soussigné, reconnais avoir acheté de M. Dupuis-Del» court, pour en opérer la fonte, sans pouvoir en faire «aucun autre usage, un ballon de cuivre, lequel, mis en » pièces, a pesé 310 kilogrammes, dont je lui ai remis le montant.

 

A Paris, le 12janvier 1846.

 

                               MONTEL

 

 

Tout le monde comprendra la douleur de M. Dupuis-Delcourt. Mais il y a des gens dont la vie entière est poursuivie par un mauvais génie. 11 y a quelques mois à peine, cet aéronaute et M. Preisser n'ont pu faire, à Rouen, l'ascension qu'ils avaient projetée; et quand MM. Barrai et Bixio ont voulu faire leur première expédition avec un aérostat qui lui appartenait, ils ont failli être asphyxiés.

 

D'un autre côté, les familles qui font de l'aérostation un bénéfice juste, mais inutile à la science, réussissent parfaitement. Les dynasties contemporaines sont : la dynastie Margat, qui s'en va; la dynastie Green, qui brille d'un vif éclat; et les dynasties Godard et Lepoitevin, qui commencent

 

   
         
   

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