11ème année - Monday 27 March 2017 Numéro 2607   
CC 25.05 Le Mesnil-Boeufs
  LE MESNIL BOEUFS (ISIGNY LE BUAT)
  CC 25.05 AVRANCHES MONT-SAINT-MICHEL
   
  HISTOIRE
     
     
     
 

LE MESNIL BOEUFS Isigny le Buat

Publié par Georges DODEMAN

g.dodeman@wanadoo.fr

 

Le Mesnil-Bœufs

 

Un beau casse-tête pour la toponymie que de retrouver l'origine du nom original de cette paroisse dont le préfixe « Mesnil » veut dire château ; mais pour le reste? En 1631, il est dit « Maini Beuf », en 1701 « Ménibeux », en 1798 « Sactus Bricius de Mesnil-Lobovis ». Cette petite paroisse (450 hectares) est arrosée par l'Oir et le ruisseau des Violettes qui la sépare de Montigny.

 

Sous l'Ancien Régime, elle était composée de trois fiefs : le premier fut uni jusqu'en 1570 à celui de Saint-Hilaire, son manoir se situant face à l'église actuelle. Il passa ensuite au second grand fief de la paroisse, celui du Bois-Tyrel, une vavassorie noble qui fut fidèle à la France durant la Guerre de Cent Ans, en payant les pots cassés (son seigneur, prisonnier, dût vendre ses terres sur Parigny), mais en récoltant aussi le fruit, accueillant selon toute vraisemblance en 1470 Louis XI de passage sur sa route de pèlerinage vers le Mont-St-Michel. Ensuite le fief fut aux Gaudin, puis aux Clouard de la Fauconnière (originaires de St-James, ce dernier ancien conseiller à la Cour des Comptes) dont le petit-fils Albert Lebrun de Blon vendit le château en 1880 à Mme de Villaine. Cette dernière le transmit en 1922 au comte de Beaulaincourt, famille qui l'habite toujours. Enfin, un dernier petit fief appartenant aux Tyrel jusqu'en 1523 s'établissait à la Bahonnière.

 

A la Révolution, le curé François-René Hesloin (originaire de la paroisse en 1757) et son vicaire Jacques Bouffaré, refusèrent le serment à la Constitution civile du clergé de 1791. Ils émigrèrent vers la Grande-Bretagne en 1792 et furent remplacés par l’abbé Sauvé. Mais ce fut ce même abbé Heslouin qui, en 1802, réouvrit l'église, s'installant même dans la vie locale comme conseiller municipal.

 

L'église qui datait du VIIIème siècle (reconstruite en 1700 si l'on en croit le linteau de la sacristie) fut dépouillée et dévastée en 1794, et durant ces années terribles, toute la région fut sous la menace à la fois des Chouans et des troupes républicaines. En 1795, François Paul Certain, châtelain du Bois-Tyrel, fut victime de ces tristes moments de notre Histoire, retrouvé percé de trois coups de baïonnette dans son étang tué par les chouans, sans doute pour avoir trop parlé sous la pression des Républicains.

 

Le Mesnil Bœufs dans le XIXème siècle

 

D’après les archives, on sait que le premier conseil municipal se réunit en avril 1803 avec comme premier maire, Pierre Auguste Clouard de la Fauconnière (1812-1828).

 

Grâce aux visites épiscopales (Mgr Huet), on sait qu'en 1694, il n'y avait pas encore d'école, mais son successeur en 1764 en relevait déjà deux : celle des garçons servie par le curé, et celle de filles par Anne Leménager. Ce fut donc une des préoccupations immédiates de la nouvelle municipalité. L'institutrice Renée Leprieur avait 23 élèves en 1818, et sous l'impulsion de Jacques-Philippe Guilmard, maire d'Isigny depuis 1831, l'école se regroupa avec Naftel, Mesnil-Thébault et Isigny, ce qui se comprend car il y avait déjà plus de 400 habitants en 1836.

 

Durant tout le XIXème siècle, les élus successifs : René Jouenne (1828-1848), Pierre Touroul père (1848-1860), Pierre Touroul fils ( 1860-1914) s'occupèrent des indigents (une dizaine en 1862) ; ils se montrèrent favorables au chemin de fer (décision du conseil municipal du 31 octobre 1875) amenant, le 16 octobre 1889, le passage en gare, du premier train de la ligne Domfront-Saint-Hilaire-Avranches, passant rapidement à une dizaine de passages quotidiens. Quand on chemine sur la nouvelle « voie verte », on peut encore imaginer le trafic ferroviaire qui ne s'acheva qu'en 1989 ; il n'y avait plus alorsque des marchandises et en particulier dans les décennies 1960-1980, un important trafic de métaux à raison de 4 wagons de 50 tonnes par jour, vers les hauts-fourneaux de Caen par jour.

 

Le Mesnil Bœufs dans le XXème siècle

 

Le 20 mai 1900, Pierre Touroul fils fut réélu maire avec comme adjoint Louis Perrouault jusqu’en 1908, puis ensuite Auguste Lefranc.

 

En 1913, le rapport de l'institutrice, Mlle Garnier, notait 262 habitants, 80 chevaux, une activité essentiellement agricole. Ce document (voir encadré ci-après) montre une commune bien désenclavée, possédant 8 km de chemins vicinaux ouverts avant 1840 et entretenus par un cantonnier à hauteur de 75 jours par an, la route de Montigny ayant été classée et entretenue par le département dès 1861.

 

Les habitants sont essentiellement agriculteurs (23 propriétaires, 48 fermiers, chiffres à comparer : 18 exploitations en 1978...4 en 2013 ! cultivant, sur les 450 hectares de la commune, 355 de céréales, 43 de prairies, 35 de vergers).

 

En 2013, les 4 exploitations sont gérées par : Jean, Jocelyne et Ludovic Fortin, Jean Michel Orain, Sylvie et Marcel Lemeteyer, Jacky et Yvette James).

 

Depuis 1880-1890, grâce aux gares du Pont d'Oir et du Mesnil Bœufs, les engrais sont généralisés, la traction animale est fournie par 80 chevaux, les 18 charrues-brabant montrent que les exploitants ont a su prendre le train de la modernisation. Il y a un cheptel important : 58 bœufs, 205 vaches, 180 moutons, 250 porcs, 128 ruches dont 18 « à cadre » ; les produits et animaux sont évidemment destinés à la vente sur les marchés de la région, Saint-Hilaire principalement.

 

Le bourg est très fréquenté car il y a trois épiciers-aubergistes, 3 charpentiers, 2 couvreurs, un charron, deux cordonniers, 1 tisserand, 5 couturières.

 

Depuis 1870 le facteur dessert Isigny-Naftel-Mesnil-Boeufs à vélo tous les jours ; gros progrès car avant (depuis 1830 environ), il n'y avait que deux facteurs qui partaient de Saint-Hilaire pour faire une dizaine de communes, et qui couchaient en route chez l'habitant pour ne rentrer à la poste que tous les deux trois jours !

 
     
   

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