Fruitiers-Fromagers
  METIERS D'HIER
   
  LES FROMAGERS ET LES FRUITIERS
         
  D'après un texte paru en 1882

 

On ne se douterait guère que les crieurs de fromage à la crème dont les rues de Paris étaient sillonnés de toutes parts à la belle saison, aient été une des plus anciennes et des plus importantes corporations des vieux temps. A dire le vrai, ils rentraient dans la catégorie des regrattiers, soit des revendeurs, gagne-petit portant de porte en porte leur marchandise et l'offrant aux ménagères ; mais ils avaient reçu comme les autres des règlements dès la fin du règne de saint Louis.

 

Aussi bien le fromage n'était-il point d'invention récente au treizième siècle même ; son nom dérivé du mot latin forma, forme, indiquait suffisamment la manière dont on le fabriquait. Dès le neuvième siècle, l'abbé Hilduin en parle dans sa charte aux moines de Saint-Denis, et plus tard Hincmar, dans ses recommandations aux archidiacres, leur enjoint de ne point charger trop les prêtres du diocèse dans leurs tournées pastorales, et de ne leur réclamer que le poisson et le fromage obligés.

 

 

Tacuinum sanitatis, La préparation des fromages, bibliothèque Casanatense

fin du XIVe siècle

 

 

 
         
 

Au treizième siècle, les redevances en fromages se payaient couramment ; souvent elles se transformaient en argent comme la plupart des corvées ou des prestations en nature, et elles devenaient un droit, un fermage, qui se louait dans certaines villes comme les droits de boucherie, de vin, ou autres.Nous ignorons si ses variétés étaient aussi nombreuses qu'elles le sont de nos jours, mais il est vraisemblable que les provinces avaient déjà à cette époque leur spécialité comme encore aujourd'hui, suivant qu'elles employaient le lait de vache, de brebis ou de chèvre.


Au temps de Philippe III le Hardi, les mesures de police sur la vente et l'achat du fromage étaient des plus démocratiques. Il était interdit aux marchands d'aller guetter dans les faubourgs de Paris les gens de campagne apportant leur fromage au marché, pour le leur acheter avant qu'on ne l'eût exposé sur la place publique. Cette précaution avait surtout pour but de prévenir la fraude sur la qualité du fromage, mais elle avait aussi un motif bien extraordinaire au treizième siècle, celui de laisser le fromage à la portée de tous, afin « que li povres hommes puissent prendre part avec le riche » ; car si les marchands revendeurs eussent pu accaparer, ils eussent élevé leurs prix et porté leur marchandise à un taux trop haut pour le pauvre monde.


D'autres prohibitions concernaient les acheteurs qui venaient parfois au marché réclamer aux fromagers la part du roi, c'est-à-dire ce droit qu'avait le roi de prendre à plus bas prix les denrées sur les places : certaines ménagères peu délicates se disaient attachées aux cuisines royales et obtenaient à deniers moindres les œufs et les fromages. C'était chose « griève » et que les statuts flétrissaient.

 
         
 

Les fromagers suivirent au Moyen Age la fortune des fruitiers, avec lesquels ils se confondent assez étroitement pour que nous n'ayons point à étudier ces derniers. Les statuts de la corporation des fruitiers furent publiés en 1412 et renouvelés sur la fin du quinzième siècle, au temps du roi Charles VIII. Henri IV en 1608 et Louis XIII en 1612 les homologuèrent à leur tour.

 

Les fruitiers-fromagers avaient des maîtres et des maîtresses, des apprentis et des apprenties ; mais nul fruitier ne pouvait être facteur des marchands forains.

 

L'industrie des fromages en tant que fabrication n'est point aussi ancienne qu'on pourrait le croire. Les fabriques de Gruyère ne datent guère que du dix-huitième siècle ; et les ramifications dans la Franche-Comté ne remontent point au delà de 1751. Pourtant le gros fromage rond se faisait isolément dans les villages depuis le seizième siècle, puisque nous voyons les moines de Beaume-les-Messieurs, près de Voitteur, dans le Jura, stipuler dans leurs baux l'obligation pour le fermier de fournir « un gros fromaige tel qu'ils ont accoustumé de les faire. » Les habitants des campagnes jetaient souvent la plus grande partie de leur lait aux pourceaux ou dans les fumiers.

 

La vente des fromages se faisait le plus généralement sur les places pendant toute la partie qui précéda le seizième siècle. Depuis, les fruitiers ouvrirent boutique et les fromages se vendirent « à fenestres » Les marchands ambulants restèrent malgré tout les plus nombreux de la corporation. Au seizième siècle, ils crient « Fromaige ! » dans les carrefours.

 

Au dix-septième, nous les trouvons portraiturés par Bonnard sous les traits d'un grand gaillard portant hotte et paniers chargés :

 

Pour faire trouver le vin bon,
Et dire les bons mots et les fines parolles
Au lieu de trenches de jambon,
Prenés fromage de Marolles.

 

 

Marchand de fromage au XVe siècle

 

 

 

Dessins médievaux 2 LPM d'autrefois N°88

 
         
 

Donc, au dix-septième siècle, le marolles avait déjà un certain renom. Il en était de même du fromage à la crème.

 

Au dix-huitième siècle, on appela « faire des fromages » ce jeu qui chez les jeunes filles consiste à tourner quelques instants sur soi-même et à s'abaisser ensuite subitement pour faire bouffer la jupe et lui donner en effet l'aspect d'un gros fromage rond. Madame Campan raconte dans ses Mémoires que se trouvant à l'âge de quinze ans en qualité de lectrice à la cour, elle s'amusait, malgré la solennité du lieu, à faire des fromages au milieu des salles. Un jour le roi entrant subitement dans une chambre trouva la jeune lectrice enfouie dans la soie de sa robe : il en rit de bon cœur, et, ayant fait venir mademoiselle Victoire : « Ma fille, lui dit-il, faites donc renvoyer un peu dans son couvent la petite lectrice qui fait des fromages, elle pourra en faire là tout à son soûl. »

 
         
 

Armailli

Diderot & D'Alembert

 

L'armailli (de l'arpitan armaye, vache) est le berger typique des alpes fribourgeoises et vaudoises et le maître-armailli est le chef de l'exploitation fromagère (le fruitier) sur l'alpage où les troupeaux de vaches passent les mois d'été, de mai pour la montée (l'alpée ou poya) à la redescente en septembre/octobre (désalpe ou rindya).

 

Au Moyen Âge, la fromagerie est sous le contrôle des seigneuries, autant à l'alpage que dans la vallée, les fruitiers sont initialement des serfs. Il devient salarié ou fermier indépendant à partir des XVe et XVIe siècles, quand les fromages gras commencent à se vendre d'une région à l'autre.


À dater du XVIIe siècle, les armaillis, de l'Emmental à la Gruyère, deviennent progressivement de véritables entrepreneurs fromagers ; ceux de la Gruyère et du Pays-d'Enhaut s'établissent dès le XVIIIe siècle sur les pâturages du Jura vaudois et neuchâtelois.

La fromagerie d'alpage commençant à décliner à partir de 1830, les armaillis se retrouvent salariés ou fermiers des laiteries dans les vallées (cantons de Berne, Lucerne, Soleure et Argovie), puis dès 1860 en Suisse orientale.

En 1950, le manque de main-d'œuvre oblige même une partie des alpages à cesser leur activité.

Depuis 1970, de jeunes citadins (hommes et femmes) ont repris le chemin des alpages suite à une formation de fromager dans des écoles d'agriculture.

 
     
 

L'armailli devant le chalet d'alpage (XIXe siècle).

Nom :Artiste-peintre
Prénom :Louis-garden
Email :contact@louis-garden.fr

 
     
 

Fonctions  


Le maître-armailli, employé ou fermier (amodiateur) de la commune ou d'un propriétaire, il reste seul responsable de l'alpage, du cheptel, des bâtiments et du matériel. Suivant sa position, il est propriétaire ou non des meules de fromages fabriquées pendant l'estive.

Son apprenti est le garçon de chalet, le bouèbe. Le jeune armailli est le barlaté, qui est responsable du « train du chalet » à la montée et à la redescente et qui fait la navette entre le village et les pâturages pour ramener le pain, les nouvelles des familles, tout au long de leur séjour en altitude.


Chacun des armaillis de l'équipe accomplit sa propre tâche : bergers, trayeurs ou trancheurs pour la transformation du lait, soit la fabrication journalière de fromage, de séré ou de beurre et du stockage du fruit (salage, puis séchage à l'air en cave).

 

Tous portent le costume traditionnel, le bredzon avec le capet sur la tête, la canne à main (krochèta), en bandoulière le loyi servant à stocker le sel et le gras pour la traite.

Le « train du chalet »

Le barlaté a la responsabilité d'amener tout le matériel en char jusqu'au chemin muletier depuis le village et vice-versa à la redescente des alpages.

En plus du transport des malles des armaillis, il s'occupe de rassembler tous les outils indispensables : les baquets et les seaux à traire (brotsè ), les petits baquets à crème (dyètsè ) le grand fouet, le tranche-caillé, la passoire sur son support, la baratte, le châssis servant à transporter les fromages sur la tête et les épaules (l'oji), le bât du mulet, la chaudière et les chaises à traire (tabouret à un pied). Une couverture rouge à l'avant du char signifie que le troupeau est « franc de dettes ».

 

Folklore


Figure emblématique de la paysannerie de montagne fribourgeoise et vaudoise, sa présence est de mise dans de nombreuses manifestations folkloriques, habillés du bredzon, avec tous ses outils dans le char, et guidant le troupeau des vaches mené par sa reine décorée de branches de sapins fleuries, portant toutes leurs cloches (chenayes).

 
         
   

Histoire des métiers