Gabare en manche
  CES BATEAUX DISPARUS
   
  GABARE EN MANCHE
         
 

 Carentan , gabare au pont de Saint-Hilaire.CPA collection LPM 1900

 
         
 

LE DIDAC’DOC Olivier Jouault

Service éducatif des archives départementales de la Manche

 

La gabare (on disait « bâté » localement) est ce bateau à fond plat navigant sur les estuaires, rivières et canaux du Cotentin, particulièrement dans les marais. Utilisées surtout pour le transport des produits pondéreux (tangue, sable, briques, tuiles, pierre, bois, charbon), les gabares ont permis de remonter les cours d’eau jusqu’aux villes et campagnes de l’intérieur qui proposaient des « ports » aux installations bien modestes.

 

L’exploitation et le transport de la tangue représentaient la principale activité d’une majorité de gabariers. Leurs embarcations étaient particulièrement adaptées à la « récolte » de la tangue dans la baie des Veys et les estuaires : l’équipage abordait le banc de vase à marée haute puis s’échouait au jusant et s’amarrait à l’aide d’une ancre, il mettait ensuite à profit la durée de la basse mer pour charger un maximum de pelletées de tangue, puis à la faveur de la marée montante flottait de nouveau pour retourner vers la terre ferme et déposer à la tanguière son chargement, ensuite emporté dans les tombereaux (les banneaux) des cultivateurs.

 

L’opération n’était pourtant pas sans risque, car la gabare n’était pas conçue pour affronter les flots océaniques.

 
     
 

AUTOGRAPHE BERG Manche Canal de VIRE TAUTE Ecluse de CAP Belles Eclusieres

 
     
 

La majorité des gabares inscrites dans les registres matricule au Service historique de la Marine, à Cherbourg, jaugent 10-12 tonneaux. Leur longueur allait de 12 à 17,50 m., leur largeur de 3,50 à 4 m. Ce qui les caractérisait était leur faible tirant d’eau, qui même en charge ne dépassait pas 1 m. François Renault décrit des gabares plus imposantes, mais le passage par les écluses des canaux en contraignait d’autres à être moins longues et plus étroites.

 

Ces bateaux sont construits en orme et chêne chevillés. Les bordés sont cloués sur les chants du fond goupillés.

 

Ils ne sont pas posés à clins mais de l’étoupe et du goudron assuraient l’étanchéité. D’après les observations de François Renault, la hauteur de la coque est à peu près de 70 à 80 cm, et il faut trois planches posées à francbord pour la border. L’avant à l’arrière se relèvent, formant un angle avec le fond. Bien que construites grossièrement et soumises à l’action de l’eau douce, les gabares ont la vie dure. Il fallait cependant, chaque été, goudronner la coque.

 

Plusieurs moyens de propulsion étaient employés par les bateliers, en plus de la force du courant :

 

 

- la voile carrée, très haute et large qui permettait de profiter du vent grâce à un long mât effilé et amovible (pour passer sous les ponts), - le halage au grélin par le matelot, depuis une berge, grâce à un cordage d’une bonne centaine de mètres,

- le halage par des chevaux sur le chemin de halage des canaux et de la Vire, introduit par Alfred Mosselman en 1839, - la longue gaule en bois (le fourquet) pour s’appuyer sur les fonds et pousser en marchant de l’avant vers l’arrière du bateau, lorsque le vent était absent ou contraire et les berges submergées (ce qui était le cas pendant les mois d’hiver, lorsque le marais est blanc).

 
         
 

La vitesse n’est bien sûr pas possible : un vigoureux matelot tractera sa gabare au rythme de 4 km/h.

 

Pour diriger l’embarcation, on maniait un gouvernail long de 5 à 7 mètres, en orme, s’articulant sur une forte cheville métallique. Un plus petit aviron, également en orme, servait aussi à guider.

 

L’équipage est réduit généralement à deux personnes. Le patron, parfois armateur de la gabare, et son matelot (parfois son épouse) chargé de haler le bateau. Tous deux tentent de s’abriter des intempéries dans une basse cabine, située à l’avant du bateau, bien inconfortable. Ils y déposent leur casse-croûte et s’y endorment s’ils n’ont pas regagné leur port d’attache avant la nuit, car la circulation est interdite avant le lever du soleil.

 

Les gabares furent nombreuses. Remy Villand en a recensé 168 différentes francisées à Carentan de 1800 à 1854. Bien que l’activité décline, avec l’amélioration du réseau routier et l’arrivée du chemin de fer, 103 gabares et chalands étaient encore en service sur la Vire, la Taute et l’Ouve en 1896. Beaucoup furent construites à Tribehou, près de la Taute. La dernière qui y fut lancée, Briquetterie de Carentan, le fut en 1914. Vendue à Saint-Lô en 1930, elle est une des dernières à naviguer sur la Vire.

 

 
 

PONT L'ABBE - RICAUVILLE - gabare prés des ponts douves collection LPM 1900

 
     
   

 

 

 

 

Ces bateaux disparus