Grande Ciguë
  LES PLANTES QUI TUENT
  GRANDE CIGUË
         
 

6. GRANDE CIGUË  (Conium maculatum).

 

– Cette grande ombellifère, appelée aussi Ciguë tachetée, est très commune : elle vit à l’état sauvage sur le bord des chemins, les prairies, les terrains ombragés.

Sa nocivité est connue depuis très longtemps : on dit même que les Athéniens l’employaient pour tous leurs condamnés ; on sait qu’elle fut imposée à l’illustre philosophe Socrate.

Toutes les parties de la ciguë sont dangereuses. Cependant, les feuilles sont plus toxiques avant qu’après la maturité des fruits.

 

Pour ceux-ci, c’est l’inverse : après leur maturité, ils contiennent plus de poison. La racine est peu toxique. Les échantillons qui viennent des pays méridionaux sont plus actifs que ceux qui proviennent du Nord.

Coupée et laissée à l’air avec les fourrages, elle se dessèche et perd presque entièrement ses propriétés vénéneuses. La Ciguë est donc peu à redouter pour le bétail ; d’ailleurs, la plupart des bestiaux ne la mangent pas en vert et peuvent en supporter des quantités énormes.

 
PLANCHE II  6. Grande Ciguë
 
         
 

Pour produire un empoisonnement mortel, il faut, par exemple, que le cheval ingère environ 2 kilogrammes à 2 kilogrammes et demi de Ciguë fraîche ; pour le bœuf, il faut au moins 4 à 5 kilogrammes.

 

Pour l’homme, elle est plus dangereuse, soit qu’on l’emploie dans un but criminel, soit qu’on s’en serve comme médicament d’une manière inconsidérée : elle est quelquefois ordonnée, en effet, pour produire un soulagement passager dans une maladie douloureuse.

 

Quand un homme a ingéré une trop grande quantité de Ciguë ou de son extrait, voici, d’après Tardieu, les phénomènes que l’on constate : Une heure environ après l’ingestion de la Ciguë, surviennent des éblouissements, des vertiges, un mal de tête très aigu. La personne empoisonnée titube comme si elle était ivre ; ses jambes se dérobent. Quelquefois, mais non toujours, des douleurs en avant du cœur se font sentir. La gorge se sèche, la soif est très vive, et cependant la déglutition est parfois impossible. Il y a quelques tentatives de vomissements, mais non suivis d’effet (les vomissements presque constants dans l’empoisonnement par la Ciguë vireuse, manquent souvent dans ceux par la grande et la petite Ciguë). La face est pâle et la physionomie profondément altérée, mais l’intelligence reste nette. Les malades entendent, quoique ne pouvant parler ; le regard est fixe, les pupilles dilatées, la vue trouble et parfois abolie.

 
         
 

Des mouvements de spasmes, des contractions brusques des muscles agitent les membres et alternent avec des défaillances qui se répètent par intervalles ; puis, une sorte de stupeur s’empare du malade, chez lequel la respiration annonce seule la persistance de la vie. Le corps se refroidit, la tête se gonfle et l’enflure s’étend quelquefois à d’autres parties ; les yeux sont saillants, la peau livide. Dans quelques cas, on voit éclater un délire furieux et des convulsions épileptiformes. La mort est toujours très rapide et il ne faut pas plus de trois, quatre ou six heures pour que l’empoisonnement par la Ciguë se termine d’une manière funeste.

 

Le principal agent de la Ciguë est la conicine, alcaloïde qui paraît agir sur les extrémités terminales des nerfs moteurs.

 

Caractères botaniques de la Grande Ciguë.

 

– Haute de 1 à 2 mètres. Tige droite, creuse, striée en long et marquée, surtout dans le bas, de taches rouges. Feuilles très divisées, un peu luisantes, dégageant une odeur de souris quand on les froisse. Involucre à folioles réfléchies vers le bas et blanchâtres sur le bord. Involucelles à folioles un peu tournées toutes du côté extérieur de l’ombelle. Fleurs blanches. Fruit (b) ovoïde, à cinq côtes proéminentes, ondulées, crénelées et séparées par des vallées striée

 


Flora von Deutschland Österreich und der Schweiz (1885) Otto Wilhelm Thomé

 
   
   
   

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