Industrie
  LA MANCHE EN 1880
   
  INDUSTRIE
         
   
         
 

ADOLPHE JOANNE

GEOGRAPHIE DU DEPARTEMENT DE LA MANCHE

PARU EN 1880

 
     
 

INDUSTRIE

 

Dans les environs de Mortain s'extrait du minerai de fer, traité à l'usine de Bourberouge. Le minerai de Diélette est inexploité, de même que les mines de mercure de la Chapelle-Enjuger. Il existe des mines de houille au Plessis-Garnier. — Le département possède de belles carrières de granit, situées dans l'arrondissement de Cherbourg et aux îles Chausey. Les falaises de Flamanville sont devenues des carrières en pleine exploitation, dont les beaux blocs, qui ont servi à la construction du port de Cherbourg, sont embarqués au port voisin de Diélette. On taille sur place des parapets, des bordures de trottoirs, etc. Cette industrie occupe à l'île de Chausey un grand nombre d'ouvriers, qui façonnent la pierre en larges dalles, transportées à Granville et à Saint-Malo. C'est de Chausey que Paris fait venir en grande partie le granit dont il a besoin pour ses trottoirs. D'autres carrières sont exploitées à Saint-James, dans le antondeSourdeval, àFermanville, et à xMontjoie près de Saint-Pois. Les carrières de quartzite de ïourlaviile fournissent des pavés estimés.

 

I1 existe dans le canton de Montmartin un gisement de calcaire, marbre carbonifère appelé par A. de Caumont, marbre de Dudley, et qui convient à la fois à la marbrerie, à la fabrication de la chaux, à la construction et au macadam. Comme il affleure presque partout, il est exploitable à Hyenville, Montchaton, et Montmartin surtout, qui fournit d'excellentes pierres et de beaux marbres.

 

Sur le territoire de la commune des Pieux existent des gisements de kaolin qui sert à la confection de la porcelaine de Bayeux. Sur la côte de Gréville, on trouve une pierre dite pierre à savon ou talk utilisée par les marchands de chaussures. La tangue, terre calcaire formée de débris de coquillages et mêlée d'un sable très-fm, ainsi que d'une petite quantité de matières salines et organiques, s'extrait à l'embouchure de presque toutes les rivières de la côte occidentale, de Carteret à Pontorson. La tangue sert d'engrais.

 

Il existe des sources minérales à Biville (gazeuse), Brix (ferrugineuse), Dragey (fontaine dite de Santé), Saint-llilaire-du-llarcouot, Saint-Lô et la Taille.

 

L'industrie métallurgique est représentée dans le département par : les forges de Beauchamps, les fonderies de fer de Bourbe- rouge près de Bion, de Brouains, Cherbourg, Granville et Tourlaville; les fonderies de cuivre de Granville, Sourdeval et Villedieu-les-Poëles. Dans cette dernière localité, « le commerce et l'industrie du cuivre sous toutes ses formes atteignent au moins le chiffre de 2 millions par an. Cette industrie s'applique : aux ménages, par la chaudronnerie, les chandeliers, les cuillers, les clanches et les charnières, les réchauds, les petites lampes, les bouilloires, les fontaines, les pompes à puits, à jardin, à voiture; aux établissements publics, par les pompes à incendie; aux distilleries, par les chaudières, les alambics, les robinets ; à l’agriculture, par les grands poêles à cuire les racines, les buires à lait, les couloirs ; aux églises, par les cloches, puis par la dorure des croix, ostensoirs, calices, patènes, flambeaux, encensoirs, etc. » {Annuaire de V Association normande, 1876.) • Une autre localité très-importante pour son industrie est celle de Sourdeval; il y existe, en effet, des fabriques de chandeliers, de couverts en fer battu, fer forgé, étain, métal ferré, métal ferrugineux, d'étrillés, de faux, d'articles de serrurerie, de pointes, de fils de fer, etc. Un village voisin de Sourdeval, le Fresne-Poret, a des fabriques de ciseaux, de sécateurs, tarières et d'aiguilles à voiles, à ralingues, à matelas, etc. Saint-Martin-de-Chaulieu, village qui fait également partie du canton de Sourdeval, possède une fabrique de ferronnerie et de quincaillerie. Sourdeval et Saint-Pois livrent au commerce des forges portatives et des soufflets de forges ; Carentan, Cherbourg, Villedieu, des pompes.

 

L'arsenal de Cherbourg renferme divers établissements se rapportant aussi à rinduslrie métallurgique : ateliers de mâture, de chaudières à vapeur, de chaudronnerie, de serrurerie, forges d'armement, etc. Cherbourg possède aussi d'importants chantiers de construction de navires, ainsi que Barfleur, Granville, Pontorson (navires de 200 à 500 tonneaux), Saint-Nicolas-près-GranvilIe et Saint- Vaast. Cherbourg et Carentan ont des fabriques de voitures, Saint-Lô une importante fabrique de voitures pour enfants, la Haye une fabrique de bascules, Granville de compas pour la marine, Agon une fabrique d'hameçons.

 

Il existe dans le département 45 filatures de laine (15125 broches), situées à Beauchamps, Blainville, Cerisy-la-Forét, Champrepus, Coutances, Gavray, Ger, Gouville, Hambye, au Mesnil-Tove, à Saint-Aubin- du-Perron, Sainte-Cécile, Saint-Hilaire-du-Harcouet, Saint-James, Saint-Laurent-de-Cuves, Saint-Lô, Saint-Sauveur-Lendelin, Teurtheville-Hague, Torigni, Urville-Hague, au Yauroux (commune de Saint-Brice-de-Landelle), à Vengeons, etc.

 

Coutances et Villedieu ont des carderies de laine. Cherbourg fabrique des couvertures de laine.

 

Les filatures de coton (10 001 broches) sont en activité à Brouains, Gonneville, au Neufbourg, au Vast. Coutances, où sont aussi des teillages de lin, confectionne une quantité considérable de toile ouvrée; Cametours, des toiles, des calicots et des coutils. Les coutils se tissent aussi à Canisy, Dangy et Montebourg. Villedieu et Cherbourg fabriquent des dentelles, Avranches et Hambye de la bonneterie, Gavray des toiles de crin.

 

Les industries de la mégisserie, de la tannerie et de la corroiriesont représentées chacune, soit seules, soit simultanément, parplusieurs établissements à Avranches, Carentan, Cherbourg, Coutances (au faubourg du Pont-de-Soulle), Ducey, Granville, la Haye-du-Puits, Montebourg, Morlain, Périers, Pontorson, Quettehou, Saint-Lô, Torigni, Yalognes et Yilledieu. — Les six papeteries du département (564 ouvriers) ont produit, en 1875, 10,000 quintaux métriques de papier. — Les chefs-lieux d'arrondissement de la Manche, et, en outre, Carentan, Granville, la Haye-du-Puits et Saint-Hilaire-du-Harcouet, possèdent des imprimeries; Avranches, Carentan, Granville, Mortain, Saint-James, Saint-Yaast et Tourlaville, des scieries mécaniques ; Cherbourg et Granville, des corderies. Les autres établissements industriels du déparlement sont des minoteries et des moulins à vapeur (Agon, le Vast), des poteries (notamment à Carentan, Ger, la Meauffe, Néhou, Sauxemesnil et Tourlaville), des brasseries (Avranches, Cherbourg, Saint-Hilaire-du-Harcouet), des fabriques de vannerie à Remilly, etc.

 

Sur les côtes on dessèche l’herbet ou pailleule (zostère) pour l'exporter dans les villes, où il est employé comme crin. De plus, les cendres du varech sont utilisées pour la fabrication des produits chimiques.

 

Il nous reste à mentionner l’industrie de la pêche du hareng, du maquereau, et surtout les parcs à huîtres de Saint-Vaast-de-la-Hougue, de Portbail, de Cherbourg et de Regnéville. La pêche des huîtres est faite principalement par les bateaux de Granville. Les concessions huîtrières de Saint-Vaast comprennent des dépôts ou étalages et des parcs. Les premiers, au nombre de 48, occupent une superficie de 46 hectares et demi et s'étendent sur la partie de la plage appelée la Couleige; ils sont réservés aux jeunes huîtres qui doivent croître encore avant de devenir marchandes. Les seconds, affectés à la conservation des huîtres comestibles, sont situés dans la Toquaise et se trouvent pour la plupart garantis de la mer par la petite île de Tatihou; ils sont au nombre de 157, sur une surface de 39 hectares et demi. Les huîtres dont l'élevage réussit le mieux proviennent de la baie de Cancale, ou du banc de Dives. Néanmoins les essais entrepris sur les huîtres d'Arcachon et de Bretagne ont donné de bons résultats. C'est à Saint-Vaast qu'on a essayé pour la première fois d'accUmater en France plusieurs espèces de coquilles américaines, surtout l'huître de Virginie. Les éleveurs de la Hougue estiment que le pacage du mollusque ne doit pas se prolonger au delà de deux ans. La première année, il croît de 5 à 4 centimètres environ; pendant la seconde, il profite moins, c'est vrai, mais il épaissit et engraisse. Les procédés d'élevage employés à la Hougue consistent principalement à nettoyer, à déplacer fréquemment le coquillage, pour l'empêcher d'être enseveli sous la vase ou enveloppé par des goémons parasites, qui, en s'attachant aux valves, l'empêchent de s'ouvrir et finissent par le faire périr en l'étouffant. 500 personnes trouvent chaque jour de l'occupation dans les concessions de Saint-Vaast, et à chaque grande marée ce nombre est au moins doublé.

 

La station de Regnéville est très-favorable à l'élevage des huîtres par sa situation sur un havre immense que la mer recouvre à chaque marée. Dans ce havre débouche la rivière de la Sienne qui, en mêlant ses eaux à celles de l'Océan dont elle tempère la salure, donne aux mollusques une qualité qui les fait rechercher des ostréiculteurs. Un peu au-dessous de l'embouchure de h Sienne, Mme Sarah Félix, sœur de la grande tragédienne Rachel, a créé un magnifique établissement ostréicole. Les parcs de Mme Félix, creusés dans un terrain calcaire, occupent sur la grève une superficie de 5 hectares. Une digue insubmersible, haute de 6 mètres, les protège contre les atteintes et les violences de la mer.

 
         
 

CPA colllection LPM 1900

 
         
   

La manche en 1880