Jules Grévy
  PRESIDENTS DE LA REPUBLIQUE
   
 

4 -JULES GREVY  1879-1885

         
 

Avocat de profession, parlementaire engagé aux côtés des républicains, il est arrêté lors du coup d'État de 1851. À la tête de l'Assemblée nationale de 1871 à 1873, il préside ensuite la Chambre des députés. Quatrième président de la République française du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887, il démissionne suite au scandale des décorations.

 

Famille

 

Jules Grévy est né dans une famille aux convictions républicaines. Son idéal républicain repose sur un pouvoir impersonnel, exercé par une assemblée. Il est le frère d'Albert Grévy et de Paul Grévy.

 

Jules Grévy se marie le 29 août 1848 à Paris, avec Coralie Fraisse, fille d'un tanneur de Narbonne. Ils ont une fille : Alice (1849-1938). Jules Ferry fut plus tard, le témoin du mariage de sa fille avec Daniel Wilson, en 1881.

 

Jeunesse

 

Jules Grévy suit de brillantes études au collège de l'Arc à Dole. Mais lorsqu'en 1823 celui-ci est repris par les Jésuites, son père le retire et l'inscrit au collège de Poligny. Il obtient une licence de droit à Paris et devient avocat. Il publie, en 1836, un recueil général de formules pour tous les actes judiciaires, Le Procédurier.

 

Sous la monarchie de Juillet, il plaide lors de procès politiques contre les monarchistes.

 

Débuts en politique

 

Sa carrière politique débute à la suite lors de la révolution de 1848 : il est alors nommé commissaire de la République dans le Jura par le gouvernement issu de la révolution, puis est élu député du Jura en avril de la même année, à l'Assemblée constituante.

 

JULES GREVY

4éme président de la République

Parti politique

Républicain

Élu le

Réélu le

30 janvier 1879

28 décembre 1885

Présidence

1er mandat

du 30 janvier 1879

au 30 janvier 1886

2eme mandat

 du 31 janvier 1886

 au 2 décembre 1887

République

3eme république

Constitution

 

Prédécesseur

Emile Loubet

Successeur

Sadi Carnot

Naissance

15 août 1807

Mont-sous-Vaudrey (Jura)

Décès

9 septembre 1891

Mont-sous-Vaudrey (Jura)

Nature du décès

Mort naturelle

 
     
 

Lors des débats relatifs à l'élaboration de la Constitution, il propose « l'amendement Grévy », contre l'élection du président de la République au suffrage universel, qui est repoussé.

 

Cet amendement montrait son refus de légitimer le pouvoir d'une seule personne au-dessus de tout.

 

En 1849, Jules Grévy est élu à l'Assemblée législative, puis vice-président de celle-ci. Le 2 décembre 1851, lors du coup d'État, il est arrêté, puis libéré. Retourné au barreau, il est élu membre du conseil de l'ordre des avocats du Barreau de Paris en 1862, puis, en 1868, bâtonnier de l'ordre des avocats.

 

Vers la IIIe République

 

Jules Grévy revient en politique à la fin du Second Empire : élu député du Jura en 1868, il siège dans l'opposition. Il est hostile, avec Léon Gambetta et Adolphe Thiers, à la déclaration de guerre contre l'Allemagne, en 1870. En février de l'année suivante, il est élu président de l'Assemblée nationale, jusqu'à sa démission en avril 1873. Il confie le pouvoir à Thiers lors de l'insurrection de la commune, qu'il condamne.

 

Jules Grévy est président de la Chambre des députés à partir du 8 mars 1876 où il est élu président provisoire avec 414 voix. Son élection est confirmée le 13 mars avec 462 voix[1]. Républicain modéré, il est chargé de la direction du parti républicain à la mort de Thiers, en 1877. Il est une première fois candidat à l'élection présidentielle de 1873, sans succès, face au légitimiste Patrice de Mac Mahon.

 

Président de la République

 
         
 

 

Premier mandat

 

Le 30 janvier 1879, le président Mac Mahon démissionne. Le jour-même, les parlementaires élisent Jules Grévy à la présidence de la République, par 563 voix. Il annonce qu'il n'ira jamais à l'encontre de la volonté populaire, et de fait, abandonne l'exercice du droit de dissolution. Les prérogatives constitutionnelles sont mises à l'écart, pour préserver la séparation de la fonction de l'exécutif et du législatif. Léon Gambetta déclare le lendemain de l'élection : « Depuis hier, nous sommes en République ». On parle alors de « Constitution Grévy » (l'expression est du constitutionnaliste Marcel Prélot), pour l'affaiblissement de l'exécutif (présidents de la République et du Conseil), au profit d'une république parlementaire : la révision de la Constitution a lieu du 19 au 21 juin. Elle porte notamment sur des mesures symboliques mais qui pérenisent les symboles de la République : le 14 juillet et La Marseillaise sont adoptés comme symboles, les chambres parlementaires sont transférées à Paris et le président de la République officiellement au sein du palais de l'Élysée.

   
       
 

La République devient pérenne

 

Une politique anticléricale incarnée dans les réformes sur l'Éducation

 
     
 

Le 9 août est votée la « loi Paul Bert », qui créé des Écoles normales : elles forment désormais les professeurs dans un cadre et une idéologie républicaine. Le président soutient les mesures anticléricales de ses ministres, notamment contre les congrégations religieuses. Le président du Conseil Charles de Freycinet est ainsi fortement opposé à l'Église. Le 15 mars 1880 passe la loi de Jules Ferry, qui réforme le Conseil supérieur de l'Instruction publique et qui exclut de fait les ecclésiastiques en ne réservant les places qu'à des professeurs.

 

Trois jours plus tard, une autre loi retire le droit aux universités catholiques de porter le nom de « faculté », ceci dans le but d'attirer les étudiants dans les universités laïques. Mais le coup le plus important porté à l'influence de l'Église sur la religion a lieu le 29 mars, alors qu'une loi interdit aux congrégations non autorisées d'enseigner, en amenant certaines comme les Jésuites à quitter la France

     
         
 

Le 21 décembre 1880, des collèges et lycées pour filles sont créés, sous l'impulsion de Jules Ferry, à la fois président du Conseil et ministre de l'Instruction publique. Les lois Jules Ferry rendent progressivement l'école gratuite (1881), l'éducation obligatoire et l'enseignement public laïque (1882).


Politique générale

 

Jules Grévy célèbre la première fête nationale le 14 juillet 1880 à Longchamp, où il remet de nouveaux drapeaux aux armées françaises. Ses ministères doivent faire face aux krach financier de l'Union générale, le 19 janvier 1882. Gambetta, porté par le succès des élections législatives de 1881 doit pourtant démissionner l'année suivante en raison des oppositions à son projet de réforme de la Constitution. En 1881, la liberté de réunion sans autorisation est accordée et en 1884, les anciens membres de la famille royale déclarés inéligibles aux élections républicaines.

En politique extérieure, le président Grévy se montre très attaché à la paix, ce qui lui vaut un conflit avec le boulangisme naissant, revanchard contre l'Allemagne. Il s'oppose également à l'expansion coloniale, pourtant voulue par Gambetta ou encore Ferry. Ainsi en 1881, un protectorat sur la Tunisie est créé, entre 1883 et 1885 l'Annam et le Tonkin sont occupés et en 1885, un protectorat instauré sur le royaume de Madagascar. Dans L'Histoire des Présidents, les auteurs écrivent : « Grévy n'était pas un homme de premier plan mais il exerça une influence certaine quoique discrète. Malgré son autoritarisme il affecta de laisser gouverner ceux qu'il avait choisi. Mais il évita de confier le soin de former le gouvernement à une personnalité trop forte qui aurait pu lui porter ombrage ». Ainsi, sa rivalité avec Léon Gambetta se manifeste dans la mesure où il s'efforce de l'écarter de la présidence du Conseil ; celui-ci ne siège ainsi que 73 jours au sein de son « Grand ministère ».

 

Second mandat

 
         
 

 

Jules Grévy est facilement réélu à la présidence de la République, lors de l'élection présidentielle de décembre 1885.

 

C'est à l'occasion du décès de Victor Hugo, le 22 mai 1885, qu'il décide de rendre au Panthéon de Paris le statut de temple républicain, statut qu'il a conservé depuis lors. Des funérailles y seront organisées le 1er juin 1885.

 

En 1887, éclate le scandale des décorations : le gendre du président, Daniel Wilson, est accusé de trafic d'influence. Il vendait des nominations dans l'ordre national de la Légion d'honneur. Les chambres appellent alors Grévy à la démission, qui dans un premier temps refuse, puis se soumet, le 2 décembre. Cette affaire a contribué à la décrédibilisation de la République et a alimenté la crise boulangiste.

 

Par aversion à l'égard de Gambetta, Jules Grévy a faussé le jeu parlementaire en écartant le chef de la majorité de la Chambre des députés et en confiant la présidence du Conseil à des personnalités plus proches de lui. Il est responsable de l'absence d'un pouvoir exécutif fort et, en conséquence, de l'instabilité des gouvernements successifs de la IIIe République.

 

 

Caricature de Jules Grévy, en juillet 1879.

 
       
 

Décès

 

Buste en marbre de Jules Grévy par Carrier-Belleuse, exposé au Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon.Jules Grévy meurt le 9 septembre 1891 à Mont-sous-Vaudrey des suites d'une congestion pulmonaire. Il reste le symbole de la mise en place des idées républicaines dans les institutions politiques. Il a imposé un style dans la manière d'exercer la fonction de président de la République.

 

Décorations

 

 

Grand-croix de la Légion d'honneur en 1879

 

Grand-Maître de la Légion d'honneur du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887 en tant que président de la République.

 

Chevalier de l'ordre de la Toison d'or (Espagne) en 1882

 
     
 

Scandale des décorations

 

En France, le scandale des décorations de la Troisième République a débuté le 7 octobre 1887 lorsque la presse dévoile un trafic de décorations mis en place par Daniel Wilson, gendre du président de la République Jules Grévy et député d'Indre-et-Loire.

 

L'enquête révèle que Wilson a revendu depuis un bureau de l'Élysée des milliers de décorations - notamment la Légion d'honneur pour 25 000 Francs de l'époque notamment pour verser des subventions à des journaux de province. Parmi ses complices, on compte le général Caffarel, une dame Limouzin, une dame Ratazzi.

 

La rue, les journalistes, les politiciens mais surtout Georges Clemenceau et Jules Ferry s'acharnent sur le président Jules Grévy et le poussent à la démission après un vote du parlement.

 

Quant à Daniel Wilson, protégé par son immunité parlementaire, il siège crânement dans l'hémicycle. Il finit par être condamné en 1888 mais est acquitté en appel : il avait été poursuivi pour

 

 

Le Trombinoscope Touchatout Moloch Caricature Jules Grevy

 
 

 « corruption de fonctionnaire », or un député n'étant pas fonctionnaire la procédure avait été déclarée nulle. Aussitôt il revint imperturbablement à l'assemblée, indifférent aux quolibets et à l'opprobre de ses collègues. Il sera réélu en 1893 et en 1896.   

 
     
   

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