L'ame du pays
  C'EST PARU L'ANNEE 1926
   
 

L'AME DU PAYS

         
 

La Haye Pesnel. CPA collection LPM 1900

 
         
 

La Manche Numéro spécial

Supplément au numéro du 28 août 1926

de l'Illustration économique et financière

Publication : Paris 1926

     
 
   
 

L'Ame du Pays

Par M. Fernand PETIT

 
         
 

L'Ame du Pays


     Que le département de la Manche garde une place de choix parmi les départements producteurs ; que son agriculture soit renommée, son trafic maritime immense ; que s'annonce splendide son avenir industriel et commercial, quand seront remises en valeur les mines de Diélette et réalisés les gigantesques travaux en cours au port de Cherbourg, voilà qui ne sera contesté par personne. Et cette publication de L'Illustration Economique et Financière en apportera une preuve éclatante.

 

     Mais il est d'autres titres à la gloire d'une région, qui constituent son auréole, titres qu'une saine décentralisation ferait mieux ressortir pour rendre enfin justice à ceux que Paris n'a pas aveuglés, qui sont restés « de chez eux », les meilleurs défenseurs du sol dont ils sont les fils aimants et les chantres inlassés.

 

     La Manche eut des enfants illustres : J.-F. Millet a développé sa grande âme d'artiste tout près des rochers de Gréville ; Marcel Jacques est enfant de Cherbourg ; Levéel, qui réalisa le Napoléon de la place d'Armes, a pris aux grands vents de notre large ses leçons de vigueur...

 

     La Manche berça les premières pensées des Barbey d'Aurevilly, des Octave Feuillet, des Léopold Delisle. Elle a gardé aux délicieux Frémine le « lit de six pieds » qu'ils voulaient à Bricquebec. De nos jours encore, elle compte des noms qui sont des noms d'hommes : Déries, Jacques Debout, le grand lauréat de l'Académie Française ; Lecacheux, un archiviste qui est toute science... Et les patoisants aussi ont une part de lauriers à cueillir en passant. D'un bout à l'autre du terroir, on chante les chansons émues de Beuve, si profondément observées, et les mélancoliques couplets d'Alfred Rossel. Oui, au-dessus des grandes choses qu'elle réalise, du Mont-Saint-Michel à la pointe de Jobourg, au-dessus de ses vallons et de ses plaines, de ces rochers et de ses rives merveilleuses, la Manche - notre Manche - a placé une « âme ». C'est l'âme normande, forte et généreuse, saine et robuste, que le mal de vivre n'a pas encore entamée et qui, dans les soirs calmes de mai, répète avec un poète qui l'aime :

 
   
 
 

  Fernand PETIT.

 

Qu'on chante les splendeurs de la Corse fleurie,
Ses parfums et ses chants, je ne crains pas l'enjeu :
J'aime mieux mon Pays, loyal comme un aveu
Que la brise du soir lentement psalmodie.

Qu'on chante les palmiers et les sables de feu,
Ou l'Orient lointain, ma voix les répudie :
Rien ne peut égaler ma douce Normandie
Faite de grands prés verts, calme, sous le ciel bleu.

Qu'on chante l'Univers, il n'est pour moi qu'un monde.
J'aime son matin clair et son âme profonde,
Ses chemins amoureux et ses merles siffleurs...

Et tout joyeux je dis, sans qu'on me le demande :
Il n'est rien de plus beau que ma Terre normande
Sous le royal manteau de ses pommiers en fleurs.

 

 
 
 
 
   

C'est paru l'année 1926