L'histoire de la brouette
   LA BROUETTE
   
         
 

 
         
 

D'apres Diderot & d'Alembert 1751

 

Petite machine faite en forme de charrette, qui n'a qu'une roue, & que celui qui s'en sert pousse devant soi par le moyen de deux espèces de timons soutenus d'un côté par l'essieu de la roue, & de l'autre par les mains de celui qui conduit la machine, qui pour cet effet se met au milieu. La brouette est un instrument à l'usage de beaucoup d'ouvriers différents, comme les Vinaigriers, les Jardiniers, les Tanneurs, Mégissiers, &c.

 

On appelle encore brouette une voiture fermée, à deux roues, & traînée par un seul homme

 
     
 

Encyclopédie de Diderot et d'Alembert - Article Agriculture et économie rustique

 
     
 

D'apres Violet le duc 1856

 

La brouette est un petit tombereau « à bras » (à énergie humaine). C’est l’outil ergonomique pour le transport de matériaux ou d’outils sur des terrains qui peuvent être accidentés mais nécessairement peu inclinés. Incontournable sur les chantiers, dans les fermes, ou dans les jardins, elle facilite le déplacement de charges qui peuvent être lourdes ou simplement encombrantes. Le principe du levier associé à la position du centre de gravité vers l’aplomb du point d’appui (la roue), lui confère une réelle efficacité.

 
     
 

La question des origines

 

Il existe des preuves linguistiques sommaires que la brouette aurait pu exister en Grèce Antique à la fin du 5° siècle avant J.C*, mais il est communément admis que celle-ci n'a pas existé en Europe avant le 13° siècle après J.C, alors que leur usage en Chine, sous les Hans Occidentaux(202 avant JC / 9 après J.C) au premier siècle avant J.C est attesté par des preuves écrites (Vie des immortels illustres de Liu Xiang). Des illustrations de leur emploi furent peintes sur des fresques tombales en Chine au 2° siècle après J.C, durant la dynastie des Hans Orientaux(25 à 220 après J.C), à Chengdu, dans le Sichuan.

 

Selon Robert Temple, la brouette aurait été inventée dans le Sud-ouest de la Chine, un siècle avant J.-C., par un personnage semi légendaire nommé Guo Yu. Celui-ci est supposé avoir fabriqué une sorte de mouton en bois et l'avoir monté à travers la montagne. Les brouettes ayant longtemps été décrites comme des "boeufs de bois" ou des "chevaux glissant", il est probable que l'invention de ce personnage légendaire soit la brouette.

 
         
 

*Jusqu'à présent, il n'était jamais question de brouette dans les textes latins ou grecs, que ce soit chez les géomètres, les agronomes, les mécaniciens ou les architectes. Cependant, une étude a récemment mis en évidence la mention de ce qui pourrait bien être une brouette dans deux inventaires grecs datés de -408/-407 et de -407/-406, ce qui ferait que la brouette aurait été inventée par les grecs plus de trois siècles avant son apparition en Chine, et aurait été utilisée dans la Grèce antique pour transporter des charges sur les chantiers.

 

Une brouette chinoise.

 
         
 

Dans aucune scène agricole, domaine où les miniatures sont nombreuses, on ne voit de brouettes. Les représentations de travaux miniers, où la brouette tiendra une place importante, sont inexistantes avant le XVIe siècle. Il existe des légendes qui attribuent l’objet à un certain Dupin voire à Pascal, tous deux vers 1650. En fait on nommait « brouette » ou « vinaigrette » une chaise à porteur à deux roues apparue à cette époque et l’invention en a été effectivement attribuée à Pascal, même si aucune source sérieuse ne le confirme.

 

Malgré l’intérêt évident de l’engin, toujours utilisé dans les campagnes et sur les chantiers, la diffusion de la brouette semble avoir été assez lente et pour des usages limités, comme le suggèrent des illustrations plus tardives où coexistent encore le brancard et la brouette. Il se pourrait que la brouette (véhicule à une roue) n’ait pas été très répandue avant le XVe siècle, date à partir de laquelle on constate nombre de mentions. Aucune représentation de l’engin n’est visible dans les carnets des « ingénieurs » de la Renaissance.

 

En 1798, à l’époque de l’expédition de Bonaparte au Caire, Abd al-Rahmân al-Jabart, consignera dans son journal les preuves de sa méconnaissance de l’outil :

 

Ils recouraient à des instruments faciles à manier et épargnant la peine, ce qui permettait une exécution rapide des travaux. Ainsi, au lieu de paniers ou de récipients, ils utilisaient de petites charrettes qui avaient deux bras allongés par derrière ; on les remplissait de terre, d’argile ou de pierres [...] ensuite on prenait en main les deux bras, on poussait devant soi et la charrette roulait sur sa roue avec la moindre peine jusqu’au chantier ; on les vidait enfin, en la penchant d’une main, sans aucune fatigue.

 

En 1821, des agronomes français regrettaient qu’elle ne soit pas connue dans plusieurs régions françaises.

 

D’autres indices quant aux modalités de cette lente diffusion sont accessibles grâce au chantier du canal de Suez (1859-1869) à l’occasion duquel les agents de la Compagnie découvrent que la brouette, d’un usage banalisé en Europe pour les travaux agricoles ou du génie civil, est inconnue en Égypte. Plus surprenant, diverses tentatives effectuées en vue de faire utiliser la brouette par les fellahs égyptiens se soldent par des échecs. Ainsi, l’objet technique ne porte pas en lui l’usage qui en est fait ni les gestes qui lui sont associés. Il ne présage pas non plus des obstacles culturels auxquels peuvent se heurter des tentatives de transfert technique ni des choix d’engagement dans des trajectoires technologiques données.

 
         
 

 

Chantier de construction de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay

illustré entre 1448 et 1465.

 
         
 

Plus tard les économistes s’empareront du débat pour souligner cette lenteur dans la diffusion de l’engin qui semble paradoxale au regard de sa simplicité technique. Angus Maddison, s’interrogeant sur les origines de disparités de développement prend l’exemple de la brouette pour souligner l’importance du processus d’imitation. Selon lui, la brouette serait passée de la Chine vers l’Europe, mais des siècles après, malgré les contacts privilégiés entre l’Inde et l’occident, les charges restaient portées sur la tête par les travailleurs indiens, comme elles le sont d’ailleurs toujours en Afrique.

 

Les archéologues de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire se heurtent aujourd’hui au même type de difficulté que leur prédécesseurs lorsqu’ils prescrivent l’utilisation de la brouette sur leur chantier de fouille.

 

Si le principe mis en œuvre est resté le même, l’objet a connu quelques améliorations depuis, telles que la brouette motorisée, la brouette pliante ou la roue équipée d’un pneumatique. James Dyson a proposé en 1974 une évolution de la brouette : la Ballbarrow, avec une roue sphérique.

 

L’extension ultime de la brouette est atteinte en février 1971, par les astronautes d’Apollo 14 qui font usage d’un « Mobile Equipment Transporter, » ou brouette lunaire pour transporter leurs échantillons de roches lunaires.

 
         
 

 

Modèle de brouette dont la caisse est suspendue aux brancards.

 
         
 

 

Brouettes du XIIIe siècle

 
         
 

Les particularités techniques d’une brouette

Les principaux buts de l’utilisation d’une brouette restent la réduction des efforts humains et l’augmentation de la charge à transporter. Du point de vue technique, la brouette se compose d’un châssis, de poignées, d’un porte-charge, d’un système roulant et d’un pied. Le châssis supporte l’ensemble de l’outil additionné ou non d’une charge. Les poignées servent à maintenir la brouette, la faire avancer et la faire changer de direction. Le porte-charge est composé du bac qui contient les objets à transporter. Le système roulant est constitué d’une simple roue, ou d’une roue pneumatique, qui est censé faire déplacer la brouette tout en supportant la charge qu’elle contient. Le pied, quant à lui, assure la stabilité de la brouette lorsqu’elle n’est pas en déplacement.

 

Il existe plusieurs variantes de la brouette, comme les brouettes à deux roues coaxiales, ou même à trois et à quatre roues. La roue de la brouette est généralement disposée à l’avant de la charge. Certaines brouettes ont une roue placée en dessous du bac de charge. La place et la forme du porte-charge sont également variées. Quant aux pieds, ils se placent habituellement entre la roue et les poignées, mais certains types de brouettes comme les diables sont munis de pieds à l’avant des roues.

 
         
 

Fonction principale – définition

 

1 - Le châssis : constitué de deux brancards solidarisés, fonction support de l’ensemble ;

 

2 - Les poignées : fonction préhension, commande et transmission de l’énergie : c’est l’interface utilisateur ;

 

3 - Le porte-charge : contenant du transportable, c’est la fonction outil (on appelle fonction outil la fonction du sous-ensemble qui en dernière analyse assure la fonction de l’ensemble), réalisée par un simple plateau plus ou moins équipé de parois, une benne (nommée caisse, cuve, coffre, etc.) ou un équipement spécifique ;

 

4 - Le système roulant : permet le déplacement par roulement (frottements minimum) en supportant une partie de la charge ;

 

5 - Le pied (paire ou barre) : assure avec la roue, une base polygonale d’appui stable, pour les périodes d’utilisations statiques (chargement, par exemple).

 

 
       
   

 

Brouette et brancard par Matthew Paris dans son livreLife of St Alban

 
         
 

Les différentes utilisations de la brouette

La brouette est une invention remarquable. C’est un outil de choix dans les travaux de construction. Le transport de sable, de ciment, de gravier ou de briques est optimisé par la brouette. Il en est de même dans le jardinage où le transport de la terre, des engrais, des plants et des outils s’avère plus aisé grâce à la brouette.

 

Mais la brouette est aussi pourvue d’un côté amusant qui attire les enfants et les plus grands. De nombreux jeux ont été inventés dans le thème de la brouette. Par exemple, le jeu de la brouette est un jeu très connu qui se joue à deux et qui consiste à simuler la poussée d’une brouette. Mais de vraies brouettes peuvent être utilisées à des fins divertissantes, comme dans la course de brouettes qui s’organisent en compétitions dans certains villages. Dans ce jeu, la charge est souvent une personne, et le pousseur son coéquipier, le but étant de parcourir le plus rapidement possible une distance déterminée. En Vendée, les courses de brouettes sont organisées traditionnellement et mobilisent toute la collectivité.

 
         
   

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