Le lievre
  MAIRES ET CURES BAS NORMANDS
  LE LIEVRE
         
 

Par
Jean Des Sablons
Ancien Procureur

 

Le Curé du Paillon était un bon vivant, gai et réjoui, amateur de bonne chère et de gros bère, au demeurant bon et charitable, aimant à rendre service et pas trop dur pour les jolies pécheresses de sa paroisse. Il était très aimé de ses paroissiens qui lui témoignaient fréquemment leur reconnaissance en lui envoyant les prémices de leur basse-cour, le produit de leur chasse ou de leur pêche et même de belles mottes de beurre quand leur vache avait fait veau.


Notre Curé ne fut donc pas surpris quand un matin du mois de décembre le petit gars à la Jeanneton vint le trouver dans la sacristie et lui dire qu’il lui avait envoyé un beau lièvre.


« Vraiment, mon ami, dit le Curé tout réjoui à l’idée d’avoir un bon civet à son dîner.
- Oui ! un bien beau lièvre, M. le Curé

- Tiens, voilà mes clefs, va au presbytère et dis à ma servante de te donner une bonne bouteille de vin pour ta récompense.

 
 
         
 

En deux sauts l’envoyeur de lièvre fut au presbytère et décampa promptement une fois la commission faite.


A quelques jours de là, notre pasteur le rencontra et du plus loin qu’il l’aperçoit :
« Ah ! te voilà petit polisson, c’est toi qui oses te moquer de ton pasteur !
- Moi ! fit effrontément le gamin, comment ça ? Ah ! Comment ça. N’es-tu pas venu l’autre jour à la sacristie me dire que tu m’avais envoyé un beau lièvre et tu ne m’avais rien envoyé du tout, méchant gringalet ?
- Vrai ! vous ne l’avez pas vu, M. le Curé.
- Bien sûr que je ne l’ai pas vu.
- Dam ! Je vas vous dire : ce jour-là je suis passé à travers l’herbage de M. Batiste ; j’ai aperçu un beau lièvre qui détalait devant mé, j’l’y ai crié : Hé là-bas ! tu sais bien où demeure M. le Curé, va le trouver de ma part. S’il n’y est pas allé ce n’est vraiment pas de ma faute.


Au revoir M. le Curé. »

 
         
   

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