Les bougies du Maréchal Duroc
  HISTOIRE DE REGIMENT
  LES BOUGIES DE NAPOLEON
         
 

Les bougies du Maréchal Duroc

 

L'on pouvait regarder le Grand Maréchal Duroc comme un homme d'ordre et fait pour embrasser tout genre d'économie et empêcher les dilapidations qui sont inévitables dans une maison aussi considérable qu’était celle de Napoléon. Rien ne lui était étranger ; il entrait dans les plus petits détails sur chaque branche de fourniture qu'il fallait à la maison. Souvent les personnes qui voulaient fournir avaient des conversations très longues avec lui et ne s’apercevaient pas que tout en jasant fabrique ou commerce, ils le mettaient au fait de toutes les rubriques qu'entraîne ces sortes de fournitures, vis a vis des officiers subalternes tant en remises qu'en cadeaux que les fournisseurs sont ordinairement obligés de leur faire. L’on aimait beaucoup à fournir puisque tout y était payé comptant.

 

Il s'agissait de fournir la bougie pour toutes les maisons impériales. Ce qui était une fourniture considérable que tous les marchands sérieux sollicitaient. Le Grand Maréchal la promis à tous en leur demandant un échantillon pour en faire l'essai. Tous apportèrent les échantillons.

 
Maréchal Duroc
 
     
 

Il leur donna rendez-vous dans une salle du palais où il avait fait mettre dans chaque flambeau une des bougies d'échantillon et sous le flambeau le nom de celui à qui appartenait la bougie. Tous les fabricants étant rassemblés, il leur dit : “ Messieurs, vous me demandez tous la fourniture de la bougie.

 

Comme je n’ai aucune préférence, que tous vos prix sont les mêmes, voilà toutes vos bougies. L'on va les allumer et je donnerai la fourniture de la maison a celui qui aura fabriqué celle qui durera le plus longtemps, qui ne coulera point et qui fera le meilleur effet. L'on alluma les bougies. Le Grand Maréchal s’en fut et chaque fabriquant resta dans la salle à voir brûler les bougies sans savoir à qui elles appartenaient, n'ayant pu les toucher et ne sachant point que leurs noms étaient sous les flambeaux. Que l'on s’imagine l'effet que peuvent faire vingt bougies allumées et tous les yeux fixés dessus. Les unes pétillaient, les autres coulaient et chaque fabriquant se disait “ mes bougies ne font point cet effet. Je fabrique mieux que cela ” Le Grand Maréchal avait recommandé que l’on ne les touchât d'aucune manière. Ce qui fut parfaitement exécuté. L’on le fit avertir que les bougies tiraient à leur fin et il se rendit dans la salle au moment ou elles étaient sur le point de finir. Tous les fabricants l’entouraient en attendant qu’il prononça. Il n'en restait plus qu'une qui avait parfaitement brûlé. Il leva le flambeau et leur fit voir le nom du fabricant et leur dit “ Messieurs, voilà le fournisseur de la maison. ” Tous se retirèrent sans oser blâmer l'expérience.

 
         
   

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