Les coiffes
  VIVRE NORMAND
   
  LES COIFFES
         
 

LA NORMANDIE ANCESTRALE

Ethnologie, vie, coutumes, meubles,

ustensiles, costumes, patois

Stéphen Chauvet.

Membre de la Commission

des Monuments historiques

Edition Boivin, Paris.1920

 

Les coiffes normandes, toutes plus gracieuses les unes que les autres, qu'elles soient du pays de Caux, d'Honfleur, de Lisieux, de Caen, de Vire, de Falaise, d'Argentan, d'Alençon, de Cherbourg, d'Avranches, de Coutances, dérivent du hennin médiéval, rendu plus seyant et moins encombrant par le bon goût et le sens pratique de nos aïeules. Elles furent créées au début du xix e siècle.

 

Auparavant, vers 1570, les dames de Caen et de Coutances avaient adopté pendant quelque temps, une coiffure ressemblant à celle d'Elisabeth d'Autriche.

 

Plus tard, les premières coiffures consistèrent, pour les femmes de condition inférieure, en un serre-tête agrémenté de broderies, de dentelles ou de rubans.

   
         
 

Puis vinrent les bonnets piqués qui paraissent avoir précédé un peu les grands bonnets ronds. Mais, même lorsque la mode eut généralisé les bonnets ronds, pour les fermières aisées, on les vit porter, sous semaine, le bonnet piqué hérité de leurs mères, qui était plus pratique et moins onéreux; car le bonnet rond coûtait fort cher [achat et entretien]. Il fallait en effet le donner à laver, à repasser et à remonter après chaque sortie ou presque. 11 était si fragile et craignait tellement l'ondée ou le « crachin » de notre pays que les Normandes ne sortaient guère sans un vaste parapluie dont les baleines étaient soit en vraie baleine, soit en bois ; ces vieux parapluies avaient presque toujours un petit bec en corne.

 

Les bonnets piqués étaient coniques et faits en grosse toile blanche; ils étaient parcourus de piqûres diagonales faites à la main et ornés de dessins I «rodés en laine bleue représentant des fleurs.

 

Plus tard, vinrent les grandes coiffes, dont la forme variait non seulement selon les localités, mais encore pour une même région. C'est ainsi qu'à Cou tance s, il en existait plusieurs modèles qui se portaient encore pendant la première moitié du XIXeme siècle.

 

Comme il a déjà été dit, ces coiffes coûtaient souvent fort cher. Les servantes économisaient pendant des années pour en avoir une belle. Les fermières riches les payaient jusqu'à 1.000 et 1.500 francs, selon les dentelles qui les ornaient. Certaines coiffes, comme celles du pays de Caux, contenaient jusqu'à neuf aunes de dentelles!

 

Les plus anciennes coiffes étaient ornées de ces merveilleuses dentelles d'Alençon au point de France, que les Normandes se transmettaient de mères en filles. C'est Colbert qui, en 1665, avait créé, à Alençon, des ateliers de dentellières pour lutter contre l'importation des dentelles étrangères et qui, pour les lancer, en avait imposé la mode à la cour de France.

 

Plus tard, en 1820, la dentelle d'Alençon commença à être délaissée pour la dentelle de Malines et la Valenciennes, qui coûtaient moins cher.

 

Il est à remarquer que, pendant la Révolution, les Normandes ne modifièrent pas la forme de leurs coiffes et n'adoptèrent pas les coiffures révolutionnaires et que, plus tard, elles négligèrent les excentricités, imitées de l'antique, du premier Empire. Le bon sens et le traditionalisme de nos compatriotes triomphèrent de la mode.

 

Les coiffes étaient montées sur des fonds de carton, recouverts de papier glacé, généralement bleu, qui emboîtaient la tête. Sur le bord antérieur de ces fonds de coiffes, étaient placés des petits ornements de cuivre représentant des feuilles, des fleurs, ou des abeilles. Sur ce carton, étaient attachés des fils de cuivre qui soutenaient intérieurement la coiffe et lui permettaient d'avoir sa forme particulière.

 
 

 

A la partie postérieure de la coiffe, se trouvait un nœud de ru ban en soie, dont, les deux bouts pendaient sur la nuque. Sur le devant de la coiffe, se plaçaient des épingles à boules d'or ou de doublé qui fixaient la coiffe sur le fond de carton et la garantissaient des caprices du vent. Certaines coiffes étaient, en outre, retenues par une gorgère de velours.

 

Il y a une cinquantaine d'années, les belles coiffes tombèrent en désuétude. Elles furent remplacées par de petits bonnets, munis d'une sorte de visière en toile amidonnée. Les très vieilles Normandes en portent encore. Ces bonnets furent détrônés, à leur tour, par de simples bonnets ronds, ornés de rubans. Enfin, malheureusement, depuis quelques années, les jeunes paysannes ont abandonné les bonnets qui, sans avoir le cachet luxueux des vieilles coiffes, leur seyaient assez bien, pour adopter des chapeaux, imitant plus ou moins la mode des villes et qui leur vont fort mal. Il est navrant de constater que les pouvoirs publics n'ont rien fait pour lutter, soit par des conférences, soit par des articles de journaux, contre cet état de choses.

 

   
         
   

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