Les fiches de l'été "L'estran"
     
 

 

 

 
     
 

L'estran :

 

Historiquement, le mot estran signifie « délaissé sableux de la mer ». Il est attesté sous la forme estrande dans un texte normand au XIIe siècle et a déjà plus ou moins le sens qu'on lui connaît aujourd'hui. Il est probablement issu de l'anglais strand, jadis « plage ». Le terme picard stranghe, estranc, attesté au XVIIe siècle, puis estran, est, avec le terme normand, la source du mot français, mais de manière directe. Il s'agit d'un emprunt au moyen néerlandais strang, au sens de « grève ».

 

 


 

L'estran proprement dit est divisé entre slikke et schorre :

 

    - La slikke (du néerlandais slijk, signifiant « boue ») est la partie basse de l'estran, qui n'est découverte que lors des basses marées. Elle est elle même divisée en haute-slikke et basse-slikke, cette dernière n'étant émergée que lors des basses mers exceptionnelles.

    - La schorre (du néerlandais scor, signifiant « terrain d'alluvion ») est la partie haute de l'estran, qui n'est recouverte que lors des hautes mers. De la végétation peut pousser dans la schorre et fixer la vase de l'estran (comme dans le cas des prés salés).

 

L'estran étant alternativement recouvert par la mer et exposé à l'air, il est propice à un écosystème spécifique, adapté à la fois aux conditions maritimes et aériennes, capable de résister aux vagues et à la marée. La faune typique inclue des anémones de mer, des coquillages (moules, berniques, etc.), des étoiles de mer, des crabes, etc.

 

L'estran : Partie de la plage qui est couverte et découverte par la marée. Sa longueur dépend de la pente, plus la pente est douce et plus l'estran sera grand.

Laisse de pleine mer: Trace visible laissée par la marée haute.

Flux & Reflux: Le flux est le courant montant et le reflux le courant descendante de la marée.

Marnage: Différence de hauteur entre le niveau de pleine mer et le niveau de basse mer 

L'amplitude de la marée: Différence entre la hauteur à marée haute ou à marée basse et la hauteur moyenne


Sur les côtes, les peuplements benthiques littoraux se répartissent en étages successifs en fonction de leurs besoins en lumière et de leur capacité de survie à l'émersion (hors de l'eau).

 

Etages successifs de l'estran


L'étage supralittoral est situé au-dessus du niveau des hautes mers de vives-eaux moyennes (marées de cœfficient entre 90 et 105). Les plus hauts niveaux de cet étage ne sont humectés que par des embruns et assurent la transition entre les domaines marin et terrestre.

 

Fichier:Talitrus saltator 2a.jpg

Puce de mer

 

Les substrats durs sont colonisés principalement par des lichens et des Cyanophycées formant des bandes de couleurs variées. La faune, peu diversifiée, est représentée par le mollusque gastéropode Littorina neritoïdes et le crustacé isopode Ligia oceanica. En ce qui concerne les substrats meubles, la végétation est pratiquement nulle et la faune se limite aux puces de mer (Talitrus saltator) (cf. photo ci-dessus) et des larves d'insectes (Diptères)

 

L'étage médiolittoral est localisé entre le niveau des hautes mers de vives-eaux moyennes et le niveau des basses-mers de mortes-eaux moyennes (marées de coefficient entre 35 et 50). Les espèces végétales et animales des peuplements de cet étage sont le plus souvent incapables de résister à une immersion continue. Sur les substrats durs, les algues forment des ceintures essentiellement représentées par les algues brunes suivantes (des plus hauts vers les plus bas niveaux) : Pelvetiae, Fucus spiralis, Fucus vesiculosus, Fucus serratus. La faune de cet étage est plus diversifiée avec des mollusques (patelles, crépidules, littorines et gibbules), des crustacés (balanes, buccins et dormeurs) et des annélides. Les substrats meubles révèlent une grande diversité de biotopes liée à la nature des sédiments qui abritent de nombreuses espèces d'invertébrés. La flore est limitée et représentée localement par des herbiers de phanérogames (Zostera marina et Zostera noltii) sur la côte ouest Cotentin.

 

En ce qui concerne l'avifaune hivernale, deux limicoles sont présents sur les côtes basses : le bécasseau violet hiverne sur les côtes rocheuses à la limite du ressac ; le tournepierre à collier se trouve aussi sur les côtes basses sableuses. Il est également possible d'observer sur ce secteur le pluvier argenté, le grand gravelot et le bécasseau sanderling. On y trouve également la bernache cravant à ventre pâle (Brenta bernicla), petite oie au plumage noir et blanc, qui niche dans la toundra groenlandaise et canadienne et hiverne sur littoral atlantique nord-américain et européen, en particulier sur le littoral occidental du Cotentin. De décembre à mars, environ 500 individus hivernent en Basse-Normandie et se nourrissent de zostères et d'algues vertes.

 

L'étage infralittoral correspond à la zone immergée de l'estran dont la frange supérieure peut cependant être exondée aux grandes marées de vives-eaux (cœfficient entre 110 et 115). Sur les substrats durs s'installent des algues photophiles, principalement dominées par les algues dressées et notamment des laminaires qui constituent localement de véritables forêts. La faune y est très riche et comprend des invertébrés herbivores (mollusques gastéropodes et oursins). Les substrats meubles sont principalement constitués d'une endofaune comprenant des vers, des mollusques bivalves, des crustacés et une épifaune constituée d'espèces mobiles (gastéropodes, échinodermes) ou fixées (éponges, anémones, ascidies). Les herbiers de Zostera marina et les bancs de maërl sont deux biocénoses remarquables de cet étage.

 

L'étage circalittoral, qui correspond à la zone profonde du plateau continental, a généralement une couverture végétale faible et une faune fixée bien représentée par des hydraires, des bryozoaires et des éponges

 

Sources :
1 REBENT, réseau benthique
2 GUERIN A., 2003, La Normandie : la géologie, les milieux, la faune, la flore, les hommes, Delachaux et Niestlé, 360p.



   

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