Les veillées et le trousseau
  VIVRE NORMAND
   
  VEILLEES ET TROUSSEAU VERS 1850
         
 

LA NORMANDIE ANCESTRALE

Ethnologie, vie, coutumes, meubles, ustensiles, costumes, patois

Stéphen Chauvet.

Membre de la Commission des Monuments historiques

Edition Boivin, Paris.1920

 
         
   
     
 

Les Veillées et le trousseau.

 

Dans les temps anciens, existait, en Normandie, comme ailleurs, en dépit du caractère individualiste des habitants, la coutume charmante des « veillées ». Les gens d'une ferme et même de quelques fermes voisines, se réunissaient, le soir venu, auprès d'un bon feu de bois. Un grasset, piqué dans un « béga », éclairait l'assistance.

 

Pendant ces veillées, on se racontait les événements contemporains et aussi les vieilles légendes qui se transmettaient ainsi de génération en génération. Les fermières et les servantes filaient le lin destiné au linge de la ferme. Les jeunes filles confectionnaient la plus grande partie de leur trousseau. Celui-ci était toujours très important. L'abondance des pièces (nécessitée par la coutume de la lessive bi-annuelle), la qualité des étoffes et des toiles faites à la main, le soin avec lequel on les entretenait, expliquent que le trousseau durait, en général, pendant toute la vie de sa propriétaire; certaines pièces même se transmettaient de mères en filles, ainsi que les bijoux. Pour donner une idée de ce qu'était un trousseau normand, je transcris ci-dessous copie du chapitre relatif au trousseau qui est contenu dans le « traité de mariage * rédigé le 23 may 1792 par-devant François Laurent Le Brun, notaire à Coutances, en vue du mariage qui devait unir Charles G. et Elisabeth Minard, appartenant tous deux à la bourgeoisie de la paroisse Notre-Dame. Ce document permet également de noter le nom des divers vêtements féminins qui étaient de mode à cette époque ainsi que celui des étoffes qui les composaient :

 

« Secundo et pour meubles qui serviront de don mobil audit futur s'il survit, une armoire de bois chesne fermante à clef à deux panneaux et tiroirs en dedans et au bas (où, la somme de cent vingt livres); un lit, traversain et oreillers de coutil rempli de plume d'oye, Castalogne de laine blanche, tour de lit et rideaux de cotton bleu, ciel, dossier et courtepointe d'indienne, une douzaine et demie de draps de lit de six aulnes La paire, quatre douzaines de chemises de toile de L'aufrais garnies, deux douzaines de Tayes à oreiller dont six de garnies en mousseline; une douzaine et demie de serviettes, une douzaine de cornettes à bord garnies, une douzaine d'équipages de Linge de batiste, une douzaine de Bonnets ronds, une demi-douzaine de mouchoirs de mousseline blancs, une douzaine de mouchoirs de cou tant de mazulipatan que de fond blanc rayés au tour, une douzaine de mouchoirs de poche tant à fond blanc rayés alentour que de fond bleu rayés rouge, dix paires de poches de coutil rayé en bleu, une douzaine de bonnets piqués, cinq déshabillés de Siamoise, deux de cotton blanc, un d'écarlatte rouge à rayeures, une Juppé de droguet à fond vert rayé rouge et un apollon d'indienne rayée, une Juppé de droguet fond violet rayé en vert et rouge et un apollon d'indienne fond blanc rayé, une Juppé de droguet fond gris rayée vert et rouge et un apollon d'indienne fond Brun à ramage, un déshabillé de droguet Chiné bleu rayé rouge, un mantelet couvert d'indienne et une pelisse, un tablier rouge à grands carreaux, un autre d'indienne à rayeures à plusieurs couleurs, un d'indienne à petit ramage rouge, un d'indienne h Bouquets rouges, un rouge rayé en Écarlatte, un d'indienne rayé violet fond blanc, un rouge à petits carreaux, un de siamoise fond blanc rayé rouge, un de siamoise chiné bleu, deux de siamoise fond blanc et bleu et quatre de siamoise, le tout faisant quinze tabliers. Et pour et au lieu de vaisselle et poêllerie, la somme de cinquante livres en argent; lesquels meubles et argent au lieu de meubles, ie tout évalué entre les parties, parents et amis, à la somme de dix-huit cent vingt livres sera également payé, fourni et livré audit futur la veille des Épousailles pourquoi il est aussi stipulé... etc.. »

 
     
   

 

 

 

 

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