Les Vikings
  LES VIKINGS
   
         
  Les 1ers raids vikings

 

Vers l’an 800, l’Europe va être confrontée à une terreur qu’elle ne connaissait plus depuis bien longtemps. Des raids éclairs de peuples dits "barbares", souvent contre des édifices religieux, ou des civils sans défense.

 

En l’espace de quelques décennies, le viking devient un mythe : un guerrier assoiffé de sang, surgi de nulle part pour repartir après avoir semé la mort et la désolation.

 

793. Une abbaye est mise à sac. Lindisfarne. C’est une petite île située non loin de la côte anglaise, en Northumbrie. L’abbaye est isolée, rien pour la protéger, une proie facile repérée par des marchands scandinaves. 

 

Ce raid, raconté par l’un des moines survivants, est le plus ancien, sans doute la pre-mière, des attaques vikings en Europe occidentale. Les années passant, ces raids vont être de plus en plus nombreux, et vont s’étendre.

     
         
 

Les vikings, d’honnêtes marchands scandinaves venus vendre leur marchandises en Europe, vont vite se rendre compte qu’il est bien plus facile de se servir et de voler les populations, plutôt que de continuer à marchander. L’Europe, unifiée par Charlema-gne, est dans une période plutôt calme. C’est la paix. Il n’y a pas de défense. Les vikings vont alors développer leurs raids : les strandhögg. Ils débarquent, volent, brûlent, et repartent. Les victimes n’ont pas le temps de réagir. Les assaillants sont re-partis avant qu’une quelconque résistance puisse leur être opposée. Ils sont généralement peu nombreux, une cinquantaine tout au plus, et fuient à la moin-dre difficulté. Les vikings sont de piètres guerriers en bataille rangée. Et ils le savent. Ils mettent donc en place une véritable guerre psychologique, grâce à leurs connaissances de marchand, pour attaquer aux moments les plus propices : une fête religieuse, un jour de grande foire, …

 
     
 

Lindisfarne.

 
     
 

Les Vikings : de raids en sièges

 

Au bout de cinquante ans de raids, les guerriers vikings se rendent compte que la résistance est toujours nulle. Ils vont s’organiser en bandes armées, avec des flottes con-séquentes. Nous sommes toute-fois loin de l’image véhiculée par les clercs occidentaux qui parlent de mers couvertes par des cen-taines de bateaux viking, prêts à attaquer. Les pillages continuent, mais cette fois, certaines bandes font le siège de grandes villes, no-tamment Paris. La plupart du temps, sans succès.

 

Les vikings sont de mieux en mieux organisés. Les royaumes Franc et Anglais payent des tri-buts de plus en plus importants pour stopper les pillages. D’autres contrées vont à leur tour être vi-sitées par ces guerriers du nord : l’Espagne, le sud de la France, l’Italie et même Miklagard (Constantinople).

 
     
 

Le royaume franc fini par organiser une défense sur ses côtes : fortifications, remparts, les vikings rencontrent pour la première fois une véritable opposition dans ce royaume. Petit à petit, les attaques vont se déporter vers l’Angleterre. La "grande armée danoise" y remporte de grands succès. Elle s’empare même d’un royaume dans les années 1870. Le Danelaw vient de naître. Bientôt, seul le Wessex résiste aux envahisseurs. Et fini, après sept ans de lutte, par reconquérir le Danelaw pour unifier l’Angleterre sous sa bannière.

 

En France, le roi Charles le Simple préfère donner une terre aux Vikings pour être enfin tranquille. Rollon (Hrólfr en islandais), chef viking, est fait comte de Rouen. Il crée la Normandie. Il est baptisé, et assure, comme il l’avait promis à Charles, la paix aux terres franques intérieures. En l’espace de quelques générations, les vikings de Normandie sont assimilés à la population et deviennent les normands.

 

Vers l'est : l'expansion viking

 

Si les danois et les norvégiens sont traditionnellement plus attirés par l’Europe occi-dentale et du nord, les Suédois eux vont plus explorer les contrées de l’Est, notamment la future Russie.

 

Un siècle avant les premiers raids à l’ouest, les vikings suédois, ou Varègues, entretiennent des rela-tions marchandes très étroites avec les peuples de Finlande, puis au-delà. Ils se déplacent sur les fleuves pour découvrir de nouvelles contrées et nouvelles richesses. Comme à l’ouest, les vikings se sont également lancés dans des pillages. Et, comme à l'ouest, ils se sédentarisent. Installés, les Vikings deviennent les Rus. C’est le début de la Russie.

 

Les vikings suivant Saint Aubin au Xeme siecle

 
   

 

 
   

Le baptême de Rollon

 
         
 

Les dernières conquêtes vikings

 

Vers 980, les vikings profitent de la faiblesse du roi Ethelred en Angleterre pour reprendre les raids sur la région. Le Trent et le Sussex sont ravagés, Londres attaquée. Ethelred repousse à chaque fois les attaques en payant de lourds tributs. Norvège et Danemark sont alors unifiés, et le chef de ce nouveau royaume, le danois Sveinn Tjúguskegg va régulièrement revenir piller ces terres

 
     
 

En 1014, il conquiert même l’in-tégralité du Royaume. Ethelred s’est enfui en Normandie. Cinq semaines après sa prise de pou-voir, Sveinn meurt, son fils Knútr est chassé, Ethelred revient.

 

En 1016, Knútr récupère son ro-yaume, après la mort du roi, Ed-mund, le fils de Ethlered. Il fonde le Royaume de Knútr le Grand : il contrôle la Norvège, le Dane-mark, les Orcades, l’Angleterre et le Winchester. Ce royaume ne se délitera qu’après sa mort en 1035.

 

L’Angleterre devra alors faire face à des derniers assauts scandinaves, mais Guillaume de Normandie, Guillaume le Grand, résiste. C’est la fin de l’âge viking.

 

Knútr le Grand

 
         
 

Le guerrier viking  

 

L’image est tenace : un guerrier au casque à pointe, peau de bête, et un crâne humain dans la main pour boire de la vodka… L’imaginaire collectif pour le guerrier viking. Le stéréotype déformé d’Astérix a fait bien du mal à ce guerrier. Car le viking est loin d’être cette bête sauvage assoiffée de sang. 

 

Généralités Le viking n’est guerrier que du-rant les beaux jours, lorsque la glace se retire pour laisser les ba-teaux voguer en paix. Durant l’hiver, le guerrier redevient fermier, avec une famille à nourrir. La mythologie nordique, et notamment le Vallahla, ce paradis ouvert aux guerriers morts au combat, pousse tout viking à guerroyer. Les peuples du nord n’ont pas peur de mourir au combat. Leur destin est de toute façon écrit, et leur vie dans l’au delà sera enviable. 

 

L’équipement  Aucun guerrier viking n’a com-battu avec le fameux casque à corne. Il s’agit d’un casque céré-monial scandinave bien plus ancien qui n’existe plus au temps viking. Le casque de combat est similaire à ceux portés par les Francs ou les Anglais au même moment, avec une protection nasale. Mais il est réservé aux plus riches. De même que la côte de maille. Les plus pauvres doivent se contenter d’un justaucorps et d’un bonnet en cuir durci. Le bouclier est rond, en bois, renforcé de fer, environ 1 mètre de diamètre, et peint de couleurs vives pour cacher à l’adversaire les points faibles, là où il pourra frapper pour fêler le bouclier sans difficulté.

 
         
 

Les armes, elles, varient selon l’origine géographique. L’épée est prisée par les norvégiens et les danois. Mais l’épée scandinave est de moins bonne qualité que l’épée franque. En Islande, l’épée est même quasiment bannie, à cause de l’absence de fer sur l’île : les épées existantes sont de si mauvaises factures qu’elles se tordent sous les coups de l’adversaires. L’Islandais lui préférera la hache.

 

En Suède, les guerriers utilisent plus volontiers la lance : un fer de 60 cm de long et 2 à 3 mètres de manche.

 

Certaines idées reçues prêtes le succès des attaques viking à la supériorité de leur armement. Il n’en est rien. L’équipement viking est en tout point semblable à celui de ses adversaires.

 

La tactique

 

Les batailles se sont en fait plus jouées sur le plan tactique. Les viking connaissent très bien leurs adversaires, pour les avoir fré- quentés en tant que marchands des décennies durant. Ils savent où et quand attaquer : un point sans défense, le plus souvent un jour de grand événement où la sécurité est moindre. Le bateau viking, le knör (Drakkar étant une invention française du XIXème siècle), à faible tirant d’eau et très maniable permet aux vikings de remonter les fleuves et d’attaquer l’intérieur des terres très rapidement. La confusion résultant de ces attaques éclairs sert ensuite aux guerriers pour continuer le pillage plus à l’intérieur des terres, à cheval.

En cas d’une résistance quelconque, le combat est rarement engagé. Les viking n’aiment pas les batailles rangées. Les rares fois où ils se sont risqués à ce genre de combat, l’issue n’a pas été favorable.

 

Quand aux combats sur mer, ils se résument le plus souvent à un abordage, et un combat au corps à corps sur les ponts des bateaux.

 

Dernier point : il n’existe pas d’armée viking au sens propre du terme. Les scandinaves n’étaient pas assez nombreux pour former de véritables armées. De même, ils n’avaient pas assez de bateaux pour transporter tout le monde. Les images transmises par les clercs décrivant des mers couvertes de voiles viking ne sont que d’énormes exagérations. Les troupes vikings étaient un rassemblement de guerriers qui participaient tous aux frais de l’expédition, avec l’espoir de revenir bien plus riches des terres de l’ouest.

 

Le Berserker

 

Un jeu d’échec a été trouvé sur une plage des îles Hébrides, l’île de Lewis, en 1831. 78 pièces, sculptées dans l'ivoire de morse et de dents de baleine. Les spécialistes ont longtemps pensé que ces pièces étaient de facture islandai-se. Aujourd’hui, la plupart pense plutôt qu’il aurait été fabriqué par un artisan norvégien de Tron-dheim au XIIème siècle.

 

Si l’on excepte les pions, toutes les pièces ont visage humain : des évêques pour représenter les fous, des cavaliers, des rois et des reines.

 

Mais la pièce majeure de ce jeu d’échec reste la tour, représentée par un Berserk. Le soldat est sculpté avec un regard fou, mordant son bouclier.

 

Le berserk est le combattant viking ultime, en proie à la fureur d’Óðin, ou "Berserker-gang". Cette folie les rendait insensibles à la peur et aux blessures. Les berserks com-battaient d’ailleurs sans aucune protection.

 

 

Casque viking

 

Bouclier viking

 

Fer de hache

 

Cote de maille

 

Pièces du jeu d’échec dit Lewis

 
         
 

Ces guerriers-fauves, ordinaires, voire stupides dans leur état normal, pouvaient entrer en transe et accomplir des faits extraordinaires : combattre avec une force surhumaine, apparentée à l’ours ou au loup, marcher sur des braises, mordre dans leur bouclier (d’où la représentation de la pièce de l’échec). Ces guerriers étaient entourés d’un grand prestige, et certains d’entre eux sont devenus légendaires.

 

L’Ynglinga Saga parle de ces guerriers en ces termes : "Ses hommes à lui [ceux d'Óðin] allaient de l’avant sans armure, enragés comme des chiens ou des loups, mordant leur bouclier, forts comme des ours ou des taureaux, et tuant les gens en un coup, mais eux, ni fer ni feu ne les navraient. Ils étaient appelés berserkir". Certaines sagas prêtent également aux berserks des qualités "Óðinique", à savoir la possibilité de se transformer en oiseau, en poisson, en loup ou en ours, comme le dieu Óðin.

 

La fin de leur Berserkergang en revanche laisse ces guerriers sans force, et sans défense. Totalement vulnérables. Le seul moyen de tuer un berserk est d’ailleurs de profiter de cet état post-transe, ce que fit Beowulf pour se débarrasser de Grendel selon la Saga de Beowulf.

 

Aujourd’hui, peu d’informations sont disponibles sur ces Berserks. Une grande interrogation subsiste : comment devenait-on un berserk ? Certains historiens contemporains avancent l’usage de drogues, notamment de champignons hallucinogènes, ou d’alcool, pour expliquer l’état de transe. Des crises d’épilepsie, ou d’hystérie, des maladies mentales ou des défauts génétiques pourraient également être à l’origine du phénomène.

 

En 1015, les berserks ont été proscrits par le roi Erik, notamment car leur magie Óðinique n’était plus acceptée dans un monde scandinave chrétien. À la fin du XIème siècle, les berserks ont disparus.

 
         
   

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