Mariage vers 1850 en normandie
  VIVRE NORMAND
   
  MARIAGE VERS 1850
         
 

LA NORMANDIE ANCESTRALE

Ethnologie, vie, coutumes, meubles, ustensiles, costumes, patois

Stéphen Chauvet.

Membre de la Commission des Monuments historiques

Edition Boivin, Paris.1920

 
         
 

Mariage.

 

 — Le mariage civil est accompli sans bruit comme une formalité qui n'engage point, et les noces ne commencent que la veille du mariage à l'église, le seul regardé comme légitime. Le matin, les parents de la future montent dans une charrette traînée par des chevaux ou des bœufs et, accompagnés d'un ménétrier qui sonne du violon, vont chercher le trousseau chez la belle-mère pour le transférer chez le bruman (fiancé; de bru, et de man, homme).

 

Une énorme armoire sculptée est bientôt chargée sur la voiture, au-devant de laquelle la sœur ou simplement la couturière de la mariée s'assied sur des oreillers destinés au lit nuptial, tenant sur ses genoux un rouet et une quenouille, symboles des occupations domestiques Chemin faisant, la couturière distribue des paquets d'épingles aux jeunes filles qu'elle rencontre.

 

Assez fréquemment, la noce va à cheval à l'église, les femmes assises sur la croupe, en arrière du « maître ». Les deux époux se placent au milieu de l'église, sous un crucifix pendu à la voûte, y reçoivent la bénédiction nuptiale, entendent l'évangile au maître-autel et font une station à l'autel de la Vierge pour y déposer leurs cierges.

   
         
 

On sort de l'église au bruit des coups de fusils et des pétards; le convié le plus alerte présente la main à la mariée, la fait danser un moment et en reçoit un ruban; un second ruban est la récompense de celui qui la remet en selle.

 

Dans les préparatifs du mariage, le transport du trousseau de la future mariée signalé ci-dessus, constituait à lui seul une cérémonie qui se déroulait selon des rites charmants. L. Beuve a recueilli, à Vesly, de la bouche d'une vénérable octogénaire le récit de cet événement, car c'en était un dans un bourg et on en « jasait » longtemps encore après les noces. Ce récit figure dans le numéro du Bouais Jan du 8 août 1898 (p. 103) :

 

« Le trousseau de la mariée arrivait, en voiture, huit jours avant la noce, marchant au pas, lentement, le long des bourgs, pour s faire bi guetta L'armoire, la vénérable armoire normande, trônait, bien en vue, au mitan de la quertée de meubles, telle une reine parmi ses sujets. Le grand caoudron, la paesle, le biaux mireux, étaient aussi mis en valeur, artistement disposés, suivant les règles plusieurs fois séculaires, que se transmettaient de génération en génération, les couturières. La quenouille et le rouet y figuraient aussi. Ils étaient soigneusement enrubannés. Après la noce, la jeune mariée allait suspendre sa quenouille à l'autel de la bouiïvirge. Aujourd'hui, ajoute le poète, on ne file plus et l'on remplace la quenouille par un vulgaire bouquet. »

 
     
 

Le trousseau de la mariée arrivait, en voiture, huit jours avant la noce

 
     
 

Les mariés recevaient de leurs parents et amis quelques cadeaux parmi lesquels une houe, un louchet (un truble), une braie à filasse, un carrosse à laver et son battoir, emblèmes du travail que la jeune mariée devait exécuter clans son ménage. Le D r E. Ozenne rappelle qu'on « procédait minutieusement à la toilette de la mariée, sans oublier d'attacher derrière la coiffe, au-dessus du chignon, un petit miroir encadré de chenille verte et une rose blanche. Ces objets s'appelaient la relique. C'était l'emblème de la virginité. Le lendemain du mariage, la relique était placée à la tête du lit des époux : la rose s'était épanouie... »

 

Après la cérémonie religieuse le cortège, précédé du ménétrier, se rendait à pied à la salle du repas si elle était proche. Sinon, comme il n'y avait guère de voitures à cette époque et que les chemins étaient en très mauvais état, on se rendait à cheval au lieu du festin, chacun ayant sa chacune en croupe. Et c'était de par les champs et les chemins, une pimpante cavalcade, égayée des rires des paysannes casquées de belles coiffes (les comètes) dont les grandes ailes blanches et les rubans flottaient au vent.

 

Au festin, la bru (la mariée) se plaçait au centre. Derrière elle, était tendu un drap blanc sur lequel étaient attachés les bouquets de mariage enguirlandés de feuillage, de fleurs champêtres et de roses, et de flots de rubans blancs. Les invités se plaçaient selon leur bon plaisir. Le repas était copieux. De belles poulardes, rissolées à point, quittaient la broche qui les faisait tourner sans cesse devant une belle flambée de genêt, pour être découpées et passées parmi les invités, sur de grands plats de compagnie ornés de dessins bleus. Le bon bère, de pur jus, était versé à pleins connots, dans de biaux godias de cérémonie, par de nombreux valets et aussi... par le bruman (le marié) qui, selon l'usage, revêtu d'un tablier et les manches retroussées, servait les gens de la noce! Des chants, des divertissements animaient la fin du repas. Lorsque ce dernier était terminé, tout le monde allait faire un petit tour en plein air, de par les prés et les plants, puis on revenait souper. Enfin arrivait l'heure de la danse qui durait, généralement, pendant presque toute la nuit. Au petit jour les invités partaient; il ne restait que les amis intimes; ceux-ci allaient porter aux mariés, qui s'étaient retirés pendant la fête, des rôties contenues dans une écuelle d'étain à oreilles qu'on avait maintenue au chaud, devant l'âtre flamboyant, dans la corbeille d'un des landiers. Ce rite était l'occasion de quelques plaisanteries. Puis la chambre se vidait, et pendant que l'aurore se levait, les jeunes mariés pouvaient, enfin, goûter, loin du bruit, un sommeil réparateur.

 

Au cours du chapitre suivant, on verra que le trousseau de la mariée, ce trousseau qui était l'œuvre de tant de veillées et qui comportait des vêtements et des coiffes si seyantes, était livré la veille des épousailles.

 

Maintenant, hélas! tout cela est bien tristement modifié. Le trousseau est acheté, tout fait, dans un magasin de nouveautés, de la petite ville voisine. Les coiffes, les fichus ont disparu ainsi que le rouet. La belle armoire de chêne sculpté est remplacée soit par une armoire à grands panneaux tout unis, en bois blanc (peint de façon à imiter les nervures du bois), ou bien, si les futurs époux sont aisés, par une armoire à glace, « le plus platement hideux de tous les meubles », au dire de Banville. Le jour du mariage, la mariée, habillée de soie et portant simplement un voile blanc au-dessus de son chapeau (!) prend place dans la voiture à deux roues qui sert à aller au marché, à côté de son époux, habillé d'un veston foncé (orné à la boutonnière d'un petit bouquet de fleurs d'oranger) et coiffé d'un chapeau melon. Les invités de la noce suivent dans d'autres voitures. La couturière qui a fait la robe de la mariée, a encore, cependant, un petit privilège. Elle fleurit de petits bouquets de fleurs d'oranger les personnes de la noce et parfois celles qu'elle rencontre sur la route qui mène à l'église, et reçoit, en échange, une obole.

 

Mais où sont les beaux meubles et les délicieuses coutumes du vieux mariage d'antan?

 
     
   
     
   

Fêtes et rejouissances