Merlicoquet
 

CONTES NORMANDS

PAR JEAN FLEURI

   
  MERLICOT
         
  Merlicoquet

Conte recueilli par Jean Fleury

 

Conté à Gréville par Marie Duval,

servante au hameau Fleury.

 

MERLICOQUET est allé glaner. Il a ramassé trois épis ; puis il s'en va frapper à une porte.

 

- Qui est-ce qui est là ?

- Le bonhomme Merlicoquet.

- Entrez. Qu'est-ce que vous voulez, l'ami ?

- Mettez-moi ces trois épis sur l'ais (1), je vous en prie. Je viendrai vous les redemander.

 

On prend les épis. Quelque temps après, Merlicoquet revient.

 

- Mes épis, s'il vous plaît.

- Vos épis ? la poule les a mangés.

- Rendez-moi mes épis ou donnez-moi la poule.

- Il n'y a plus d'épis ; prenez la poule.

 

Merlicoquet prend la poule et s'en va frapper à une autre maison.

 

   
 

- Qui est-ce qui est là ?

- Le bonhomme Merlicoquet.

- Entrez. Qu'est-ce qu'il vous faut ?

- Voilà une poule qui me gêne, ne pourriez-vous pas me la garder ? Je reviendrai la prendre.

- Mettez-la dans la cour avec les autres.

 

Il la laisse et s'en va. Quelques jours après il revient.

 

- Ma poule, s'il vous plaît.

- Votre poule ? la jument a marché dessus.

- Je vous ai confié ma poule, vous devez me la rendre. Donnez-moi ma poule… ou la jument.

- On ne peut pas vous fournir votre poule, prenez la jument.

- Il emmène la jument et s'en va frapper à une autre porte.

- Qui est-ce qui est là ?

- Le bonhomme Merlicoquet.

- Entrez. Qu'est-ce qu'il y a pour votre service ?

- Ne pourriez-vous pas me garder ma jument pour deux jours ?

- Si ça vous fait plaisir. Mettez-la avec les autres.

 

Merlicoquet la laisse et revient au bout de quelques jours.

 

- Ma jument, s'il vous plaît.

- Votre jument ? La petite l'a noyée en la menant à l'abreuvoir.

- Ça ne fait pas mon compte, ça. Rendez-moi ma jument ou donnez-moi la petite.

- On ne peut pas vous fournir votre jument, prenez la petite.

 

Merlicoquet met la petite dans son bissac. Il la charge sur son dos et arrive chez la marraine de la petite fille.

 

- Voudriez-vous me garder mon bissac pour un petit moment ?

- Volontiers. Mettez-le là.

 

Merlicoquet dépose son bissac et sort. La marraine faisait en ce moment de la bouillie pour son petit enfant. La bouillie faite, elle dit, comme c'est l'habitude :

 

- Qui veut lécher la palette ?

- Moi, ma marraine, dit une petite voix.

- Toi, ma fillette ? Où que tu es ?

- Dans le bissac à Merlicoquet.

 

La marraine retire bien vite la petite fille du bissac et, pour que Merlicoquet ne s'aperçoive pas de la disparition, elle met à sa place un chat, un chien et une tasse de lait.

Merlicoquet revient et recharge son bissac. Comme le poids est à peu près le même, il ne s'aperçoit de rien. Mais quand le bissac est sur le dos, il lui semble qu'on s'agite et qu'on se bat à l'intérieur. En effet, le chat voulait boire le lait, le chien mordait le chat et le lait coulait dans le dos de Merlicoquet.

 

- Marotte, vous pissez : s'écrie Merlicoquet. Je vais vous fouetter.

 

Et il déposa son bissac pour couper une petite branche dans la haie afin de fouetter la petite fille, qu'il croit toujours dans son bissac. Le bissac s'ouvre, le chat fait un bond, le chien court après et Merlicoquet ouvre de grands yeux pour tâcher de deviner comment ce prodige a pu s'opérer.

 

   Note :(1) Planche sur laquelle on pose la provision de pain.

 
         
   

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