Oratre frates
  MAIRES ET CURES BAS NORMANDS
  ORATE FRATRES
         
 

Par
Jean Des Sablons
Ancien Procureur

 

Un matin en allant dire sa messe, le Curé de Mesnil-Tour aperçut dans la prairie qui s’étend au pied de l’église, un veau qui gambadait au milieu de l’herbe et s’en donnait à coeur joie.

 

Ce veau ferait bien mon affaire, pensa le Curé, il remplacerait avantageusement la chèvre qui est dans mon étable.


Arrivé à l’église il appela son sacristain et lui montrant l’objet de sa convoitise, il lui dit : « tu vas prendre ma jument et aller me chercher ce veau pendant que je vais commencer la messe. »


Le Custos exécute les ordres de son pasteur et déjà, le veau placé en travers sur le bidet, il se disposait à regagner le presbytère avec le produit de son larcin lorsque le propriétaire de la prairie arriva et, voyant ce qui se passait, courut sus au larron, lui donna une maîtresse râclée, détacha son veau et emmena chez lui la jument du Curé.

 
 
         
 

Le Custos retourna tout penaud à l’église et arriva au moment où le Curé debout à l’autel se retournait pour dire : Orate fratres.

 

En apercevant son messager il changea la formule et s’écria sur un tout autre ton :

« L’as-tu ? L’as-tu ? Ce beau veau poilu ? »


Le Custos lui répondit sur le même air :

« Battu ! Battu ! Contrebattu ! Et le hi han han perdu ! »

 
         
   

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