Promenades en Normandie
  PROMENADES EN NORMANDIE
   
  QUELQUES DATES
         
 

Promenades en Normandie

Par Mauricette VIAL-ANDRU

 

On fait remonter l’histoire de la Normandie au traité de Saint-Clair-sur-Epte entre Rollon et Charles le Simple. Toutefois, des ports comme Saint-Valery, entretenaient depuis bien longtemps déjà des relations commerciales avec la Grande-Bretagne. Depuis la conquête romaine jusqu’aux invasions du Ve siècle, la paix avait régné. Les villes de Rouen, Évreux, Saint-Lô, Lisieux, Coutances, Avranches, existaient déjà et, à partir du Ve siècle, le pays s’était couvert d’abbayes illustres : Saint-Wandrille, Jumièges, le Mont-Saint-Michel.

 

La constitution du duché de Normandie fit de cette terre un des plus grands fiefs du royaume de France. En 1066, Guillaume le Conquérant réclame la couronne d’Angleterre et est victorieux à Hastings. Le sort de la Grande-Bretagne et de la Normandie est lié désormais. Quand la petite fille de Guillaume, Mathilde, épouse le comte d’Anjou Geoffroi Plantagenet, l’empire anglo-angevin vient de naître. Il s’étendra bientôt jusqu’aux Pyrénées, menaçant le royaume de France.

 

Et ce fut la première guerre franco-anglaise. Richard Coeur de Lion édifie son fier Château-Gaillard au-dessus de la Seine. Mais les Capétiens sont vainqueurs.

 

Louis X signe en 1315 la charte aux Normands qui ratifie toutes leurs libertés. C’est la paix capétienne : l’agriculture et l’industrie des toiles prospèrent.

 

Hélas, au XIVe siècle, la guerre reprend. Les bandes anglaises et leurs alliées les bandes navarraises, pillent les villes et les campagnes. Du Guesclin délivre un temps le pays par la victoire de Cocherel. Mais arrivent les heures mauvaises : le pays occupé à partir de 1417, puis Jeanne d’Arc brûlée vive à Rouen. La délivrance n’aura lieu qu’en 1450.

 

Au XVIe siècle, les Normands, qui ont le goût de l’aventure, s’élancent, depuis Dieppe ou Honfleur, vers les Amériques et les Indes. Les guerres de religion n’arrêtent pas cette expansion, Après la bataille d’Arques près de Dieppe, la province se rallie à Henri IV.

 

Au XVIIe siècle, la Fronde n’entrave pas le développement économique car les intendants de Rouen, Caen, Alençon, le favorisent. Pendant la Révolution, c’est une Normande de Caen, Charlotte Corday, qui délivre le pays du féroce Marat.

 

CAEN 1880

 
       
   

GRANVILLE 1880

 
         
 

Les Vendéens échouent au siège de Granville. Les chouans duCotentin, derrière leur chef Louis Frotté, attaquent les diligences qui transportent les fonds publics… et les derniers rêves s’évanouissent.

 

Mais l’histoire n’est pas close. En 1944, la bataille de Normandie ravage la province et fait disparaître de nombreux monuments d’un passé magnifique.

 

Reste l’orgueil des grands écrivains donnés à la France : Malherbe, Corneille, Flaubert, Maupassant, Barbey d’Aurévilly, Jean de la Varende. Ce sont là gloires majeures

 
         
   
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  COUTUMES NORMANDES
         
 

On juge le Normand madré et peu enclin aux promptes décisions. On le dit méfiant, on l’accuse de trop de prudence. En réalité, il est patient, observateur. Il possède un fond de solide bon sens. Il ne manque pas de finesse et se gausse des fanfarons. Il est travailleur. La guerre détruit-elle le village ? Il reconstruit avec ardeur et ne se lasse pas de recommencer l’oeuvre détruite. On peut encore admirer des auberges avec leurs énormes poutres et leurs solives mais presque partout, la pierre calcaire, parfois la brique, triomphent et donnent ces claires maisons égayées d’hortensias. Là s’imposait naguère l’armoire en chêne à deux portes, cirée, frottée jusqu’à l’usure. L’artisan y faisait figurer des épis de blé, des colombes… les armoires les plus anciennes remontent à la Renaissance et ont été recueillies dans les musées ou, hélas, vendues à des étrangers. Elles étaient, ces armoires, emplies de draps, de serviettes, de linge de table et de maison, fleurant bon la lavande cachée dans des sachets.

 

C’était le trousseau de l’épousée, sa « corbeille de mariage ». Et puis il y avait le buffet aux formes élégantes, le vaisselier garni des magnifiques faïences de Rouen, la bonnetière, la vieille horloge au balancier de cuivre, les cuivres rouges pendus aux murs, le lit massif entouré de lourds tissus.

 

COUTANCES 1880

 
         
 

Les vêtements d’autrefois ont disparu et les coiffes, si diverses selon les lieux, ne sont visibles que dans les musées de traditions populaires.

 

Le Normand garde les pieds sur terre et s’inquiète peu du fantastique. Dans les bocages, les loups-garous ont longtemps couru les champs au grand effroi des enfants mais les contes normands s’inspirent surtout de l’histoire et de la vie quotidienne. Au pays du meilleur cidre, sur cette terre où une savoureuse eau-de-vie s’offre, pour créer au milieu d’un repas de fête, le fameux « trou normand », le diable n’a pas sa place… ou bien, s’il s’égare ici, il se fait avoir !

 
         
   
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  UNE CITE GOTHIQUE ROUEN
         
 

Une ville-musée, un port fluvial, un centre industriel, dans un cadre de vallons et de collines verdoyantes, au coeur d’une large courbe de la Seine, telle est Rouen.

 

Le coeur de la ville fut dévasté par la guerre. Mais Rouen a vite pansé ses plaies. La cathédrale, une des plus belles de France, a été sauvée. Elle fut commencée en 1145. La nef appartient aux XIII et XIVe siècles. Le grand portail ne fut terminé qu’en 1514. On peut suivre ainsi l’évolution du style ogival, improprement appelé gothique. C’est en Normandie que sont nées deux grandes évolutions spectaculaires : l’arc-boutant et la croisée d’ogives.

 

L’exquise église Saint-Maclou est du XVe siècle et sa façade est une dentelle de pierre d’une admirable finesse. L’aître Saint-Maclou, ancien cimetière de l’église, dont les galeries de bois remontent au XVIe siècle, est fascinant avec les restes de sa Danse macabre. La Grosse Horloge et son beffroi enjambent la vieille rue. Que de ruelles bordées de façades pittoresques ! Et nous voici sur la place du Vieux Marché qui rappelle encore le martyre de sainte Jeanne d’Arc.

 

ROUEN 1880

 
         
   
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  LES PORTS NORMANDS
         
 

Ils s’égrènent des limites de la Picardie à celles de la Bretagne : Dieppe, Saint-Valery-en-Caux, Fécamp, Le Havre, Honfleur, Cherbourg, Granville.

 

Dieppe aux eaux profondes (deep) séduisit les Normands, puis les Plantagenets et enfin les Capétiens. Les Dieppois souffrirent rudement de la rivalité franco-anglaise pendant la guerre de Cent Ans. En revanche, au XVIe siècle, la ville connut une intense prospérité, en particulier avec le commerce de l’ivoire. C’est l’époque des explorateurs, des armateurs audacieux comme Jean

Ango. Samuel de Champlain un autre armateur de Dieppe, parti d’Honfleur, fonde Québec en 1608. Au XVIIe siècle, le Canada est une « colonie normande ».

 

Fécamp a pris naissance autour d’une abbaye fondée en 660. Le monastère bénédictin fut saccagé à la Révolution mais l’église subsiste et aussi la célèbrebénédictine, liqueur découverte au XVIIe siècle par un moine et qui a rendu célèbre le nom de Fécamp. Autre monument important de la ville, l’église abbatiale de La Trinité, sobre, harmonieuse, caractérisée par l’abondance des chapelles : il y en a douze ! Au port, on se passionne pour le travail des

pêcheurs toujours prêts à tout vous expliquer au milieu des cris discordants des goélands.

 

Le Havre, presque intégralement détruit par les bombardements, a retrouvé toute son activité. Les Romains y avaient établi un camp, mesurant la valeur d’une telle situation sur un estuaire. Mais au XVIe siècle, Le Havre n’était qu’une bourgade, un « havre de grâce », quand François Ier y fit élever des chantiers maritimes, dont témoigne la fameuse écluse François Ier.

 

De l’autre côté de l’estuaire, Honfleur est, avec ses maisons encapuchonnées d’ardoises, ses bassins animés de voiles colorées, une des cités les plus exquises de la Normandie. Les hautes maisons, la lieutenance, l’église Sainte-Catherine construite en bois au XVe siècle par les charpentiers du pays, sont autant de témoins d’un passé harmonieux. Alphonse Allais, Erik Satie, Henri de Régnier, Lucie Delarue-Mardrus, naquirent ici.

 

L’importance de Cherbourg est récente et ne date que du XIXe siècle.

 

De l’autre côté de la presqu’île, Granville s’installa tout doucement au XIIe siècle autour d’une modeste chapelle.

 

FECAMP 1880

 
       
   

SAINT-VALERY-EN-CAUX 1880

 
         
 

La ville fut fortifiée au XVIIIe siècle et ses fortifications arrêtèrent en 1793 l’armée vendéenne commandée par La Rochejaquelein.

 

La vieille cité des Abrincates est perchée à 104 mètres au-dessus de l’estuaire de la Sée, en face du Mont-Saint-Michel. C’est Avranches où, devant le portail de la cathédrale le puissant Plantagenet Henri II s’humilia après le meurtre de Thomas Becket. Les Avranchais ne furent pas toujours pacifiques. En 1639, ils se révoltèrent contre la gabelle et leur chef fut dur à soumettre.

 
         
   
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  VILLES DE L'INTERIEUR
         
 

Pays de Caux, Pays d’Ouche, Vexin normand… dans cette grasse Normandie, les villes s’animent les jours de marché. Évreux possède une magnifique cathédrale. Les Andelys sont réputés par leur situation près d’un méandre de la Seine. Gisors, c’est la citadelle avancée de la Normandie tournée contre la France capétienne. C’est la clé du Vexin normand. Plantagenets et Capétiens se disputèrent la forteresse pendant un siècle. Aujourd’hui, c’est une ruine somptueuse, un donjon massif entouré d’une enceinte encore flanquée de tours. L’une d’elles, la « tour du prisonnier », est ornée de curieux bas-reliefs sculptés par un captif

 

Au-delà de Louviers, on pénètre en Pays de Bray, dont les vallons s’entourent de ruisseaux et enrichissent le terroir de pâturages qui permettent l’élevage des vaches laitières productrices de beurres et de fromages réputés.

 

Au sud du Pays de Bray, on entre en Pays de Caux avec Yvetot, célèbre par son roi ! Elbeuf fut une riche cité drapière dès le XVIe siècle. Lisieux vécut pendant des siècles d’une existence relativement paisible depuis sa conquête par Philippe Auguste en 1203. Il y eut la tourmente de 1944.

 

DIEPPE 1880

 
         
 

Mais Lisieux est devenue un lieu de pèlerinage très fréquenté où lespèlerins honorent la très aimée « petite Thérèse ». C’est à Lisieux qu’en 1154, Henri II Plantagenet épousa Aliénor d’Aquitaine, mariage catastrophique pour le royaume de France.


Bayeux conserve un visage tranquille. La broderie de la reine Mathilde (improprement nommée tapisserie), continue à narrer les péripéties de la conquête de l’Angleterre. La cathédrale est, avec celle de Coutances, l’une des plus belles de Normandie : l’art ogival normand s’y épanouit dans toute sa splendeur. Livre d’images grandiose qu’on ne se lasse pas de contempler !

 

Aux confins du Perche et du Bocage normand, Alençon étend ses rues paisibles où d’habiles dentellières maintinrent longtemps une tradition qui fit la renommée de la ville. Pour accueillir les princes, l’échevin Jean du Mesnil avait fait construire en 1450 la maison d’Ozé. Non loin de là, Flers fut prospère avec ses tissages de toile et ses filatures de coton.

 

Au milieu de plantureux pâturages et de vergers de pommiers, Vimoutiers produisit l’authentique, le délicieux, l’inégalé camembert de Normandie.

 
         
   
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  ABBAYES NORMANDES
         
 

Le Mont-Saint-Michel est la plus célèbre. Elle fut fondée en 708 par Aubert, évêque d’Avranches, sur l’ordre de saint Michel archange qui indiqua le roc où il entendait qu’on lui élevât un sanctuaire.

 

En 966, les Bénédictins s’établissent au Mont. Après un incendie en 1203, l’abbé Jourdain jette les fondations de cet admirable ensemble, la « Merveille de l’Occident ». Le cloître, entrepris en 1228, semble suspendu entre ciel et terre comme un coin du paradis.

 

Jumièges est une ruine émouvante. Saint Philibert la fonda en 654.

 

Guerre de Cent Ans, guerres de Religion, elle connut toutes les épreuves et pour finir, les marchands de biens la dépecèrent sous la Révolution. Un parc ombragé drape de verdure les restes de la nef, des arcades et des tours carrées.

 

Saint-Wandrille est voisine, fondée en 648 par un disciple de saint Colomban sous le nom de Fontenelle. Elle connut la décadence dès le XVIe siècle et fut rétablie au XVIIe siècle par les Bénédictins réformés de saint Maur. Maurice Maeterlinck y habita longtemps.

 

LONGUEVILLE 1880

 
         
   
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  LES FORTERESSES
         
 

Donjons en ruines, envahis par la végétation, hantés par hiboux et chouettes, courtines croulantes entre deux oubliettes, la Normandie, terre foulée dès le VIe siècle par les envahisseurs, en possède un nombre imposant.

 

Ainsi de cet imprenable Château-Gaillard qui fermait contre le Capétien la frontière normande, dans une boucle de la Seine, au-dessus des Andelys, sur un promontoire rocheux. Démantelé, déchiqueté, il témoigne encore de l’indestructible puissance des forteresses médiévales.

 

Arques, que l’on appelle Arques-la-Bataille depuis la victoire d’Henri IV sur le duc de Mayenne en 1589, fut édifié en 1123. Le château fut dépecé au XIXe siècle mais ce qu’il en subsiste est impressionnant. Le pont de Tancarville 

 

n’est pas loin, non plus que ce Villequier dont le nom est désormais lié au funèbre poème de Victor Hugo.

 

Pour apprécier la beauté de la Normandie, il ne suffit pas d’admirer les majestueuses églises abbatiales et les forteresses.

 

CHERBOURG 1880

 
         
 

C’est souvent dansd’humbles sanctuaires de village qu’on découvre toute la pureté du style normand tant roman que gothique. La Normandie est une terre d’une extraordinaire richesse artistique et, malgré les destructions subies, cette vieille province française peut s’enorgueillir du magnifique patrimoine que les siècles lui ont légué. Et puis, il y a la nature !

 
         
   
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  DES PAYSAGES VARIES
         
 

Campagne et bocage, deux types extrêmes de paysages normands ! C’est d’abord le Vexin normand, plateau calcaire au limon épais très favorable au blé. Puis voici le Pays de Caux au vaste plateau crayeux limité au sud par la vallée de la Seine et du côté de la mer, par ses célèbres falaises festonnées de valleuses. À Étretat, la Falaise d’Amont et la Falaise d’Aval si joliment peintes par Claude Monet, encadrent une plage de galets.

 

L’Aiguille, haute de 70 mètres, se dresse au large, solitaire, et inspira Maurice Leblanc pour son roman L’Aiguille creuse. Le long de cette côte joliment nommée Côte d’Albâtre, on cultive le lin, arraché à la machine puis laissé sur le sol, où, bien étalé, il subit le rouissage.

 

Les falaises de la côte du Calvados sont interrompues par des dunes et des marais. À l’est, les plages de la Côte Fleurie – Deauville, Trouville, Cabourg –offrent leurs étendues de sable fin. À l’ouest, entre l’Orne et la Vire, s’étend la Côte de Nacre au climat tonique.

 

La presqu’île du Cotentin avec ses anses rocheuses, évoque la Bretagne mais on y rencontre aussi des plages de sable et des dunes.

 

DIEPPE 1880

 
         
 

Quant à la baie du Mont-Saint-Michel, elle se couvre de grèves immenses à perte de vue, toujours hantées par la Fée des Grèves de Paul Féval.

 

Le bocage, on va l’admirer en pays de Bray et en pays d’Auge. Un quadrillage de haies, dressées sur des levées, cerne les prés et les champs et cloisonne à l’infini le terroir qui, de loin, semble boisé. Le Pays d’Auge est le domaine des pommiers dont la floraison est une véritable féérie. Les variétés tardives donnent des pommes dures qui se conservent pendant des mois. Dans les haies, hérissons, lézards, couleuvres, petits rapaces, font bon ménage et se partagent la grasse provende des portées de mulots et de campagnols qui, sans ces prédateurs, seraient de véritables fléaux pour les cultures.

 

Et peut-on quitter la Normandie sans évoquer les chevaux ? Pur-sang anglais, trotteurs français, selle français et anglo-arabes, cobs, percherons, vivent là dans les haras privés et les haras nationaux du Pin et de Saint-Lô. Chaque année, fin août, a lieu à Deauville la vente des poulains pur-sang anglais d’un an et demi, les « yearlings », et c’est un événement capital d’une portée internationale.

 

Attachante Normandie ! Baudelaire composa à Honfleur son Invitation au Voyage. Et le dernier mot sera pour le Normand du Chamblac, Jean de La Varende. Voici comment il fait allusion à un climat qui n’est pas toujours facile : « Dans l’Ouche, qui n’entretient pas chaque année, voit mourir. La pluie… les vents… ! Les chemins se rétrécissent et il ne faut que deux ans pour faire d’un potager une pâture. » (Pays d’Ouche)

 
         
   

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