Traine à bois
  TYPES NORMANDS
   
  LES TRAINES A BOIS
         
 

Traine à bois de Coutances CPA collection LPM 1900

 
         
 

LA NORMANDIE ANCESTRALE

Ethnologie, vie, coutumes, meubles, ustensiles, costumes, patois

Stéphen Chauvet.

Membre de la Commission des Monuments historiques

Edition Boivin, Paris.1920


Les Traînes à bois.

 

Le lundi, jour du marché à Coutances, on aperçoit à l'autre extrémité de la place de la Cathédrale, le long de la rue du Séminaire, le marché aux fagots. Les Coutançaises qui ont acheté, pour leur chauffage, un certain nombre de fagots, se les font porter jusqu'à leur domicile. Pour ce faire, les paysans qui les ont vendus se servent d'une sorte de traîneau

remorqué par un cheval: c'est la célèbre Traîne à bois.

 

Cette traîne sert encore à transporter des tonneaux, ou, au moment du battage du sarrasin, à porter les buhots ou binots de sarrasin jusqu'à la toile batteresse. La tradition enseigne que ces traînes existaient dès le début du moyen âge et qu'elles auraient servi pour transporter à Coutances les pierres nécessaires à la construction de la cathédrale actuelle.

 

Les travaux du chanoine Pigeon ont démontré, en effet, que la première basilique romane, construite par Geoffroy de Montbray, était bâtie en pierre rouge des environs de Coutances. Cette basilique aurait subsisté jusqu'au début du xm e siècle. A cette époque (1203), sous le pontificat d'Hugues de Morville, on entreprit la réédification de la cathédrale. Les travaux se poursuivirent, sans interruption du service divin, pendant les xiv e et xv e siècles. Les architectes surent utiliser l'ancienne basilique dont ils gardèrent le portail, les tours et les murs de la nef. Ces parties, bâties en pierre rouge, furent englobées dans les murs de la cathédrale actuelle. Pour la cathédrale nouvelle, de style ogival, on a employé, comme matériaux de construction, des pierres des carrières dTvetot (situées à 12 lieues de Coutances, près de Valognes). Ces pierres furent transportées sur des chariots et des traînes qui étaient halés par des multitudes d'hommes, de femmes et d'enfants, dynamogénisés par la Foi et qui chantaient des cantiques, le long de la route. Il est à noter que les matériaux qui servirent à construire la cathédrale de Chartres, furent également transportés sur des « traînes ». Mais les traînes ont disparu de toutes les provinces, et Coutances est la seule ville de France où l'on s'en serve encore.

 

Pour rappeler le rôle des traînes dans la construction de la cathédrale de Coutances, l'abbé Huet, vicaire du chœur de cette cathédrale, qui connaissait la poésie de Louis Beuve sur les traînes, fit faire, en 1916, pour l'une des fenêtres du portail, un vitrail représentant Geoffroy de Montbray et la construction de la cathédrale, et, dans un des médaillons, les « traînes à bouais »...

 

Le poète Louis Beuve a chanté dans une pièce célèbre les « Traînes à bouais du marchi d'Couteinches ». Nous en extrayons la strophe suivante :

   

Partout no les veit navigiii

D'avet leus quat' gaul' comme équiettes

Dans l'Mond' Couteinchais tout enti

Pa Y Pont d'SoulU coumm' par l'Eqiuchette,

A Guesnay coumme à Pisquigny;

Montant, d'vallant les reues étreites,

Tq' cheu les pour geins, le pt'i rentyi.

Tq' cheu les p' tit bounn' feimme' en bounettes.

Par tous bords, no les veit s'traînyi; s'trainyi...

Les vùl' traîne 1 à bouais du marchi !

Partout on les voit naviguer

avec leurs quatre gaules comme échelettes

dans le monde coutançais tout entier,

par le Pont-de-Soulles comme par YÉcluse-Chette,

à Guernay comme à Pisquigny,

montant, descendant les rues étroites,

chez les pauvres gens, le petit rentier,

chez les petites bonnes femmes en bonnettes;

par tous les bords on les voit se traîner...

se traîner.les vieilles traînes à bois du marché.

 
     
 

Traine à bois de Coutances CPA collection LPM 1900

 
     
   

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